compléments alimentaires

Le lait de jument …les nouvelles de la recherche

Mars-Avril 2014

Beaucoup d’articles de vulgarisation circulent sur les bienfaits du lait de jument mais ils ne sont malheureusement pas toujours très rigoureux… Or en matière de nutrition, on n’allègue rien sans avoir de solides sources scientifiques qui permettent d’étayer les propos. C’est donc dans cette optique que nous avons voulu cet article sur un lait bien plus en adéquation avec notre physiologie que les autres laits animaux.

Depuis l’antiquité, le lait de jument est reconnu pour ses vertus. Aujourd’hui, on ne dispose pas de multiples études scientifiques sur ce lait mais certaines sont capitales et confirment qu’il apporte de nombreux éléments essentiels au bon équilibre de l’organisme. Nous avons décrypté pour vous :

● Trois études scientifiques répertoriées sur le site de référence NCBI (National Center for Biotechnology Information) qui viennent renforcer la supériorité du lait de jument par rapport aux autres laits animaux et

● Deux thèses très récentes soutenues en France (2013) et en Irlande(2011).

 

Des preuves supplémentaires de sa parfaite similitude avec le lait maternel

Les principales protéines du lait de jument sont les protéines de lactosérum (38.8%) et les caséines (50%).

Les caséines sont présentes sous la forme de micelles de phosphocaséinates de calcium et sont donc une source d’acides aminés, de calcium, de phosphate et de peptides.

Les protéines solubles (lactosérum) sont principalement :

● La bêta-lactoglobuline (absente du lait de femme),

● L'alpha-lactalbumine,

● Les immunoglobulines (IgG qui jouent le rôle d’anticorps, IgA qui exercent une action immunitaire locale en colonisant les muqueuses du tube digestif, et IgM),

● La sérumalbumine,

● Le lysozyme, une enzyme antibactérienne peu présente dans le lait de vache mais dont le taux est deux à trois fois plus important chez la jument que dans le lait de femme.

● La lactoferrine, une protéine de transport du fer dans le lait qui possède surtout un rôle antibactérien et antiviral synergique avec le lysozyme.

Le lait de jument est donc un lait dit albumineux, comme les laits de femme ou d’ânesse.

Son profil protéique se rapproche davantage de celui du lait de femme

et serait plus approprié pour la nutrition humaine que le lait de vache. Lors de l’hydrolyse de ces protéines, des biopeptides actifs apparaissent également et selon certaines études, ils seraient capables de moduler des fonctions biologiques spécifiques :

● Activité antimicrobienne,

● Modulation des enzymes digestives, de l’absorption des nutriments, de la réponse immunitaire,

● Activités opioïdes, anti-thrombotiques et anti-hypertensives.

La difficulté, dans les études, a été de séparer les protéines hautement hydrophobes associées aux graisses et qui jouent pourtant un rôle important dans les mécanismes de défense. En effet, la matière grasse est organisée en globules gras émulsionnés qui sont recouverts d’une couche composée de protéines et de phospholipides. Chez la jument et chez la femme, on y retrouve une couche externe de glycoprotéines à haut poids moléculaire, formant de longs filaments glycoprotéiniques à la surface du globule gras, qui ne sont pas retrouvés chez la vache. Ces filaments facilitent l’adhésion des globules gras sur l’épithélium intestinal et améliorent donc probablement la digestion des lipides, tout en inhibant l’adhésion bactérienne.

La fraction de matières grasses, et plus particulièrement la distribution des acides gras, a donc été plus largement étudiée en 2008 dans une étude.

On retrouve ainsi, approximativement selon l’alimentation de la jument :

● 46% d’acides gras saturés,

● 31,2% d’acides gras monoinsaturés,

● 22,8% d’acides gras polyinsaturés dont 16% d’acide linoléique (oméga-6) et 5.3% d’acide alpha-linolénique (oméga-3).

Le lait de jument possède donc une grande quantité d’acides gras à chaîne moyenne (20-35% des acides gras totaux), mais il est pauvre en acides gras saturés à longues et courtes chaînes, avec notamment une quasi-absence d’acide butyrique. D’un point de vue nutritionnel, la structure des triglycérides a un rôle capital dans l’absorption des lipides. L’acide palmitique, qui est en position deux sur les triglycérides, est donc bien assimilé.

Comme celui de la femme, le lait de jument contient davantage de polyinsaturés que le lait des ruminants. La présence d’acide alpha-linolénique en quantité non négligeable peut être reliée au

 

 

fait que le cheval est un herbivore et que c’est un monogastrique et qu’il n’y a donc pas de biohydrogénation ruminale.

On y retrouve également beaucoup plus de phospholipides (5% de la matière grasse totale du lait) que dans le lait de femme (1.3%) et le lait de vache (1.5%) avec en particulier : de la sphingomyéline, de la phosphatidyl-éthanolamine, de la phosphatidylcholine et de la phosphatidylsérine.

Côté minéraux, la teneur est plus élevée que chez la femme, mais presque deux fois moins importante que chez la vache et le rapport phosphocalcique, proche de deux, correspond à la valeur maximale d’absorption chez les humains.

Ainsi, la présence d’acides gras à longues chaînes hautement insaturés et la similitude entre les protéines membranaires des globules gras laitiers humains et équins confirment donc l’utilisation du lait de jument pour la nutrition humaine.

 

Sources pour approfondir :

● Barello C, Garoffo LP, Montorfano G, Zava S, Berra B, Conti A, Giuffrida MG. Analysis of major proteins and fat fractions associated with mare’s milk fat globules. Mol Nutr Food Res. 2008 Dec;52(12):1448-56. doi: 10.1002/ mnfr.200700311.

● « La production de lait de jument en France : généralités, typologie des élevages et pathologie dominante. » Thèse présentée à l’université Claude- Bernard, Lyon I (Médecine - Pharmacie) et soutenue en décembre 2013 par Emilie MESNARD.

● « Studies on equine milk and comparative studies on equine and bovine milk systems.” Thesis presented by Therese Uniacke-Lowe, June 2011. The National University of Ireland, Cork. School of Food and Nutritional Sciences.

 

Un bon substitut du lait de vache pour les enfants

L’allergie au lait de vache est une pathologie courante de l’enfance et de la petite enfance. Si le bébé n’est pas allaité par sa mère, une formulation spécifique à base de lait de vache ou de soja est nécessaire. Le but de cette recherche italienne était d’étudier, in vitro et in vivo, l’allergénicité du lait de jument dans un groupe d’enfants présentant une véritable allergie au lait de vache (IgEmédiée).

Vingt-cinq enfants (17 garçons et 8 filles) âgés de 19 à 72 mois (âge moyen de 34 mois) présentant une allergie au lait de vache ont été sélectionnés pour cette étude. Tous les enfants ont subi des tests cutanés immunologiques et ont tous montré de fortes réponses positives au lait de vache et deux enfants seulement au lait de jument.

L’étude a ensuite été réalisée en double-aveugle contre placebo avec la consommation de lait frais de vache, de lait frais de jument ou, à titre de placebo, une formule à base de soja. Les tests oraux ont donc tous été positifs pour le lait de vache chez tous les enfants et seulement un test oral a été positif chez un enfant pour le lait de jument. Aucun enfant n’a réagi positivement au placebo. Même si les auteurs de cette recherche disent qu’il est prudent

de confirmer la tolérance par un test de provocation orale, les données de cette étude suggèrent que le lait de jument peut être considéré comme un bon substitut au lait de vache chez la plupart des enfants atteints d’une véritable allergie au lait de vache.

 

Source :

Businco L, Giampietro PG, Lucenti P, Lucaroni F, Pini C, Di Felice G, Iacovacci P, Curadi C, Orlandi M. Allergenicity of mare’s milk in children with cow’s milk allergy. J Allergy Clin Immunol. 2000 May;105(5):1031-4.

 

Lait de jument et dermatite atopique

En mai 2009, une étude a été réalisée en double aveugle contre placebo. Vingt-trois patients, 17 femmes et 6 hommes, ont consommé 250 ml de lait de jument ou un placebo pendant 16 semaines.

L’objectif était d’examiner les effets du lait de jument sur les caractéristiques de la dermatite atopique, le microbiote fécal et les paramètres cliniques et immunologiques. L’intensité de la dermatite atopique a été examinée à l’aide de l’index SCORAD (Severity Scoring of Atopic Dermatitis – Points de gravité de la dermatite atopique).

Au cours de la période de supplémentation avec du lait de jument, la valeur moyenne de l’index Scorad chez les patients a fortement diminué après 16 semaines. Dans un sous-groupe de 7 personnes, les démangeaisons (prurit) ont diminué de 30% avec le lait de jument et les bifidobactéries fécales ont augmenté, passant de 4,6% à 11,9% d’eubactéries. Les paramètres immunologiques, à l’exception de la protéine C-réactive, sont demeurés inchangés.

 

Source :

Foekel C, Schubert R, Kaatz M, Schmidt I, Bauer A, Hipler UC, Vogelsang H, Rabe K, Jahreis G. Dietetic effects of oral intervention with mare’s milk on the Severity Scoring of Atopic Dermatitis, on faecal microbiota and on immunological parameters in patients with atopic dermatitis. Int J Food Sci Nutr. 2009;60 Suppl 7:41-52. doi: 10.1080/09637480802249082. Epub 2009 May 21.

 

Ainsi, la science confirme ce que témoignaient les anciens : le lait de jument est un lait parfaitement adapté à l’organisme humain, particulièrement recommandé aux personnes fragilisées et affaiblies, et ce dès le plus jeune âge.

 

Rappel sur ses points forts par rapport aux autres laits animaux :

● Une parfaite digestibilité,

● Une faible allergénicité,

● La présence de lysozyme aux vertus antimicrobiennes,

● Une teneur moindre en lipides et protéines que le lait de vache,

● Un taux de lactose proche de celui du lait de femme.

 

Angélique Houlbert

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