Actualité

Interview d'auteur

Nov-Dec 2012

Claude aubert

Claude Aubert en collaboration avec Denis Lairon et André Lefebvre vient de publier son livre « Manger bio c’est mieux ! ». Ces trois experts apportent de nouvelles preuves scientifiques comme quoi la bio a de multiples atouts. En effet, pour la première fois, une démonstration solidement étayée est faite de l’intérêt nutritionnel, sanitaire et environnemental de la production et de la consommation de produits biologiques. À travers 7 questions, Claude Aubert nous présente ce livre…

Claude Aubert, vous venez de sortir un nouveau livre « Manger bio, c’est mieux! » Comment est né ce nouveau livre ?
Au début je voulais écrire un livre beaucoup plus provocateur qui aurait pu s’intituler : « Arrêtez de dire n’importe quoi sur la bio ! » Et puis il m’a paru nécessaire de faire autre chose qu’un pamphlet. J’ai proposé à deux personnalités qui ont joué un rôle important dans le développement de la bio d’apporter leur éclairage : Denis Lairon, spécialiste en nutrition et directeur de recherche à l’Inserm, et André Lefebvre, conseiller agricole en bio à la chambre d’agriculture de l’Yonne pendant 30 ans.

Si vous deviez conseiller votre livre à un client de la grande distribution, que lui diriez-vous pour commencer ?
Je lui dirais d’abord que manger bio n’est ni un luxe, ni un choix facultatif, mais un choix important pour l’environnement et pour notre santé. Et j’aurais aussi envie de lui dire : « les pesticides rendent malade ceux qui les utilisent. Trouver-vous normal de manger des aliments dont la production menace la santé de ceux qui les produisent ? » A elle seule, cette raison devrait être suffisante et je m’étonne que les défenseurs de la bio ne la mettent pas plus en avant. Une autre chose m’étonne quand on parle de bio au gens, presque tout le monde dit : « c’est très bien de manger bio ».Pourtant le bio ne représente que 2% de ce que les français commencent. Il est vrai que depuis deux ans, plusieurs livres sont parus sur le bio, dont certains très polémiques, d’autres plus modérés, mais en même temps plus pervers car se voulant objectifs et disant en gros : « si vous voulez manger bio c’est bien, mais ce n’est pas du tout nécessaire. » Notre livre montre, avec de nouvelles études scientifiques à l’appui, qu’au contraire il est important de manger bio. Il faut arrêter de dire que les pesticides ne sont pas dangereux et qu’il y en a peu dans les aliments. Ce livre montre que malgré ce « peu », ils contribuent à l’augmentation de certains cancers et ont des effets négatifs sur la reproduction et le système nerveux. Quand on sait que les insecticides modernes sont faits pour détruire le système nerveux des insectes, on peut s’interroger sur leur innocuité pour l’homme.

Nous venons d’avoir un bon exemple récemment avec cet agriculteur victime des pesticides et qui a gagné son procès contre Monsanto…

Oui, c’est ce qui a permis de médiatiser un peu les effets des pesticides sur la santé, mais il reste beaucoup à faire.

Et que direz-vous à un agriculteur qui travaille en conventionnel et n’ose pas se lancer dans le bio ? Le battage médiatique n’est pas toujours là pour le rassurer.
Je lui parlerai des dangers pour sa santé. Certes, avec l’agriculture biologique c’est une autre manière de cultiver qu’il faut apprendre, mais il existe des lieux où l’on peut se former et même si la période de conversion est un peu difficile, il y a des aides, des structures qui organisent des formations… Aujourd’hui il y a tous les outils pour ne pas se lancer dans le bio à l’aveuglette.

Éditions Terre vivante : MANGER <a href='/articles/dossier/538-la-connaissance-du-client.html'>BIO</a> c'est MIEUX de Claude aubert

Et que diriez-vous pour encourager à acheter des produits biologiques?
En plus de ce que nous venons de dire, l’insisterais sur le fait que c’est aussi l’occasion de découvrir une nouvelle façon de se nourrir, grâce à des produits insuffisamment connus et pour certains introuvables en conventionnel.

Peut-être faut-il réapprendre à cuisiner alors ?
C’est indéniable, il faut prendre du temps pour préparer ses repas. On appréciera la différence de qualité, d’autant que les produits transformés coûtent toujours plus chers, et notamment en bio. Il est sans doute plus facile de s’installer devant une télé que de se mettre à cuisiner, et pourtant peut-être que l’avenir de notre santé et de la planète repose aussi sur des gestes aussi simples. Il y a d’ailleurs une série de recettes à la fin du livre : 30 recettes à moins de 1 € 20, qui montrent qu’on peut s’alimenter sainement en dépensant peu.

La question du prix nous renvoie à l’émergence d’un bio de grande distribution qui n’a pas la même éthique que celle pour lequel vous vous battez depuis 40 ans…

C’est vrai qu’il y a aujourd’hui deux bios. La bio que j’appelle « technique », qui est respectueuse du cahier des charges mais qui ne s’intéresse guère à l’origine des produits. C’est incontestablement un grand progrès en termes d’impact sur la pollution et la santé, mais ce n’est pas suffisant. Et il y a la bio qu’on peut effectivement qualifier d’ « éthique », sans doute minoritaire aujourd’hui, mais qu’il faut, plus que jamais, continuer à défendre. Les marques et labels comme Bio cohérence, Nature et Progrès, Demeter, permettent de lui donner sa légitimité, ainsi que les circuits courts, les Amap… Et malgré la concurrence de la bio « industrielle », la bio éthique continue de se développer. Le local est sans doute l’un de ses meilleurs atouts à l’heure où les coûts de transports ne cessent d’augmenter. Il faut aussi que les magasins spécialisés mettent en avant leurs différences avec la grande distribution. Affirmer une bio de meilleure qualité, communiquer à ce sujet, et avoir des vendeurs capable de répondre aux clients avec justesse, car en grande distribution on vient simplement consommer et non pas se faire conseiller.

Interview réalisé par Yoan Giansetto (Vendeur chez Naturalia et futur bio ‘art thérapeute)