Culture Bio

1968 et 1969 : la construction de la bio se poursuit…

Mars/Avril 2012

On a pu voir, dans nos précédents numéros, les débuts de l’Agriculture Biologique en France, de la fin des années 1950 jusqu’en 1967. On doit les prémices de sa réalité pratique sur le terrain à Raoul Lemaire qui, s’appuyant sur les propriétés de l’algue marine lithothamne , eut le mérite de la rendre non seulement compétitive mais rentable face à l’agriculture intensive pratiquée alors à grands renforts de produits chimiques. Aujourd’hui, ce sont les années 1968 et 1969 que nous allons survoler.

Deux acteurs principaux étaient, au cours de ces années, engagés dans le combat pour l’avènement d’une agriculture non polluante, respectueuse de l’environnement, rentable pour ceux qui la pratiquaient et surtout, génératrice d’une alimentation de santé. Chacun d’eux traça son sillon de son côté..

Une approche intellectuelle

On peut ainsi définir celle déployée par l’Association Nature et Progrès née en 1964 : en effet, dans sa revue n° 44, Arlette Harrouch indique qu’à ses débuts l’activité déployée par l’Association s’exerçait essentiellement auprès des néo-ruraux, des intellectuels contestataires consommateurs s’orientant vers les produits frais et la vente directe. Si ses membres rassemblaient des professionnels de l’agriculture, nombreux étaient aussi ceux attachés à l’alimentation et à la santé.

En 1968 :
● Publication d’une liste des fertilisants autorisés en agriculture biologique
● Visites de cultures biodynamiques en Allemagne
● Congrès de Bordeaux : 250 participants/visites d’exploitation/ conférences
● Début d’une série d’articles sur les dégâts du remembrement, la destruction des haies

En 1969
● L’Association annonce 2000 adhérents et la mise en place de conseillers régionaux
● Congrès de Dourdan : 550 personnes
● Publication des premiers documents techniques de C.Aubert (Techniques de base de l’agriculture biologique / Technique agricole et santé de l’homme)

Une approche pragmatique

C’est celle déjà engagée depuis une dizaine d’années par la Sté SVB Lemaire. S’appuyant sur les résultats obtenus par les producteurs appliquant la méthode Lemaire-Boucher qu’elle divulgue et grâce aux nombreuses visites de cultures qu’elle organise, elle dispose déjà d’un réseau national d’agents commerciaux et techniques et a mis en place les premiers éléments de filières permettant aux consommateurs de se procurer des produits biologiques, tels que pains et fruits et légumes. En 1968 et 1969, elle poursuit sa politique de développement en se dotant des outils et moyens qui lui sont nécessaires. Ils sont résumés ci-après :

En 1968
● construction d’une usine à Lorient pour la fabrication de fertilisants agréés en culture biologique
● création d’un service technique spécifique aux 50 fermes-témoins bio mises en place
● l’équipe technico-commerciale compte en avril 184 agents et 11 experts techniques
● création à Nantes d’un magasin-test desservant une quinzaine d’épiceries en produits biologiques régionaux.
● mises en route de 7 moulins pour la fabrication et la distribution des farines biologiques auprès des 300 boulangers sous contrat en fin d’année.
● 170 élèves suivent les cours d’agrobiologie par correspondance Il faut noter que cette même année, lors de son Assemblée Générale, la Fédération des Syndicats de défense de la culture biologique qui rassemble les producteurs pratiquant la méthode Lemaire-Boucher émet une motion pour le respect de la loi du 15 Aout 1936 permettant au producteur une juste rémunération de son travail.



l’Actisol : appareil mis au point par la SVB Lemaire pour le travail du sol sans retournement




Parution du précis scientifique et pratique sur l’agriculture biologique de Jean Boucher


En 1969
● parution du livre du Professeur Jean Boucher, le ‘’Précis pratique de culture biologique’’. Il fera l’objet de plusieurs éditions. Il est devenu le livre référence de l’agriculture biologique française.
● Lancement de la ‘’caravane biologique’’ sur les routes françaises. Camion publicitaire et d’informations sur la bio, il est emmené par M. Boyer et un adjoint sur les foires et marchés de France pour alerter les consommateurs sur les dangers de l’alimentation ‘’chimiquée’’ et engager les producteurs à pratiquer la culture biologique
● premières fabrications de la ‘’Fouilleuse’’, matériel agricole élaboré pour travailler le sol sans le retourner. Elle est à l’origine des appareils ‘’Actisol’’ en service aujourd’hui
● première foire spécifique aux produits biologiques à St Maixent l’Ecole
● M. Duchêne-Marullaz vient renforcer le Service Technique de la Sté SVB Lemaire pour la viticulture
● Parution du livre ‘’Le blé, la farine, le pain... et la Santé de l’homme’’ écrit par M. Pécot, directeur des cours d’agrobiologie
Jean-François Lemaire


NDLR.- Les informations rapportées dans cet article sur les activités déployées par les acteurs qui y sont cités et pendant la période concernée sont issues des deux revues éditées par les intéressés.