Rayon Cosmétique

Formuler des cosmétiques naturels et bio sans conservateurs, c'est possible ?

mai-juin 2009

Assez souvent les professionnels du cosmétique conventionnel prétendent que c’est impossible et ils restent convaincus que cette affirmation est irréaliste. En effet, peu de laboratoires au monde maîtrisent la formulation de cosmétiques sans conservateurs de synthèse.



Et pourquoi éviter les conservateurs de synthèse ?

Un conservateur est nécessairement «biocide»; il a pour rôle de lutter contre tout micro-organisme qui pourrait détériorer le produit. Malheureusement son action continue, une fois le produit appliqué sur la peau. Il risque alors de perturber la flore microbienne qui se trouve dans un parfait équilibre sur une peau saine et de provoquer des intolérances, voire des allergies de contact, de plus en plus fréquentes.

En cosmétique naturelle et bio les restrictions sont claires :

les produits ne doivent pas contenir des conservateurs problématiques. Les cahiers des charges allemands (BDIH) et français (Ecocert) autorisent l’utilisation d’un nombre très restreint de conservateurs, des conservateurs très doux autorisés également pour des produits alimentaires. On y trouve par exemple l’acide benzoïque, l’acide salicique ou le sorbate de potassium.
Certaines marques ont fait le choix de n’utiliser aucun conservateur de synthèse, même les plus doux autorisés par les différents cahiers de charges. Un produit cosmétique n’est pas comparable à une salade de fruits : on ne peut pas échanger un ingrédient d’un cosmétique contre un autre, remplacer les conservateurs de synthèse par un conservateur naturel, sans modifier considérablement l’équilibre de l’ensemble et probablement rendre la formule inopérante. Il s’agit plutôt d’un changement de méthode, comparable au bouleversement nécessaire lors de la conversion de l’agriculture conventionnelle à l’agriculture biologique ou de la médecine allopathique vers la naturopathie.

Certains fabricants ont des dizaines d’années d’expérience dans la formulation de cosmétiques sans conservateurs de synthèse. Ci-dessous l’exemple d’une méthode de formulation sans aucun conservateur de synthèse, les techniques peuvent cependant varier d’un fabricant à l’autre.



Eviter germes et bactéries : par une sélection rigoureuse au niveau des matières premières.
Depuis l’achat des matières premières (plantes coupées à une distance définie du sol ) jusqu’à la préparation d’émulsion sous atmosphère contrôlée, les fabricants restent vigilants en permanence et tentent de diminuer l’importation involontaire de tout micro-organisme.
Développer des formules spécifiques
Les laboratoires utilisent un ensemble d’ingrédients et de techniques qui leur permettent d’éviter les conservateurs de synthèse :
● régler le pH (avec de l’acide lactique par exemple)
● incorporer des huiles essentielles, qui ont - outre leurs vertus thérapeutiques - un potentiel anti-bactérien.
● ajouter un faible taux d’alcool (bio) peut également contribuer à la stabilité de la formule

● utiliser les vitamines E et C qui ont un effet antioxydant sur la peau, mais également dans le tube. Pour chaque produit, la formule a été longuement testée et progressivement optimisée pour la rendre stable pendant au moins 30 mois avant l’ouverture et plusieurs semaines après l’ouverture du produit.
Employer des emballages protecteurs
Les crèmes et laits sont emballés dans des tubes ou des flacons « airless » afin de diminuer le contact direct du produit avec l’extérieur, notamment le doigt de l’utilisateur. Les emballages sont soit opaques, soit teintés, pour éviter toute dégradation des composants par la lumière et les UV.

Est ce que l’alcool est nocif dans les produits cosmétiques ?

En règle générale, cela dépend de la pureté de la matière première de l’alcool. L’alcool est une matière première naturelle. Ce qui fait la différence, c’est la transformation de l’étape suivante. L’alcool pur et naturel est souvent dénaturé par des agents de synthèse pour le rendre impropre à la consommation et éviter ainsi la taxe élevée sur l’alcool consommable. Très souvent, on utilise par exemple des éthers de glycol ou des phtalates (diethyl phtalate) comme agents de transformation. Ce sont justement ces agents dans l’alcool dénaturé, intitulé alors «alcool cosmétique», qui peuvent poser des problèmes d’allergie cutanée.
Certaines marques en cosmétique bio utilisent presque exclusivement de l’alcool bio à 100 % pur, non dénaturé ou un alcool pur dénaturé ( = rendu impropre à la consommation) avec des huiles essentielles.

Pourquoi utiliser de l’alcool dans les produits de cosmétique naturelle et bio ?

L’alcool naturel joue un rôle important pour ses effets antibactériens dans le cadre du système de conservation naturelle. Il exerce également une action astringente dans les lotions visage ou déodorants.

Est ce que l’alcool dessèche la peau ?

La réponse est dans le pourcentage d’alcool utilisé dans les produits cosmétiques. Les dermatologues préconisent un pourcentage entre 10 - 20 % dans les lotions toniques, en fonction du type de peau, plus élevé pour les déodorants. (Juste pour comparaison; les lotions toniques conventionnelles pour «peaux à problèmes» très prisées par les adolescents, peuvent contenir jusqu’à 80 % d’alcool...). Pour éviter des phénomènes de dessèchement ou d’irritation de la peau, les fabricants peuvent se baser sur ces recommandations. Des agents hydratants, des huiles et cires végétales, la glycérine végétale et d’autres substances apportent une hydratation importante aux formules, l’alcool n’étant qu’un composant parmi d’autres et interviendra en faible quantité. Le fait de supprimer l’alcool dans les produits de cosmétique naturelle et bio nécessiterait de revoir
le système de conservation et d’employer de nouveau des conservateurs de synthèse.
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