NUMERO : Jan-Fev 2014

HUILERIE EMILE NOËL : la passion en héritage

 

Une passion née au pied du pressoir

 

 

« J’ai véritablement grandi dans l’huilerie » sourit David Garnier, l’actuel et jeune (car né en 1977) Directeur Général. Il ne se destinait pas au départ à reprendre le flambeau, mais les circonstances le poussèrent à quitter la PME qu’il avait créée et à intégrer l’activité familiale, aux côtés de sa mère, Annick Garnier-Noël, qui en est le PDG. Une situation qui n’est pas nouvelle : en d’autre temps, il y a même eu trois frères et soeurs actifs ensemble. L’engagement familial est en effet une constante, commençant avec Emile Noël père, maître-moulinier, qui créa en 1920 l’huilerie de Pont Saint- Esprit. La production fut longtemps limitée à de l’huile d’olive pressée à partir de fruits de la région. Elle fut ensuite continuée par Emile Noël fils, à l’origine de la marque proprement dite. Le fameux hiver 1956, extrêmement froid, modifia l’activité du moulin : 85 à 90 % des oliviers furent détruits par le gel et la matière première manqua. La production fut alors complétée avec l’huile de tournesol, également issue de graines locales, ce qui nécessita un nouveau process et de nouveaux outils.

En 1972, Émile Noël fut la première huilerie de France à triturer (broyer) des graines issues de l’agriculture biologique (certification Nature et Progrès). Elle continua à se développer comme entreprise familiale : Annick intégra aussi la

 

direction, avec son époux Gérard Garnier, malheureusement trop tôt disparu, en 1993. Chaque génération grandit à chaque fois « dans l’huile », consciente que décliner la qualité et l’authenticité à tous les niveaux est la seule solution pour que l’entreprise figure parmi les meilleures. Une recette visiblement efficace : l’huilerie Emile Noël est aujourd’hui n°1 sur son marché.

 

Pionniers du solidaire et de l’équitable

« De nos origines, il nous reste l’engagement fort de privilégier les approvisionnements locaux et de valoriser des produits français, explique David Garnier. Ce n’est pas le plus rentable, mais c’est une question de principe : nous n’achetons pas un prix mais de la qualité. Le meilleur moyen de maîtriser les matières premières, c’est d’en être géographiquement proche, sans circuit complexe, sans trader intermédiaire ! ».

Ce faisant, en bâtissant et soutenant des filières depuis plus de 20 ans, au niveau national ou international (pour certaines graines, il faut bien sûr se tourner vers d’autres continents), Emile Noël fait partie des pionniers du commerce solidaire et

 

 

 

équitable, bien avant que cela ne devienne sujet à certification (l’huilerie est adhérente de Bio Solidaire et de Bio Equitable). Côté commerce équitable, la société travaille par exemple pour l’argan avec une coopérative de femmes au Maroc. Et pour le sésame (1.200 tonnes par an !), ce sont 8 à 10.000 petits producteurs du Mali qui profitent du soutien de l’huilerie : préfinancement avant même la récolte, offre de matériel informatique et de GPS pour la géolocalisation précise des parcelles, formation qualité, etc.

 

Progresser en permanence

Aider ses partenaires à progresser c’est bien, mais l’entreprise n’oublie pas pour autant d’être elle-même dynamique, avec une stratégie d’investissement régulier, annuel même, pour faire évoluer l’outil et les conditions de travail. Résultat, lorsqu’on visite les locaux de production, on a l’impression de voir une usine neuve, alors qu’elle a 15 ans ! Ou encore, si la presse ancienne existe toujours, étant arrivée au maximum de sa capacité, une seconde presse moderne – là aussi, matériel français – a permis récemment de doubler la capacité de trituration, passée à plus de 6.000 tonnes par an.

Les investissements, c’est aussi un parc informatique changé tous les 3 ans, ou encore les 100.000 Euros annuels d’analyses extérieures (pesticides, métaux lourds, contre-analyses des contrôles internes), ou aussi, pour la manipulation des palettes, l’achat de chariots électriques, avec chargement à hauteur d’homme, pour plus de confort pour les collaborateurs et ainsi une meilleure qualité de travail, avec au final un meilleur service pour les clients. Et à propos de personnel, l’administration des ventes est passée de 2 à 4 personnes, dans le but d’être plus dynamique et plus réactive avec la clientèle. Un service marketing interne a été également récemment créé, là aussi dans le but de mieux répondre aux attentes des clients. Enfin, il faut aussi citer, ce qui est rare dans les PME, la présence d’une responsable des affaires réglementaires pour être à la pointe en matière de normes et de législation.

 

La Bio façon 21e siècle

« Ce n’est pas parce qu’on fait du bio qu’on doit renoncer aux techniques les plus modernes, répète souvent David Garnier. Nous respectons bien sûr le cahier des charges bio, contrôlé par Ecocert, mais aussi les normes ISO, et celles de l’IFS et du BRC, les référentiels essentiels de qualité et de sécurité sanitaire pour les produits agroalimentaires. La directrice de notre laboratoire est docteur en chimie, et elle est assistée de 3 laborantines, ce qui fait, avec la responsable des affaires réglementaires, que 10 % de notre personnel est dédié à la qualité ! ».

La haute technologie se retrouve également dans la mise en place d’un système d’azotage pour la mise en bouteille (de l’azote qui chasse l’air), limitant grandement l’oxydation des huiles. Ce système, qui est loin d’être répandu, a permis d’augmenter la DLUO des huiles, pour la plupart

passée de 18 à 24 mois. Un autre aspect qualitatif est illustré par le jury de 10 personnes – formées par l’ITERG (Institut technique d’études et de recherches des corps gras) – qui se réunit chaque lundi pour évaluer les huiles sur le plan gustatif et qualitatif.

 

 

Autre exemple d’application des techniques modernes : la valorisation, issue de la recherche interne, des tourteaux (les restes des graines et fruits après extraction de l’huile), qui de sous-produits sont devenus des ingrédients à part entière, riches en nutriments, utilisés par exemple dans les tartines au sésame, lin, noix et pépin de courge de la marque.

 

100 % magasins bio

L’investissement dans les normes et les techniques modernes se retrouve également dans les actions dont profitent directement les magasins bio, un réseau auquel Emile Noël est strictement fidèle. Les commerciaux vont être équipés de smartphones, avec un logiciel de gestion de relation client qui, outil ultramoderne au service direct des détaillants, permet de consulter l’historique du CA, de consulter les commandes passées, de comparer avec les meilleures ventes au niveau national, etc. D’autres nouveaux outils sont en préparation, comme des kits dégustation jetables, qui permettront de faire facilement plus d’animations. La formation des magasins n’est pas oubliée bien sûr, plus la création d’une interactivité, via un panel de magasins partenaires pour l’élaboration de nouveaux produits. David Garnier est en effet parfaitement conscient que le succès doit se construire en partenariat : les commerciaux ne sont que l’avant-dernier maillon d’une chaîne de compétences au sein de l’entreprise, chaîne dont chacun des maillons s’active dans un seul but final, apporter le meilleur pour grandir tous ensemble, jusqu’au point de vente. En d’autres mots, la génération actuelle qui dirige l’entreprise, la quatrième, a exactement les mêmes valeurs et les mêmes préoccupations que les précédentes.

 

 

Emile Noël : une véritable marque repère

Au final, il apparaît qu’Emile Noël offre aux magasins bio une garantie absolue : le consommateur ne peut pas être déçu. Et il ne s’agit pas que de qualité et de service. La largeur de la gamme (une trentaine d’huiles différentes, sans parler des autres produits au catalogue, comme la cosmétique avec la marque Emma Noël qui représente déjà 15 % du chiffre d’affaires) est également un atout, atout issu de la tradition et du savoir-faire, et dynamisé par l’innovation : « Si chaque huile a son goût et son parfum spécifique, convenant à différents usages et attentes, notre gamme se développe aussi par l’apparition de nouveaux produits, de nouvelles saveurs, de nouveaux mélanges, des flaconnages plus modernes et plus tendance, précise David. Une richesse de produits parfaitement en phase avec la tendance actuelle de la cuisine authentique faite maison, que nous accompagnons avec notre concours de cuisine bio L’Emile Chef et nos livrets de recettes ».

 

 

Le dynamisme de la marque se traduit aussi par l’activité à l’export (20 % du CA en 2013, présence dans 42 pays) qui n’est pas sans conséquence pour la France : « L’export nous tire vers le haut, explique David, tant en matière d’idées pour les innovations que pour la qualité, comme avec notre engagement avec l’association américaine anti-OGM ‘Non GMO Project’. Côté produits, notre huile de coco est un succès hexagonal inspiré par nos marchés internationaux, et il y en aura d’autres, car nous lançons plus de 15 nouveaux produits par an ».

De façon claire et nette, le flambeau familial continue à briller, et si, comme le dit l’actuel DG « Ce qui a fait le succès d’Emile Noël continuera à faire le succès d’Emile Noël », la marque n’a visiblement pas fini de surprendre !