Nutrition

Les hypersensibilités alimentaires

Nov-Dec 2013

Allergies ? Intolérances ? Ou simples sensibilités chimiques ? Il est parfois nécessaire de remettre les bons mots sur les maux de vos clients. Douleurs abdominales, ballonnements, maux de tête, troubles cutanés, gênes respiratoires, écoulements nasaux… autant de symptômes divers qui peuvent faire suspecter les molécules de l’environnement, qu’elles soient aériennes ou alimentaires. Zoom sur ces hyper réactions…

Depuis plus d’une quinzaine d’années, le nombre de personnes souffrant d’hypersensibilités alimentaires ne cesse d’augmenter et ceci est parfaitement visible chez les enfants qui sont de plus en plus nombreux à emporter leur propre déjeuner à l’école dans des petites glacières à leur nom pour éviter tout risque de contamination par des allergènes spécifiques.

On distingue trois sortes d’hypersensibilités alimentaires :

● L’allergie,

● L’intolérance

● La sensibilité chimique.

Toutes les trois sont le résultat d’une réaction anormale de l’organisme face à un aliment ou à une molécule précise de l’aliment.

 

L’allergie alimentaire

Dans l’allergie alimentaire, le système immunitaire attaque directement les protéines alimentaires en produisant des anticorps (immunoglobuline E) et des substances telles que l’histamine qui, à l’excès, entrainent dans les secondes ou les minutes qui suivent des troubles cutanés (urticaire), respiratoires (congestion nasale) ou digestifs (diarrhée).

Elle répond donc à un schéma bien spécifique et il est impératif de respecter scrupuleusement les directives médicales.

Les céréales contenant du gluten, les crustacés, les oeufs, les poissons, les arachides, le soja, les produits laitiers, les fruits à coque, les graines de sésame, le céleri, la moutarde et les sulfites sont le plus souvent incriminés dans les allergies alimentaires.

 

L’intolérance alimentaire

Moins grave que l’allergie, elle n’en demeure pas moins très gênante pour vos clients qui la subissent.

Contrairement à l’allergie elle n’implique pas le système immunitaire et serait plutôt dû à un problème de digestion ou d’absorption de certains aliments. L’exemple le plus courant est l’intolérance au lactose dû à un déficit enzymatique.

Les symptômes sont alors généralement proportionnels à la quantité d’aliment ingéré et peuvent se manifester, dans le cas d’une intolérance au lactose, par des nausées, des douleurs abdominales, des ballonnements et flatulences, allant même jusqu’à des diarrhées persistantes.

À l’inverse de l’allergie, ces symptômes ne se produisent pas entre 60 et 90 minutes, mais quelques heures, voire quelques jours, après leur consommation. En cas d’intolérance alimentaire, chaque personne aura son propre seuil de tolérance et l’éviction totale n’est pas forcément obligatoire, c’est à votre client de déterminer ses propres capacités de digestion et d’absorption.

La sensibilité chimique

À côté des allergies et des intolérances, la sensibilité chimique est moins connue du grand public. Pourtant, elle engendre une réponse inhabituelle de l’organisme à une substance, se trouvant naturellement dans l’aliment ou étant ajoutée en tant qu’additif dans le produit.

Les substances les plus couramment accusées sont le glutamate monosodique de l’alimentation conventionnelle (E621), la caféine, la tyramine présente dans les fromages vieillis et bien sûr d’autres additifs alimentaires synthétiques comme l’aspartame.

Et comme pour l’allergie, de petites quantités suffisent pour déclencher les symptômes qui sont souvent répertoriés en : migraines, maux de tête, troubles digestifs...

 

Les causes ?
Elles ne sont malheureusement pas clairement établies mais plusieurs pistes sont désormais à prendre très au sérieux :

● l’hyper aseptisation

● un manque d’oméga-3 ou de vitamine D

● une destruction de la flore intestinale par certains médicaments (antibiotiques)

● une hyperperméabilité de la muqueuse intestinale aux allergènes augmentée par une parasitose, l’inflammation de la paroi des intestins, le stress, la pratique soutenue d’une activité physique et la prise d’anti-inflammatoires non stéroïdiens.

 

Les lectines et les saponines alimentaires

Certaines protéines alimentaires appelées lectines se lient de façon spécifique aux glucides.

Elles se retrouvent dans les graines, les céréales, les légumes secs, les tomates, les aubergines les poivrons, les pommes de terre. Elles pourraient être à l’origine de certaines sensibilités alimentaires.

Même si 95% des lectines sont détruites par les hautes températures et par la digestion, il demeure une infime partie non digérée par l’estomac.

Ces lectines sont donc soupçonnées de favoriser la perméabilité intestinale, de stimuler la production de substances inflammatoires et d’augmenter les réactions auto-immunes.

De plus, d’après certaines études, elles pourraient induire une résistance à une hormone clé dans la régulation du poids, la leptine, qui contrôle les sensations de faim et de satiété et régule les réserves de graisses.

Les saponines, retrouvées dans les aubergines, les poivrons, les tomates et les pommes de terre ont également démontré leur capacité à augmenter la perméabilité intestinale.

 

 

Les régimes groupe sanguin…

Les cellules sanguines portent à leur surface des antigènes (des glycoprotéines), qui sont spécifiques à chaque groupe sanguin. Certaines lectines alimentaires seraient capables d’agresser un groupe sanguin en raison de leur ressemblance avec les antigènes d’un autre groupe…

 

Ce que vous pouvez proposer

Sans vous improviser médecin allergologue, vous pouvez de votre côté recommander des compléments et surtout une alimentation se rapprochant des régimes hypotoxiques, de type Seignalet :

● Supprimer le gluten qui augmente l’hyperperméabilité et induit la production de médiateurs de l’inflammation (cytokines).

● Eliminer les laitages animaux (vache, chèvre, brebis) puisque la caséine et le lactosérum (petit-lait) passant à travers la barrière intestinale augmentent les réactions auto-immunes.

● Augmenter l’apport en oméga-3, limiter celle des oméga-6 et toujours consommer des huiles biologiques extraites à froid.

● Privilégier le cru et les cuissons douces (bain-marie, étouffée, vapeur).

● Prendre des compléments alimentaires.

 

Renforcer l’étanchéité de la muqueuse intestinale et réduire son inflammation

Une des fonctions de cette muqueuse est d’assurer un rôle de barrière vis à vis de substances potentiellement toxiques. Ce rôle est assuré par les jonctions serrées et régulé par des facteurs physiologiques (système nerveux, apport en oméga3) et pathologiques (inflammation, infection …).

● La L-glutamine est le principal acide aminé fournissant de l’énergie aux cellules de la muqueuse intestinale, à la fois pour leur maintenance et leur réparation. Cette substance est désormais reconnue pour limiter l’hyperperméabilité intestinale.

Côté alimentaire, certains aliments sont fortement suspects : le piment de Cayenne, le paprika et l’alcool. A l’inverse, la curcumine du curcuma est désormais parfaitement reconnue pour diminuer sensiblement l’inflammation intestinale et donc limiter la porosité des intestins. Le thé, la noix de muscade, le tilleul, la badiane et le laurier renforcent aussi cette barrière.

● Les aliments fermentés comme la choucroute et les fruits et légumes lactofermentés (non pasteurisés) apportent naturellement des probiotiques (lactobacilles, bifidobactéries) qui semblent capables de réduire la perméabilité. Il est aussi

tout à fait possible de compléter par des probiotiques adaptés.

● Les suppléments d’oméga-3, de zinc, de quercétine et de vitamine D3 s’avèrent eux aussi bénéfiques.

 

Donner des enzymes digestives en cas d’intolérance

En cas d’intolérance à certains nutriments, vous avez à votre disposition des complexes d’enzymes végétales à large spectre d’action c’est-à-dire qui agissent aussi bien sur les protéines, les lipides et les glucides comme le lactose par exemple.

 

Axer sur les sources de fibres solubles

Elles seront à privilégier sur les fibres insolubles du blé complet par exemple parce qu’elles n’irritent pas les intestins et au contraire augmentent la viscosité. Parmi les plus aliments les plus riches, on peut citer : l’avoine (flocons, son, farine), l’orge, le psyllium (Ispaghul), le sarrasin, les légumineuses (haricots rouges, blancs), les figues sèches et les pruneaux.

 

Apporter des substances immunomodulatrices

L’extrait de plantain, l’huile de périlla, l’éleuthérocoque, le bêta 1.3/1.6 glucane, le crodyceps, les probiotiques et la vitamine D3 sont reconnues comme des substances immunomodulatrices. Elles pourraient donc être bénéfiques en complément d’une alimentation hypotoxique.

Et enfin, contre les lectines, certaines substances ont été mises en avant : le chitosan ou encore la N-acétyl-glucosamine, un composé proche du glucose qui se retrouve dans certaines algues (Fucus vesiculosus, Fucus serratus, Ascophyllum nodosum).

 

Quelques règles de base à redonner à vos « familles sensibles » :

● Favorisez l’allaitement maternel puisque selon certaines études, l’établissement d’une flore intestinale spécifique au cours des premiers jours de la vie pourrait avoir un rôle prépondérant sur le développement des réactions immunitaires.

● Ne commencez la diversification alimentaire des bébés qu’à partir de 6 mois et évitez les fruits exotiques (kiwi, papaye, ananas…) avant l’âge d’un an.

● Limitez au maximum les produits du conventionnel contenant des colorants non naturels, des conservateurs (sulfites…) ou des additifs synthétiques.