Rayon Cosmétique

Conservation en cosmétique bio : pourquoi et comment?

Jan-Fev 2013

3e partie : les conservateurs autorisés par les cahiers des charges bio Dans les deux premières parties de cette « trilogie » consacrée à ce sujet de la conservation qui suscite toujours autant de débats passionnés voire passionnels, nous avons rappelé l’intérêt réel des conservateurs antimicrobiens, mais aussi leurs inconvénients, en particulier pour les plus courants d’entre eux, puis évoqué deux techniques issues – fort logiquement, vu la parenté entre les deux univers – de l’agroalimentaire, l’une plus que sujet à caution (ionisation) et l’autre a priori d’un intérêt certain (stérilisation UHT). Dans cette dernière partie nous abordons la question des conservateurs « synthétiques » autorisés par les différents cahiers des charges de cosmétique naturelle et bio.

 

Nous écrivons « synthétiques », car à ce jour aucune des substances enregistrées officiellement au niveau européen ne provient réellement de la nature.
Même celles que l’on peut effectivement rencontrer à l’état naturel sont reproduites « identiques à la nature » en laboratoire. Rappelons par ailleurs qu’il existe, dans la version approuvée en Europe de la liste INCI actuellement en vigueur, 143 matières répertoriées comme conservateurs, toutes ne l’étant cependant pas au sens strict : il y a entre autres, par exemple, des substances qui sont des tensioactifs mais possèdent aussi des propriétés de conservation.
Au sens strict du terme, l’annexe VI de la directive européenne 76/768/CEE sur les produits cosmétiques liste 57 matières et groupes de matières inscrites comme conservateurs, incluant bien sûr les plus douteux que nous avons évoqués dans notre premier article. Mais tous, sans exception, sont soumis à des restrictions de concentration, voire aussi, pour certains, à des restrictions d’emploi (ex. uniquement maquillage ou produits se rinçant, interdiction dans les sprays ou les produits pour enfants).
Tous les cahiers des charges de cosmétique naturelle et bio que l’on est susceptible de rencontrer en France autorisent quelques conservateurs synthétiques appartenant à cette liste, et ce dans l’objectif de la « sécurité du consommateur ».
Ils ont été choisis en fonction de critères comme leur occurrence dans la nature, leur toxicité limitée voire inexistante et leur pouvoir irritant ou allergène limité

Cosmébio

Pour Ecocert, le référentiel le plus utilisé dans l’Hexagone, sont autorisés 1 les acides benzoïque, déhydroacétique, salicylique, sorbique et leurs sels, ainsi que l’alcool benzylique.
Chez Qualité France - l’autre référentiel 2 qui donne droit à l'utilisation du label Cosmébio, après adhésion à l’association - petite différence avec l’autorisation de l’alcool benzylique, de l’acide benzoïque, ses sels et ses esters, et des acides formique, propionique, salicylique, sorbique et leurs sels. Pour ces acides organiques, l’expression « et ses sels » désigne par exemple des substances comme le benzoate de sodium (acide benzoïque), le sorbate de potassium (acide sorbique), le salicylate de sodium (acide salicylique), etc. Ceci est bien entendu valable chez tout le monde.

 

BDIH

Ce référentiel allemand bien connu autorise moins de conservateurs que Cosmébio : l'acide benzoïque, ses sels et ses ethylesters, les acides salicylique et sorbique et leurs sels, et l’alcool benzylique. 3

1) Source : Référentiel cosmétiques écologiques et biologiques, version 2 mai 2012.
2) Source : Référentiel Qualité France Version 02 du 17.09.2010.
3) Source : Liste positive (Annexe 2) du « BDIH Guidelines for Certified Natural Cosmetics », Version 14.07.2010.

NaTrue

Ce cahier des charges qui a été le premier réellement présent au niveau international autorise de son côté les mêmes conservateurs que le BDIH, mais en ajoute un, l’acide propionique et ses sels. 4

 

Nature & Progrès

Dans la dernière version (15 avril 2009) de ce référentiel qui fut le premier en France, conservateurs (antimicrobiens) et antioxydants sont mis sous le même chapitre. Ainsi « sont privilégiés les conservateurs non toxiques, d'origine naturelle, extraits sans solvants synthétiques et substances toxiques, tels que : alcool/éthanol de qualité biologique, acide acétique, acide citrique, acide lactique, eaux florales biologiques, extraits de plantes biologiques, extraits de propolis biologiques, huiles essentielles biologiques, tanin, vitamine E et C naturelle ». Est précisé ensuite que « seuls sont tolérés et tant qu’il n’y aura pas d’alternative naturelle, les conservateurs obtenus par réaction chimique suivants : acide benzoïque, ses sels et son ester éthylique (0,5% maximum dans le produit fini), acide déhydroacétique et ses sels (0,6% maximum dans le produit fini), acide sorbique et ses sels (0,6% maximum dans le produit fini) ». Les concentrations maximales mentionnées sont en fait celles autorisées en cosmétique par la directive européenne. Au sens officiel d’agent de conservation autorisé par la réglementation communautaire, on retrouve donc des substances également tout ou partie autorisées par les autres référentiels bio, mais en nombre plus réduit, à savoir les acides benzoïque, déhydroacétique et sorbique, ainsi que leurs sels et/ou esters.

 

Demeter

Les produits cosmétiques certifiés Demeter restent rares en France, ce cahier des charges extrêmement exigeant en matière de bio, comme Nature & Progrès d’ailleurs, étant plutôt l’apanage de quelques marques allemandes dans l’ensemble peu diffusées, même dans leur pays d’origine. De façon assez étonnante, le « Cahier des charges Transformation », dans sa version française de mars 2011, ne mentionne pas du tout la question de la conservation des cosmétiques certifiés Demeter.

4) Source : « Exigences pour les cosmétiques naturels et bio Version 1.9. 06.10.2010 ».
5) Source : « Standard Version 1.1 – 31 janvier 2011 ».
6) Des procédés peu applicables de fait aux produits cosmétiques les plus courants…