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Naissance de la méthode Lemaire-Boucher …

mai-juin 2010

C’est à partir de 1958 que Raoul Lemaire, aidé par ses fils Jean-François et Pierre-Bernard, s’active à la mise en place d’une agriculture excluant tout produit chimique- en lieu et place de celle pratiquée alors avec l’utilisation à doses croissantes d’engrais et de pesticides chimiques. C’est une agriculture naturelle qu’il entend promouvoir, basée sur le respect de la vie du sol c’est-à-dire de son activité microbienne, une agriculture qui coopère donc avec ce sol - à l’opposé de l’agriculture chimique où celui-ci ne sert que de support à une décoction de produits chimiques solubles. Une utilisation appropriée du lithothamne, algue marine riche en calcium mais surtout en magnésium et oligoéléments, et le respect des règles agronomiques de base comme, par exemple, la rotation des cultures constituent le fondement de la méthode agrobiologique qu’il s’efforce alors de lancer.



Gilles Lebrun

Jean Boucher

De son côté, Jean Boucher, après avoir quitté le Service de la Protection des Végétaux axe ses recherches sur l’amélioration et l’assainissement de la fumure organique par le compostage. Pour lui, une agriculture excluant tout produit chimique est possible. Il milite en ce sens au sein du GABO (groupement des agriculteurs biologiques de l’Ouest) qu’il fonde en mai 1958. Trois années plus tard, cette Association prendra une dimension nationale : ce sera l’AFAB (Association Française d’Agriculture Biologique) qu’il présidera jusqu’à sa disparition en septembre 2009.

Gilles Lebrun

Document réalisé et distribué par l’AFAB en 1962

Pour avoir milité en tant qu’adhérents à l’AFRAN (Association Française pour une Alimentation Normale), les deux hommes se connaissent et apprécient réciproquement les efforts qu’ils déploient, tous tendus vers le même objectif : une agriculture naturelle, sans poisons chimiques et pourvoyeuse d’une alimentation de santé. Chacun de leur côté, ils développent sur le terrain une méthode culturale quasi similaire : labour peu profond et aération du sol en profondeur, rotation des cultures, associations végétales avec légumineuses, culture de céréales, fertilisation organique à base de compost. Raoul Lemaire y ajoute toutefois l’utilisation du lithothamne comme activateur et ré-équilibreur du fait de la présence de magnésium et d’oligo-éléments.
Dans « l’historique de la Bio » développée par l’Equipe des Pionniers de la Bio, il est dit que c’est le 23 juin 1963, dans les Monts du Lyonnais, que se décida le regroupement de ces règles culturales en une seule méthode agronomique. A postériori, il semble que cette décision ait été inéluctable tant ces règles étaient proches et complémentaires et que leurs auteurs avaient les mêmes convictions et entamé depuis de nombreuses années déjà le même combat pour une agriculture et une alimentation biologique.
C’est officiellement le 1er Aout 1963 que Jean Boucher entra à la Sté S.V.B. Lemaire (1) en tant que directeur du Service Technique de cette Société et c’est donc à cette même date qu’on peut dire qu’est née la méthode agrobiologique Lemaire- Boucher. Mais ce rapprochement ne retint pas l’assentiment général au sein de l’AFAB, quelques membres considérant que le fait de travailler au sein d’une société commerciale portait atteinte à la crédibilité de celui qui s’y engageait et était quelque part dégradant. C’est sans doute pour cela que dans le bulletin de l’AFAB du 20 novembre 1963, Jean Boucher s’adresse à ses adhérents. Nous reprenons ci-après in extenso son message.

Gilles Lebrun

Raoul Lemaire prenant des notes dans un de ses champs d’expérience à la recherche de variétés de blé de qualité supérieure

« Pourquoi je travaille avec M. Raoul Lemaire, le père des meilleurs blés Tout en gardant la direction de l’AFAB, je suis entré au service des Blés Lemaire le 1er Août 1963 en qualité de Conseiller Agronomique. Pourquoi ? Parce que M. Lemaire a eu l’immense mérite de doter notre pays et le monde entier de blés d’une qualité exceptionnelle ; il a montré que nous pouvons faire en France, avec nos rendements actuels et mieux encore, des blés de force égaux et supérieurs aux meilleurs blés canadiens. Il y a trente ou quarante ans de cela. Dans un pays en pleine dégénérescence, il n’a pas été compris. Depuis, il a montré le pouvoir régénérateur extraordinaire du Maërl, et plus précisément de la poudre micropulvérisée de Lithothamne. Il a prouvé que les observations de l’Inspecteur Général de Croutte sur la fièvre aphteuse (C.R. Ac.Agr. N°12/59) étaient d’une portée absolument générale et qu’aucune attaque parasitaire ne résiste à l’application de cet élément marin vivant, dans des conditions satisfaisantes de conduite des cultures. M. Raoul Lemaire réalise ses idées et il les met à la portée de l’usager dans des conditions économiques imbattables, si celui-ci suit les prescriptions données. La Société R. Lemaire, une affaire commerciale ? Oui, et je le dis bien haut, car « tout homme doit pouvoir vivre honnêtement de son état » Mon état à moi, ma vocation, et nul ne me contredira, est de chercher et proclamer la vérité au monde agricole, pour un plus grand progrès vers la santé physique et mentale de l’homme. Voilà pourquoi je suis fier de travailler avec Monsieur Lemaire que j’admire sincèrement, en qui j’apprécie l’intuition du chercheur et dont je respecte le grand âge (2) et l’expérience. »


(1) C’est en 1962 que le SVB Lemaire (Service des Ventes des Blés Lemaire) emmené par Raoul Lemaire s’est transformé juridiquement, avec l’arrivée de deux de ses fils dans l’affaire, en sarl.
(2) Raoul Lemaire avait alors 79 ans.