NUMERO : Mai-Juin 2014

ARCADIE : des herbes, aromates et épices au goût de qualité…

 

Une entreprise issue directement du monde agricole

Derrière chaque succès d’entreprise, il y a toujours des hommes et des femmes qui vont au bout de leurs convictions. Pour Arcadie, il s’agit de Bernard Kimmel – aujourd’hui président du directoire de la société – et de son épouse Dominique. Il raconte : « Si Arcadie a été créé en 1990, c’est bien avant que nous avons mis en pratique notre passion des plantes. Dès 1981, nous avons acheté une petite propriété agricole au pied des Pyrénées, pour nous lancer dans la culture bio de plantes médicinales. Puis nous avons constitué autour de nous un groupe de petits producteurs, suivi en 1985 par la création d’une coopérative, la Coopérative agricole des plantes médicinales et aromatiques des Pyrénées. En 1986, est née notre marque L’Herbier des Pyrénées pour la commercialisation en sachets de nos plantes, sans intermédiaire ».

 

 

Non sans difficulté, l’aventure continue, avec en 1990 la création d’Arcadie – du nom du pays du bonheur dans la littérature antique – puis un déménagement dans le Gard, et la même année l’ajout d’un assortiment d’épices bio, pour lesquelles la marque Cook est créée en 1991, L’Herbier des Pyrénées devenant L’Herbier de France. Arcadie devient alors ce qu’elle est encore aujourd’hui : un spécialiste des plantes médicinales, épices, aromates et

 

autres ingrédients végétaux utilisés par l’industrie l’alimentaire qui à l’époque se tourne vers le bio. Avec toujours un lien incontournable avec une nature authentique et les hommes qui y vivent : « Nous sommes issus du monde agricole, en contact direct avec la terre, et nous ne voulons pas nous en couper, d’où notre attachement fort à garder un lien très étroit avec les producteurs de nos plantes, où que ce soit dans le monde ».

 

Une qualité sur laquelle il est impossible de tricher

« Notre stratégie n’est pas de faire ‘des coups sur les coûts’ avec le prix comme obsession. Notre métier, notre savoir-faire, notre passion, issus de notre connaissance personnelle de la culture, est de trouver des gens qui produisent le mieux possible, en France, en Europe ou au bout du monde. Des gens avec qui nous établissons des liens durables, en développant des filières équitable et solidaire, voire en les créant si besoin. Nous sommes persuadés que la vraie qualité, celle qui dure, ne peut s’obtenir qu’avec ce type de relation ».

Le mot « qualité » revient souvent dans la conversation. Car les plantes mé-

 

 

dicinales ou les épices sont des produits agricoles peu transformés et aucun process élaboré n’est là pour permettre, comme parfois, de « camoufler » d’éventuels défauts ou de les « minimiser » parce qu’il y a en aval un produit complexe qui les « lisserait ». D’autant plus qu’aromates et épices sont des plantes qui adorent stocker les pesticides dans leurs huiles essentielles. D’où un souci permanent de ne proposer que le meilleur, en étant présent d’un bout à l’autre de la chaîne : « Dans cette branche, nous sommes quasiment les seuls à être présents de l’aval, avec la distribution sous nos propres marques, jusqu’à l’amont, au plus près des producteurs. Et ce sur l’ensemble des projets, pas seulement ponctuellement sur l’un ou l’autre. Cela nous différencie des sociétés qui sont soit importateurs/distributeurs, soit transformateurs. Un travail de sourcing qui est un vrai challenge, qui n’est devenu rentable qu’avec les gros volumes que nous permet notre position de leader, acquise par notre présence ancienne sur le marché ».

 

 

Plantes médicinales et infusions : une gamme des plus larges

Les plantes médicinales à la marque L’Herbier de France, vendues en vrac en sachet, représentent la gamme historique et le premier métier d’Arcadie : « 70 % de notre CA est fait avec les produits finis : 2/3 avec Cook, devenu notre coeur de métier, mais toujours 1/3 avec Herbier de France, et un million de sachets vendus chaque année ! Sur ce marché, nous sommes les seuls à offrir une gamme aussi large (plus de 70 références), d’où notre présence forte ». Cette part importante du vrac est une des raisons qui nous oblige à une qualité extrême : « Lorsque vous vendez des infusettes, vous travaillez des plantes broyées, broyage par lequel les défauts peuvent ne plus être visibles. Les plantes en sachets sont soit entières, soit coupées en morceaux d’au moins 1 à 2 cm. C’est-à-dire que le moindre défaut – par exemple des feuilles tachées – se voit. En plus, nous avons décidé de supprimer la fenêtre des sachets, qui nécessitait l’emploi de feuilles de plastique peu écologiques. Conséquence : nous

 

n’avons pas le droit de décevoir le consommateur à l’ouverture, et donc les défauts nous sont interdits ». Cette « coupe herboristerie » présente d’ailleurs un avantage pour le consommateur : la coupe fine augmente le contact avec l’air et donc l’oxydation des composants et les éléments volatils (huiles essentielles) disparaissent plus vite. Rien de tout cela avec la coupe grossière : la qualité de la plante est préservée et plus durable. Ce type de produit est de plus tout à fait en phase avec la mode actuelle du plaisir de faire soi-même, à l’ancienne, avec une belle théière ou une belle boule à infusion, pour des préparations à partager avec ses amis pendant une vraie « cérémonie du thé ».

 

Le monde passionnant et exigeant des épices

Avec Cook, on bascule dans le monde des épices et une gamme tout aussi riche (plus de 100 références) : « C’est un marché où nous sommes aussi un des leaders, explique M. Kimmel. Cela représentait pour nous de nouvelles connaissances à acquérir, ces plantes n’existant pas en France. Il a fallu aller sur le terrain et nous confronter à de nouvelles réalités. Là aussi, les volumes en jeu sont énormes, et nous faisons face à des multinationales, complétées par une multitude de petites sociétés de négoce. Dans leur cas, il est rare que les acheteurs connaissent l’origine du produit sur le terrain. Conséquence : une qualité relative, notamment sur le plan bactériologique. Les épices doivent alors être débactérisées, en général par ionisation, ce qui est loin des principes de la bio ! Rien de tout cela chez nous : grâce aux filières que nous avons montées, nous connaissons chaque producteur de chaque produit, les parcelles sont repérées par GPS, nous savons comment les plantes sont stockées, séchées, etc. Un travail lourd et parfois ingrat, mais au final parfaitement payant, les facteurs de non-qualité étant éliminés en amont ».

 

 

De plus, Madagascar, source « historique » des épices chez Cook, mais aussi l’Inde ou l’Iran, sont de véritables paradis en matière de terroirs, avec des arômes étonnants, sublimés par l’attention portée sur l’ensemble de la chaîne. Avec un point essentiel : parce que la non-qualité est aussi due au sous-développement et à la sous-éducation des populations, c’est un véritable échange qui est mis en place : « Faire de l’équitable ce n’est pas de la ‘nécolonisation’. L’impact humanitaire et social a beaucoup de sens pour nous, et il faut surtout permettre aux producteurs de progresser, en leur apprenant par exemple les bonnes techniques. Il faut de vraies actions de développement qui leur

soient profitables, pour nous apporter une qualité durable, le vrai challenge ».

 

Aides culinaires et produits pour professionnels, un défi complémentaire

Sous la marque Cook existe aussi – secteur dont Arcadie a été pionnier – une belle gamme d’arômes et autres aides culinaires bio, au succès croissant, qui tire profit des filières montées pour les épices : eau de rose d’Iran, vanille de Madagascar, etc. Des produits bien entendu parfaitement naturels et nobles, et à la palette aromatique plus riche que le synthétique : les arômes d’agrumes proviennent de fruits frais macérés, la framboise de pulpe de fruit, la cannelle est la même que dans les flacons d’épices, etc. Le tout issu d’une fabrication interne parfaitement contrôlée.

 

 

Autre activité peu connue d’Arcadie, mais non sans conséquence sur la qualité générale : 1/3 tiers du CA est réalisé avec la vente d’aides culinaires, épices et arômes aux artisans et industriels de l’agroalimentaire : « Un grand nombre d’aliments bio contient un peu de nos produits comme ingrédients. Notre responsabilité court donc loin dans le temps et dans l’espace, souligne M. Kimmel. Et comme actuellement, surtout depuis les scandales que l’on sait, ces produits transformés sont très contrôlés, cela nous oblige à une rigueur encore plus grande. Cela nous coûte cher mais nous tire vers le haut et profite à l’ensemble de nos gammes : nous sommes certifiés ISO 22000 [sécurité alimentaire] depuis plus de 4 ans, une certification qui nous a été attribuée avec les félicitations ». Une certification qui s’ajoute à celles (référentiel ESR Ecocert) Equitable pour les filières Madagascar et Inde, et Solidaire en France sur les plantes à tisanes (tilleul, plantes de cueillette du Massif Central) et bientôt Languedoc-Roussillon.

 

 

Car l’autre fierté actuelle d’Arcadie, c’est la création récente dans le Gard d’une filière locale de plantes méditerranéennes (thym, romarin, sarriette…) avec l’acquisition d’une ferme expérimentale autour de laquelle gravite un groupe de producteurs. Car contrairement à la Drôme par exemple, il n’y avait plus de production traditionnelle dans ce département. Un autre projet concerne l’Aude (fenouil, anis, coriandre…). Objectif : une nouvelle fois des plantes aux qualités exceptionnelles, issues d’un vrai savoir- faire. Arcadie mérite décidément bien son nom, en offrant du bonheur à nos papilles…