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Châteaux de mousse en Espagne?

Mai-Juin 2014

Assez régulièrement des nouveaux produits lessiviels soutenables s'annoncent dans le marché bio. Mais assez rarement, on trouvera parmi eux une réelle innovation. En e et, ce n'est pas chose facile d'en créer. Le choix en matières premières soutenables reste très limité comparé au nombre exorbitant d'ingrédients non-soutenables dont disposent les producteurs conventionnels. Toutefois, certaines propositions nouvelles se vantent de tenir la pierre philosophale et de pouvoir effacer les solutions existantes.

Huile de chanvre et levure

Un des derniers cris du marché: des nettoyants et lessives à base d'huiles végétales et de levure de vin. Annoncés (malheureusement) comme “100% naturels” ces produits sont sensés de substituer les détergents soutenables actuels. Réalité ou attrape-nigaud ? Les produits en question contiennent en e et une substance qu'on hésite à classi er. Il s'agit d'un brevet allemand de 1994, lequel décrit la formation d'une molécule tensioactive à partir d'un choix d'huiles végétales et de levures, donc des matières premières renouvelables. Chimiquement parlant il s'agirait plutôt d'un polymère, d'un émulsi ant, que d'un tensioactif. Pour cette raison la molécule n'est pas soumise à REACH, un des arguments de vente – mais un argument peu sérieux dans ce cas. Sûrement intéressant d'un point de vue écologique et de santé, il n'existe quasiment pas de données ou de publications, ni d'essais techniques de performance qui pourraient documenter la valeur de cette substance.

Il est regrettable que la communication sur les produits fabriqués avec cette molécule s'avère tellement fantaisiste, pour ne pas dire trompeuse, dans le meilleur style des « soap operas » américains. La molécule se réalise par une réaction chimique à 80°C entre de l'huile et une levure, en présence de catalyseurs comme la soude caustique, le glycol de polyéthylène, le butanol, l'oxyde d'éthylène et d'autres. Il ne s'agit donc point d'une molécule « naturelle », mais d'un produit usiné .

Rien de mal à cela, mais il ne faut pas prétendre alors que ces produits sont « exempts de poison et de chimie », comme l'annonce la publicité jubilante. En plus, il faut bien étudier les étiquettes de ce genre de produits. Certains ne contiennent cette molécule que comme additif à côté de tensioactifs classiques ; certaines gammes n'ont que un ou deux produits qui la contiennent. Cela fait penser à cette recette tragi-comique, donnée par Pierre Gevaert de Lima, du « pâté de pinson au cheval » : on prend un demi pinson et un demi cheval...

 

Nettoyage probiotique

Serait-ce la foire aux innovations magiques ? Merlin revenant ? En tout cas, une autre classe de nettoyants est en train de forcer son entrée dans le marché bio : celle des nettoyants dits probiotiques. En principe on devrait parler de « nettoyants microbiologiques », mais avouez que cela ne sonne pas bien, même plutôt maladif. Bien sûr, en alimentaire on connaît les probiotiques depuis longtemps.

Ce sont des substances – principalement des micro-organismes - qui favorisent les procès de vie dans notre système, contrairement aux antibiotiques, qui eux les anéantissent. Après une cure d'antibiotiques – inévitable dans certains cas graves – on peut aider son corps a aibli et démuni de sa  ore microbienne naturelle à restaurer cette immunité en consommant des probiotiques.

Bien sûr, il est possible d'utiliser des micro-organismes vivants, ou leurs dérivés non-vivants, les enzymes ou levures, en dehors du corps humain. Il existe mainte application historique, comme la levure en pani cation et vini cation ou la présure en fromagerie. Par contre, nous ne connaissons guère d'applications de microorganismes ou d'enzymes dans le non-alimentaire avant le début du 20e siècle. Il s'agit plus spéci quement du prétraitement et du lavage des textiles, qui ont été recherchés et mis en pratique pendant l'entre-guerre, principalement en Allemagne.

La mise en oeuvre de micro-organismes pour le nettoyage ménager est récente et n'est pas exempte d'ambiguïtés et de problèmes. Comme les micro-organismes sont des êtres vivants, biologiquement actifs, il faudrait prendre certaines précautions. Les souches de ces organismes peuvent être génétiquement manipulées. Un produit qui s'attaque aux graisses ou aux protéines sur les surfaces à nettoyer, attaquera également le  lme lipidique ou la protéine de la peau.

Question performance, le temps de contact nécessaire pour être su samment e cace sera beaucoup plus long ; d'ailleurs, il manque d'essais de performance qui peuvent documenter cette e cacité. Il faut se réaliser aussi que inévitablement il y aura des traces de microorganismes qui resteront sur les surfaces.

En gros et en large, il y aura probablement certaines situations spéci ques pour lesquelles un tel genre de produit pourrat- être une bonne solution. Entre-temps, ayons l'oeil critique et ne croyons pas que ce sont des produits-miracle qui vont e acer le nettoyage écologique actuel.