consommation

Alimentation naturelle : les leçons du futur

juil-août 2010

La première partie confronte à la lumière du passé l’alimentation naturelle et l’alimentation industrielle conventionnelle. La deuxième cerne 8 tendances ou idées fortes d’aujourd’hui. Cette troisième et dernière section nous transporte en 2047 en quête du futur alimentaire de nos enfants et petits enfants.



Gilles Lebrun

M. Sauveur Fernandez



1 – Introduction : 2047, un long fleuve tranquille ?

L’ été caniculaire de 2003 devient la norme en France, et le sud du territoire vit à l’heure de l’Andalousie d’aujourd’hui. Le réchauffement climatique, événement majeur de ce siècle imprègne désormais la société toute entière. Les hausses de températures et autres aléas climatiques marquent profondément l’agriculture planétaire. L’augmentation de la pollution et de la population mondiale, les pénuries d’eau, le grignotage des terres par l’urbanisation, l’érosion et la consommation planétaire de viande (très gourmande en surfaces cultivables) sont devenus des réalités visibles par tous et mobilisent les gouvernements du monde. Les famines de pays pauvres font, hélas, l’actualité courante. Bref, les pays riches renouent avec les vieilles peurs alimentaires séculaires (peur de manquer, de manger du malsain), un temps effacées au XIXe et XXe siècle : manger est redevenu une nécessité vitale à défendre qui influe profondément sur les habitudes alimentaires quotidiennes de 2047.

2 – Tempêtes agricoles au menu

L’élévation globale de la température est la note clé des mutations profondes de l’agriculture de 2047. Il est cependant impossible aujourd’hui de prédire l’impact réel qui dépend de la hausse générale de température. Si celle-ci se maintient en moyenne à 2/3 degrés, l’agriculture mondiale s’adaptera plus ou moins bien suivant les contrées. L’Afrique, l’Australie, les pays andins et l’Asie du sud souffrent, la Chine veille jalousement sur son approvisionnement alimentaire. En Europe, le Sud doit relever les plus grands défis tandis que le Nord se voit offrir des opportunités originales : la France n’est plus le seul pays européen producteur de vin de qualité, désormais talonnée par les anglais, scandinaves et polonais. Conséquence de son moratoire sur les OGM des années 2000, l’Europe est championne d’une agriculture à haute intensité environnementale responsable de son territoire. Les grandes régions de production perdurent (Beauce, Bretagne…). Une agriculture bio et raisonnée à exigence basse et saupoudrée de biotechnologie devient la norme, avec des serres et bâtiments d’élevages « passif ». De grandes portions de territoires pratiquent une agriculture biodynamique de haute qualité fondée sur des circuits courts de transformation, vente directe et export à courte distance.

3 – Le nouvel âge agro-alimentaire


Le temps de l’écologie industrielle
Le paysage agroalimentaire industriel de 2047 ne ressemble guère à celui d’aujourd’hui. Sous la pression des grands défis écologiques et économiques, et afin de satisfaire les nouveaux imaginaires consuméristes (se sentir proche de la nature et du paysan, peur de manger du malsain), les conflits sectoriels d’antan entre paysans, industriels, distributeurs, client, état et ONG font place progressivement à un écosystème industrio-socio-économique sophistiqué, fortement imbriqué et interdépendant.

La fin de l’hyperspécialisation
Les multinationales et grands groupes agro-alimentaires deviennent progressivement des structures nouvelles de type coopératif- mondialisé, fortement encadrées par les états, les collectivités locales et les ONG. Les PME ont appris à s’unir. La petite exploitation paysanne retrouve ses lettres de noblesse et intègre des activités de transformation et de vente directe. Le consommateur, reconnecté à la réalité de production, s’implique de diverses manières. Pour tous, les règles clés sont l’ancrage économique d’une société à un territoire, la protection de l’environnement, la sécurisation des matières agricoles par la possession en propre de terres agricoles et des élevages, et la fin de la spécialisation des fonctions. En clair, chaque acteur est à la fois producteur, transformateur et distributeur dans un contexte « glocal ».
Un exemple
Une centaine de fermes individuelles de Bretagne possèdent 10 micro usines écologiques de transformation alimentaires réparties sur le territoire national avec, pour les plus éloignées, obligation d’utiliser des matières premières locales issues d’autres fermes, pour un écobilan positif. Ces fermes solidaires sont affiliées avec des paysans européens sous marque commerciale commune chinoise financée par capital collectif du Japon, Brésil et Côte d’Ivoire (Les marques étrangères ont désormais obligation légale de récolter et produire dans le pays et la région même de commercialisation). Des milliers de consommateurs sont liés par une vente directe ou des participations actionnariales solidaires. Certains magasins distributeurs mutualisés intègrent des micro unités de fabrication qui transforment sur place les matières premières (Par exemple des micro-brasseries de qualité pour la bière comme on en voit déjà aujourd’hui).

4 – Distribution mutante


Des circuits longs…
Le XX° siècle a vu l’apothéose du concept de circuit long de distribution, une chaine linéaire ultra spécialisée, non solidaire et énergétivore de production alimentaire où une distribution omniprésente est l’intermédiaire incontournable entre les producteurs, les transformateurs, et un consommateur « isolé » en bout de chaine.
…Qui raccourcissent
2047 voit l’élargissement à grande échelle du principe de circuits courts économiques. Ce concept, apparu dans les années 2000 dans le souci de connecter directement petits producteurs et consommateurs s’est popularisé avec les AMAP et autres paniers paysans. Réduit à l’origine à la seule relation paysan-consommateur, il s’est affirmé en 2047 pour devenir une véritable chaine économique globale intégrant, outre le monde agricole, les transformateurs et des formes nouvelles de distribution et fabrication. Tout ce petit monde, interconnecté, gravite dorénavant autour d’un élément « industriel » clé enfin sorti de son simple rôle de consommateur : le consom’acteur.
Le nouveau consom’acteur
Ce dernier trouve désormais naturel d’aller sur le lieu même de récolte ou de transformation des fermes entreprises péri-urbaines chargées de nourrir les villes. Il s’approvisionne aussi dans les Jardins partagés, ouvriers, collectifs de banlieue, où il fait lui-même pousser quelques plants alimentaires


Gilles Lebrun


Où faire ses courses ?
La grande distribution, transformée au fil du temps en un conglomérat de producteurs agricoles et d’entreprises transformatrices, compose désormais avec le monde paysan redevenu influent et les entreprises, forts tous deux de leurs clientèles en direct et de leurs réserves agricoles acquises en propre. Les magasins alimentaires ont repris place dans chaque quartier des villes : devenus en quelque sorte une version postmoderne de nos halles actuelles, ils abritent des linéaires proposant des denrées issues d’autres pays ou régions, mais aussi des commerçants- transformateurs locaux établis en ilots, fabriquant sur place et proposant des micro-marques régionales. Ils sont concurrencés par une « économie de voisinage » composée de troc et d’échanges alimentaires entre voisins experts dans l’art de proposer des plats maisons ou des pâtes ultra-fraîches.

5 – Futur’attitudes

De nouvelles habitudes de vie liées aux peurs alimentaires et aux risques sanitaires émergent. L’eau, la nourriture ne se gaspille plus et se recycle. L’espace urbain s’est densifié pour préserver le foncier agricole. Après la mise en grâce des végétaux dans les années 2000, les légumineuses détrônent maintenant la viande, au moins dans les pays occidentaux, tandis que les nouveaux pays riches (Chine, Inde, brésil…) peinent à sortir du rêve alimentaire occidental du carné à tous les repas, adopté à l’époque de leur ascension économique. Les hypercentres commerciaux du XX° siècle sont devenus des villages ou l’on habite, travaille, et récolte sur les toits-jardins des bâtiments. En ville, les immeubles aux murs végétalisés dépolluants recyclent en circuit fermé l’eau grise du ménage, l’eau de pluie, avec des systèmes de compostage ménagers intégrés, qui alimentent les jardins nourriciers proches. Dans les cuisines, les robots ménagers créateurs de pâtes fraiche, pain bio et sauces tomates côtoient les micro-fermes de balcon productrices d’alicaments naturels (graines germées…). La cuisine naturelle s’émancipe et devient multisensorielle, numérique, culturelle, sensuelle, avec des procédés de transformation innovants issus de la cuisine moléculaire (cryonisation, complexes brevetés…). Entre identité locale et nourriture ethnique : le boeuf bourguignon a toujours la cote, avec des protéines végétales transformées qui imitent la viande. On se nourrit encore cependant du désir de l’autre sur des principes ultra-identitaires, au grè des modes : région spécifique du Sénégal, terroirs corses, avec un goût marqué pour la cuisine dite « historique » : cuisine maya, gauloise, romaine, Viking, japonaise d’avant l’ère Meiji… Les saisons sont marquées par le retour de grandes dates festives régionales et internationales à connotation subtilement spirituelles et païennes (fête des fleurs bouddhiques, de la Saint-Jean, solstice d’hiver nordique…).


6 – Les aliments qui soignent ?

Les alicaments de 2047 sont d’abord dans l’assiette de tous les jours, qui varie au rythme des saisons. Cette règle de bon sens est unanimement adoptée et affinée par les médecins de famille et les coachs alimentaires qui élaborent des régimes alimentaires adaptés en fonction de sa personnalité, de son âge, ses activités sportives, son état de santé ou des besoins spécifiques (cheveux, peau sensible, etc.), adoptant ainsi les bons vieux principes de la diététique chinoise. Les véritables compléments alimentaires, enrichis en nano-biotechnologies « éthiques », et en savoirs anciens (Élixirs alchimiques minéraux chinois, rasayana de l’Ayurveda), sont désormais une classe légale sévèrement règlementés proche des véritables médicaments, prescrite par des médecins… et un marché noir parallèle fructueux pour les produits qui promettent l’immortalité.

7 – Biotechnologies avec conscience

L’ère des intrants pétrochimiques a sonné son glas, remplacée par les sciences nano-biotechnologiques, héritières sophistiquées directes des OGM, clonages et autres cellules souches du début du siècle. Utilisées principalement en agriculture conventionnelle de masse, leur usage, encore conflictuel et ambigu, est cependant sorti de la main mise des grandes entreprises chimiques privées pour être enfin encadré internationalement par le politique et de grandes institutions éthiques qui relient science, religion, philosophie et traditions culturelles. Issue de la conciliation des biotechnos et de savoirs millénaires, notons aussi la reconnaissance originale de la notion de force énergétique vitale des aliments (nommée prâna par les Hindous). De nouvelles technologies de visualisation de ces forces vivantes subtiles - héritières de l’ancien procédé russe Kirlian et de la cristallisation sensible – seront utilisées notamment pour valider l’innocuité de nouvelles recherches génétiques de pointe.

8 – Mon Internet participatif 10.0

Le web 2.0 des années 2000 a marqué l’ère de l’individu coopérant qui ne se satisfait plus d’une communication à sens unique. L’individu ultra coopérant du web 10.0 va plus loin : il participe à la conception du produit, suit la fabrication d’un alicament personnalisé, et dispose d’une gigantesque base de données collectives et open source qui le renseigne sur la valeur réelle du bien incriminé, la structure économique et les actions environnementales et sociales de l’entreprise fabricante, en donnant sa propre opinion.


Gilles Lebrun


M. Sauveur Fernandez est consultant expert en marketing vert et innovation responsable. Fondateur de l’Éconovateur en 2001, pionnier français des principes de la communication responsable, il décrypte les tendances à venir, et aide les entreprises à la création de produits et services éthiques.
4 rue de Chaffoy - 30 000 Nîmes
Tél. : 06 11 40 19 91
Mail : fsauveur@econovateur.com / www.econovateur.com
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