Culture Bio

1970, année décisive pour la culture biologique (suite)

Juil-Aout 2012

Serait-ce parce que le Conseil de l’Europe avait décidé de faire de l’année 1970 celle de la Protection de la Nature que la culture biologique a fait sa première apparition publique dans les allées du Salon Agricole de Paris ? On ne peut l’affirmer ... Cela faisait en effet déjà plus de dix ans que ses pionniers, en méthode Lemaire-Boucher, s’occupaient résolument et pratiquement de sa protection contre les pesticides et autres engrais chimiques. Ils ne l’avaient pas attendue...

Au Salon de Paris, ils apportaient leur témoignage et on a vu, dans notre précédent numéro, les conditions dans lesquelles s’est déroulée cette manifestation et son impact dans le monde de l’agrochimiquement correct. L’année 1970 n’en était pourtant pas encore à son printemps...
Le Salon agricole n’avait en effet pas encore fermé ses portes que le dimanche 15 mars la Fédération Nationale des Syndicats de défense de la culture biologique tenait son Assemblée générale à Issy-les- Moulineaux. De nombreuses personnalités étaient présentes parmi lesquelles le Prof. Kervran (Transmutations biologiques) et M. Delarue président de la Ligue pour la Liberté des Vaccinations. Cette Assemblée générale qui a, selon les observateurs, revêtu un caractère d’une haute tenue morale, émet une motion réclamant « pour chaque éleveur la liberté de décider lui-même de vacciner ou pas son cheptel sous l’avis autorisé d’un docteur-vétérinaire qu’il aura librement choisi ». Rappelons ici les gros problèmes de fièvre aphteuse et de tuberculose rencontrés par les éleveurs à cette période.

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Animé par M. Boyer, le véhicule publicitaire du SVB Lemaire sillonnait déjà depuis Septembre 1969 la campagne française pour le développement de l'Agriculture Biologique.

C’est, à partir du mois de mai et jusqu’à la fin septembre, une organisation impressionnante pour la tenue de centaines de visites de cultures biologiques dans toutes les régions de France : la Bretagne, la Normandie, l’Anjou et le Poitou avec MM. Racineux et Marmet, le Centre avec M. Barbelion, le Nord et la Picardie avec MM. Artur et Cuny, le Centre-Ouest avec MM. Gautron et Forestier, l’Auvergne avec M. Colomb, la Franche-Comté et la Bourgogne avec M. Leplomb, l’Aquitaine avec MM. Peneaud et Barreteau, le Midi- Pyrénées avec M. Pasquier, le Rhône-Alpes avec M. Monin qui inaugure en organisant un « Rallye viticole » dans les plus grands crus de Bourgogne. Toutes les disciplines sont concernées : polyculture, élevages bovins/ ovins/ volailles, maraîchage en plein champ et sous serres, fraisiculture, viticulture, raisins de table, jardins familiaux, démonstrations compostage, gyrobroyage et poudrage. Elles rassemblent toutes de nombreux visiteurs parmi lesquels ceux qui étaient passés en mars au Salon de l’agriculture. La presse locale, présente à la majorité de ces visites, en fait état le lendemain dans leur support. L’ORTF s’est même invité à certaines d’entre elles, comme à celle chez M. Renaux à Leschelles dans l’Aisne.
Un large résumé de toutes ces visites est donné dans les numéros de juin à octobre 1970 d’Agriculture et Vie : nous y avons relevé, par exemple, celle faite chez MM. Soufflet à Pont sur Seine dans l’Aube avec la présence de M. Claude Aubert alors animateur de « Nature et Progrès ». Ces manifestations, toutes ouvertes sur les réalités probantes des valeurs tant agronomiques qu’économiques et environnementales apportées par l’agriculture biologique, n’ont fait que conforter sa position comme une alternative crédible à l’agrochimie.
C’est, en septembre, une première démarche pour la commercialisation sous garantie biologique des productions et produits en provenance de l’agriculture biologique. Elle associe les producteurs et les distributeurs titulaires de contrats qualitatifs et d’une attestation de leur syndicat de défense de la culture biologique et de la protection des sols. Ceci leur permet alors de bénéficier de la marque « Production de la méthode agrobiologique Lemaire-Boucher ».

ancien label bio

Etiquette remise par les syndicats départementaux de défense de culture biologique aux agrobiologistes ayant souscrits un contrat qualitatif pour leurs production.

C’est aussi en septembre la mise sur le marché du Compost Lemaire- Boucher mis au point par Jean Boucher lui-même. Élément primordial avec le lithothamne pour l’application de la méthode, il était attendu depuis longtemps.
Côté formation, c’est l’ouverture de la 5e session de l’enseignement agrobiologique dispensé par la Sté Lemaire (depuis novembre 1967, cet enseignement a été dispensé à près de 600 élèves). Enfin, pour l’assistance technique des producteurs et éleveurs, un service téléphone « S.O.S. » est instauré : le professeur Boucher et le Dr Quiquandon sont gracieusement à la disposition des agrobiologistes désirant renseignements et conseils. C’est en novembre, la publication dans le numéro spécial des cahiers du C.E.N.E.C.A.de la communication faite par Jean Boucher sur l’agriculture biologique au colloque international qui s’est tenu sur le thème « le monde rural, gardien de la nature » au Palais de l’UNESCO début mars. De son côté, Claude Aubert, secrétaire général de « Nature et Progrès » sort, à l’occasion du Congrès de Tours, la première édition de son ouvrage « L’ agriculture biologique ».
Dans la revue « Agriculture et Vie » de décembre 1970, la liste des boulangers fabriquant sous contrat du Pain Lemaire en compte désormais près de 800. Dans cette liste figurent aussi quelques-uns d’entre eux qui, n’ayant pas respecté leurs engagements, ne sont plus habilités à le faire. Conseil et contrôle s’imposent de plus en plus dans la démarche pour une qualité biologique garantie. 1970, une année décisive pour l’agriculture biologique, oui... mais aussi riche d’espoir.

Jean-François Lemaire