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Les maux et les remèdes

Mars-Avril 2014

Depuis beaucoup d'années maintenant il existe un contingent stable de fabricants dédiés qui s'efforcent de couvrir les besoins des ménages conscients en produits de lavage et d'entretien soutenables. Mais le thème est complexe et le message difficile. La distribution et le consommateur ne semblent pas trop se soucier. Grand temps à la fin du Biofach à Nuremberg de faire un bilan du secteur, en compagnie de bon nombre de ses producteurs.

Le mythe

Différemment de l'alimentaire, le détergent ne s'apprécie pas de façon gustative; au contraire, on fait tout pour le garder hors du sensoriel. Rien d'émotionnel ou romantique à une vaisselle, ou à un panier de linge sale. Et pourtant, le lavage et le nettoyage n'en sont pas moins des nécessités journalières que les repas.

Cela ne se reflète pas dans les chiffres de vente du secteur. Dans les marchés conventionnels la détergence se chiffre entre 6 et 8% du volume alimentaire, selon le pays. Dans les magasins bio des mêmes régions il ne dépasse guère les 0,6 à 0,8%. Ce chiffre semble stagnant depuis bien longtemps. Le consommateur bio serait-il moins soucieux d'hygiène que son cousin lambda ? Une première question donc : messieurs les producteurs, comment expliquez-vous cette différence considérable?

Quasiment tous nos interlocuteurs pointent vers « Le Mythe » comme une des causes majeures : « Les produits sont bien verts, mais ils sont chers – et ils ne lavent ou ne nettoient pas ». C'était peut-être le cas il y a 25 ans, nous font ils remarquer, mais entretemps la disponibilité de matières renouvelables et le savoir-faire spécifique des fabricants de détergents soutenables se sont accrus considérablement.

Mais il y a effectivement eu une croissance, assurent d'autres, vu que le marché du bio a grandi considérablement d'année en année et que le pourcentage tenu par les détergents est resté au même niveau. La professionnalisation des fabricants a sûrement jouée un rôle positif, mais il est vrai que le thème de la santé personnelle et son allié, la nourriture saine, attire toute l'attention. La cosmétique, qui elle aussi à un impact direct sur la santé, est encore prise en considération, mais les impacts dus à l'exposition aux détergents restent en dessous du radar.

Les producteurs font remarquer que là où les organisations et forums au niveau de l'aliment et de la cosmétique soutenables font foule, il n'y a presque rien au niveau des détergents – et dès lors, peu de présence dans la presse.

 

Les remèdes

Questionnés sur des propositions de remèdes à cette situation économiquement en défaillance, les fabricants sont quasiment unanimes : il faut mieux informer et conscientiser le consommateur bio et gagner sa confiance - mais pas moins celle des magasins où il fait ses achats. Le détergent soutenable présente encore souvent la transparence d'un pudding au chocolat, il faut faire des efforts pour lui enlever son opacité. Et surtout: il faut mettre en avant et préserver la haute qualité des produits, aussi bien au niveau des matières premières que de la performance.

Certains proposent de prendre action au niveau sectoriel du détergent soutenable. Il est vrai que dans ce cas la crédibilité de

la démarche serait infiniment plus grande. Il sera alors nécessaire de forger une entente entre les fabricants, qui sont bien diversifiés entre eux, mais qui partagent également bon nombre d'éléments communs à tous les détergents soutenables.

 

Le futur proche

Quelles sont les perspectives pour les trois ans à venir ?

La majorité des fabricants s'attend à une croissance lente des ventes, mais à part cela, rien de spectaculaire. Les gammes de produits sont partout quasiment complètes; il y a sûrement plein de possibilités pour des innovations, mais celles-ci se situeront en majorité au niveau des matières premières. Ce qui veut dire : de façon plutôt imperceptible pour l'utilisateur, qui lui ne sera pas en mesure de distinguer ces finesses, en dépit de leur effet positif considérable pour la santé et l'environnement.

Néanmoins, il y a des opportunités de croissance énormes. Si même pas 10 % des achats génériques se réalisent, on pourrait en décupler les ventes pour arriver à leur juste part dans l'ensemble. Il devrait être possible, moyennant un effort de communication et de conscientisation, de capter l'attention des consommateurs qui préfèrent toujours les détergents conventionnels. Ils ne se rendent pas encore compte des effets négatifs des détergents sur leur santé et leur environnement.

 

Les petits conseils

● Le choix de types et marques de détergents est souvent très personnel. Si vous n'offrez que votre propre choix, vous risquez de rater de nombreuses ventes.

● Si vous positionnez la gamme de détergents à ras le sol sous une étagère mal illuminée, il est difficile d'évaluer votre offre.

● Si vous nettoyez toujours vos locaux avec des détergents conventionnels, vous pouvez vous y attendre : vos clients suivront votre bon exemple.