Enquête

Résidus de pesticides dans le vin : 100% des vins conventionnels testés contaminés

juil-août 2008

Les associations du Pesticide Action Network Europe (PAN-Europe) viennent de publier les résultats d’une campagne d’analyses réalisée sur des vins d’Europe et du monde entier. Cette étude, coordonnée par PAN-Europe et soutenue par le MDRGF pour la France, Global 2000 pour l’Autriche et Greenpeace Allemagne portaient sur 40 bouteilles de vin rouge en provenance de France, d’Autriche, d’Allemagne, d’Italie, du Portugal, d’Afrique du sud, d’Australie et du Chili. 34 étaient issues de l’agriculture intensive et 6 de l’Agriculture Biologique. Les résultats sont sans appel car tous les vins conventionnels sont contaminés par des pesticides.

100% des vins conventionnels testés contaminés

Chaque échantillon testé contient en moyenne plus de 4 résidus de pesticides di érents : les plus contaminés d’entre eux contenant jusqu’à 10 pesticides !

Niveau de contamination: 5.800 fois plus élevée que pour l’eau potable !

Les niveaux de contamination dans cette étude sont variables et ne dépassent pas les limites maximales autorisées (LMA). Cependant, il est à noter qu’il n’existe pas de LMA pour le vin à proprement parler mais on se réfère à celles utilisées pour le raisin qui sont très élevées. Il faut en outre préciser que les niveaux de contamination observés dans le vin sont considérablement plus élevés que les niveaux tolérés pour les pesticides dans l’eau puisqu’on a trouvé dans certains vins testés des quantités jusqu’à plus de 5.800 fois supérieures aux Concentrations Maximales Admissibles (CMA) autorisées par pesticide dans l’eau du robinet !

Risques sanitaires

Ces nombreux résidus témoignent d’une utilisation très intensive de pesticides en viticulture. Parmi ces résidus trouvés de nombreuses molécules sont des cancérigènes possibles ou probables, des toxiques du développement ou de la reproduction, des perturbateurs endocriniens ou encore des neurotoxiques. Au total 15 résidus de pesticides di érents ont été détectés parmi les vins conventionnels. Parmi les substances les plus dangereuses a été retrouvée la procymidone classée cancérogène, reprotoxique et perturbateur endocrinien par l’Union Européenne.

Vins biologiques

Les vins biologiques analysés ne renferment pas de résidus de pesticides à l’exception d’un échantillon de Bourgogne dans lequel on a trouvé des quantités faibles d’un produit. Cette présence est expliquée par les dérives des pulvérisations en provenance des parcelles voisines. Cette contamination à de faibles quantités, est totalement inacceptable pour les protagonistes de cette étude. Rappelons que la réglementation bio est basée sur une obligation de moyen et non de résultat. Les recommandations pour éviter toutes pollutions externes doivent être appliquer: Les limites de sécurité de plusieurs mètres entre parcelles bio et non bio devraient être mises en place selon les vents dominants, les pentes, les ruisselements, etc.

 

Pesticides dans la chaîne alimentaire

Les résultats de l’étude de l’UE sur les analyses des aliments au regard des pesticides publiés en 2007 montrent que l’industrie mondiale des agrochimiques laisse des traces importantes dans la chaîne alimentaire européenne. 349 pesticides di érents ont été identi és dans les échantillons alimentaires européens testés. Sur les 62.000 échantillons testés 45,7% contenaient des pesticides. Un échantillon sur 20 montrait des résidus au-delà des limites légales. Et plus de 5% des fruits, légumes et céréales contenaient 5 ou plus résidus de pesticides di érents. Ces études portent surtout sur les aliments bruts non transformés. Mais la présente étude montre que cette contamination peut aussi concerner les aliments transformés à haute valeur comme le vin - qui reçoit peu de contrôles au titre des programmes de surveillance alimentaire nationale.

Le message que ce rapport porte est que les hommes politiques européens, les agriculteurs et les distributeurs doivent trouver des moyens pour travailler ensemble, a n de réduire de manière substantielle l’utilisation de pesticides dangereux et de satisfaire la demande des consommateurs pour abaisser les niveaux de contamination

Utilisation intensive, contamination généralisée

L’étude réalisée par PAN et le MDRGF montre que l’utilisation très intensive de pesticides en viticulture - 20% des pesticides utilisés sur 3% de la surface agricole - a comme conséquence la présence systématique de nombreux résidus dans les vins.

La preuve de contamination présentée dans le présent rapport fait suite à la publication d’une évaluation commandée par le ministère français de l’agriculture, qui a conclu que près d’un tiers des pesticides appliqués aux raisins sont systématiquement transférés au cours de la production de vin.

L’Europe représente les deux tiers de la production mondiale de vin et de la consommation. L’Italie, la France, l’Espagne sont de grands exportateurs qui vendent environ 64% de tous les vins des échanges internationaux. L’Allemagne et le Royaume-Uni sont les plus grands importateurs de vin. En 2006, les exportations extra-UE de vin ont généré 5,5 milliards€ de recettes pour la Communauté européenne qui soustendent un excédent commercial de 3,1 milliard €.

Pesticides dans les aliments, une préoccupation majeure

La présence de pesticides dans les produits alimentaires est une préoccupation majeure des consommateurs européens. Un sondage réalisé en 2005 par Eurobaromètre sur les préoccupations des européens en matière de sécurité alimentaire a montré que pour 71% des personnes interrogées la première des préoccupations concerne la présence de résidus de pesticides dans les aliments.

Ce rapport témoigne de la nécessité de changer de système. Ainsi conformément aux décisions du Grenelle, il est grand temps que la viticulture réduise sa consommation de pesticides pour réduire l’exposition des consommateurs en privilégiant les techniques alternatives aux pesticides.

Pesticides dans l’agriculture en UE

Chaque année, plus de 220 000 tonnes de pesticides sont annuellement épandus dans l’environnement européen. Les résultats annuels de l’Union européenne montrent qu’on utiliserait 108.000 tonnes de fongicides, 84.000 tonnes d’herbicides, 21.000 tonnes d’insecticides et 7 000 tonnes de régulateurs de croissance – ce qui représente environ un demi-kilo de substances actives pour chaque homme, femme et enfant vivant au sein de l’Union européenne.

Pour se procurer l’étude

MDRGF : Tel/fax :+33 (0)1 45 79 07 59

www.mdrgf.org - mdrgf2@wanadoo.fr