NUMERO : N° 72 – Juillet / Août 2017

De la ferme à notre assiette : les mauvais choix du conventionnel

Rares sont les produits agricoles qui arrivent dans nos assiettes sans autre manipulation qu’une éventuelle cuisson. Certains doivent être conservés de longs mois, d’autres contiennent des ingrédients inattendus, incorporés par l’industrie agroalimentaire dans les aliments transformés.

De la chimie pour conserver les céréales et pour empêcher les pommes de terre de germer.

On trouve un peu moins de résidus de pesticides dans les céréales que dans les fruits, mais la différence n’est pas considérable : en France, d’après les données de la DGCCRF, 59 % des céréales et 74  % des fruits contiennent des résidus. Selon les données de l’EFSA (données européennes), plus de la moitié des résidus trouvés dans la farine concernent des pesticides utilisés après récolte, pour la conservation. Les traitements après récolte sont donc une source majeure de contamination des produits à base de céréales. En bio, l’arme principale pour conserver correctement les céréales sans pesticides est une bonne ventilation, ce qui nécessite un équipement adapté.

Pour les pommes de terre, on recourt à la chimie en conventionnel, après récolte, pour empêcher la germination lors du stockage. Le produit de loin le plus utilisé est le chlorprophame, un herbicide très persistant. La LMR (limite maximale de résidus) est de 10mg/kg, sachant que la dose journalière admissible (DJA) est de 0,05mg par kg de poids et par jour. Curieusement, la LMR pour le chlorprophame est 500 fois plus élevée pour les pomme de terre que pour les céréales. Ce pesticide serait-il 500 fois moins toxique lorsqu’on l’ingère avec des pommes de terre qu’avec du blé ? Sans compter que l’on consomme facilement 300 g de pommes de terre en un repas contre rarement 100g de céréales. Et qu’avec 300 g de pommes de terre contenant comme résidus de chlorprophame à peine moins que la LMR, donc autorisé à la consommation, une personne pesant  60 kg se trouve à la limite de la DJA.

Des additifs à risque

Il suffit de lire la liste des ingrédients de très nombreux produits de l’industrie agroalimentaire pour constater qu’elle en contient jusqu’à 5 fois plus que la recette traditionnelle et également beaucoup plus que la liste des ingrédients du même produit en bio. Une partie de cette différence provient de la présence, dans les produits conventionnels, de divers additifs, choisis parmi les 350 autorisés. La bio utilise également des additifs, mais en nombre bien moindre (50 seulement sont autorisés) et presque tous naturels.

Une famille d’additifs – les nanoparticules – est particulièrement dans le collimateur depuis quelque temps. Il s’agit de constituants de taille infiniment petite, de l’ordre du milliardième de mètre, souvent utilisés dans l’industrie alimentaire. Le plus connu d’entre eux, et l’un des plus utilisés, est le dioxyde de titane (E171) un agent blanchissant, présent en partie sous forme de nanoparticules. On le trouve dans de nombreux produits alimentaires (biscuits, produits chocolatés, bonbons, etc.) mais aussi dans des cosmétiques, des dentifrices, des crèmes solaires, et même de très nombreux médicaments, y compris le très populaire doliprane dans lequel on le trouve dans l’enveloppe des gélules. Le dioxyde de titane a été classé dès 2006 comme cancérigène possible pour l’homme par le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer).

Aliments prêts à consommer : des compositions à 100 lieues des recettes originelles.

Il est très instructif de lire la composition des aliments que nous propose l’industrie agroalimentaire. Non contente de comprendre souvent de nombreux additifs, on y trouve des ingrédients très éloignés de ceux que l’on s’attend à trouver au vu du nom du produit. Le cas le plus caricatural est peut-être celui d’un dessert bien connu : l’ile flottante. On la trouve en bio avec une composition simple et conforme à la recette traditionnelle, mais en conventionnel avec toutes sortes d’ingrédients indésirables et sans un des principaux : l’œuf !

Ingrédients d’une ile flottante bio : lait, œuf, sucre de canne, vanille

Ingrédients d’une ile flottante conventionnelle : lait partiellement écrémé, eau, sucre, caramel (sucre, sirop de glucose, fructose, amidon transformé, pectine, xanthame) amidon transformé, poudre de lait écrémé, gélatine, protéines de lait, arômes, alginate de sodium, carraghénates, farine de guar, farine de graines de caroube, émulsifiant E472b, émulsifiant E471, colorant roucou E160b, colorant curcumine E100.

Manger bio les produits conservés ou transformés est donc tout aussi important pour notre santé que manger bio ceux qui nous arrivent directement du producteur.

Claude Aubert

LAISSER UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here