Repères

Regard économique sur l'épeautre

Mai-Juin 2014

Depuis quelques mois, les distributeurs ont été nombreux à nous faire part de leurs interrogations sur les di érentes  uctuations de prix . En e et, l’augmentation des cours des matières premières est régulièrement invoquée. Pour mieux comprendre ce phénomène qui a un impact direct sur les prix de vente consommateur, nous avons analysé, avec la plate forme d’échange o-tx.com, sur le plan économique un produit symbolique en bio, l’épeautre.

L’épeautre dans le temps

Cette céréale dont la culture était encore très répandue jusqu'à la  n du 19e siècle, a largement été abandonnée au pro t du blé qui, grâce aux intrants chimiques et à la génétique, a permis à cette céréale d’obtenir des rendements plus importants. Aujourd'hui, il existe toutefois d'autres raisons pour reconsidérer la culture de l’épeautre. Du point de vue alimentaire, l’épeautre est moins allergène que le blé commun. Ainsi, certaines personnes sensibles au blé ordinaire le tolèrent plutôt bien. Du point de vue de la phytogénétique, les di érentes espèces d'épeautre sont sources de gènes de résistance à certaines maladies (McVey, 1990).

 

L’épeautre victime de son succès… en bio et en non bio !

En bio, l’épeautre est intéressant parce qu'il se contente de peu de fertilisation. La présence de la balle qui recouvre le grain lui permet aussi de mieux résister aux champignons lors de la germination en sols humides (Riesen et al., 1986). Reconsidéré à partir des années 1980 comme céréale de haute qualité par la bio, il a d’abord été cultivé sur des petites surfaces et est devenu une céréale de « référence ». Bien que ses surfaces ont augmenté, l'épeautre reste toujours une culture à risques pour les agriculteurs (les verses sont plus élevées en épeautre qu’en blé, et il est plus sensible aux fortes pluies et à la grêle...).

L’épeautre trouve de nouveaux débouchés dans l'alimentation bio, chez les boulangers et les fabricants de biscuits et de pâtes, et ses valeurs nutritives et digestives l'élèvent au rang d'une céréale "à la mode", moderne et saine et ce, pas uniquement sur le marché des produits bio. Cette reconnaissance générale le fait ensuite entrer dans dans les rayons bio puis dans les produits transformés non-bio.De ce fait, la demande s’accroît constamment depuis les années 2000 et la production peut di cilement suivre. En fait, en non bio, cette céréale a longtemps été considéré comme une culture fourragère qui implique des risques et fournit des rendements bien inférieurs au blé, à l’avoine et à l’orge, donc peut intéressante pour le conventionnel. De plus, les rendements en bio sont peu homogènes. Selon les années, il oscille entre 10 à 39 qx/ha, en moyenne 25 qx/ha. Alors qu’en blé, il est beaucoup plus important, jusqu’à 35 qx/ha en moyenne. Di culté, la demande des acheteurs non-bio se tourne aussi vers le bio, peu importe si le produit  nal sera vendu en bio ou non et peu importe son prix. Il faut absolument assurer l'approvisionnement.

 

Une hausse structurelle du cours de l’épeautre

Pour mieux visualiser les faits expliqués ci-avant, la plate-forme bio www.o-tx.com qui collecte les prix réellement obtenus par

les agriculteurs de son réseau nous a fourni les évolutions des cours de l’épeautre sur un an. On comprend pourquoi, d’une part, les tarifs des produits utilisant de l’épeautre (céréales du petitdéjeuner, farines, pains, etc.) ont subi des hausses et d’autre part, que des ruptures soient possibles.

 

 

 

 

Suite à cette évolution il n'est pas étonnant que www.o-tx. com ait déjà mis en relation de nombreux agriculteurs avec des transformateurs-acheteurs dans le cadre de "cultures sous contrat" portant sur plusieurs centaines de tonnes d'épeautre bio pour les récoltes à venir.

 

Depuis sa création comme simple blog en 2010, o-tx.com se consacre à la mise en relation des acteurs de l'agriculture bio certi ée. Aujourd'hui, il y a plus de 4000 utilisateurs à travers l'Europe qui consultent et s'impliquent régulièrement dans le réseau d'échanges, y proposent les produits de leurs récoltes ou articulent leurs demandes en matières premières bio. Quotidiennement des agriculteurs publient les prix réellement obtenus pour leurs récoltes et consultent ceux de leurs collègues.