NUMERO : Nov-Déc 2011

L’affichage environnemental : quels enjeux pour la filière bio ?

Aspects pratiques de la mise en oeuvre

Afin de répondre aux dispositions introduites par la Loi grenelle en matière d’affichage environnemental pour les produits de grande consommation, la plate-forme ADEME / AFNOR a été chargée d’élaborer des référentiels sectoriels (GT1 à GT 12) de bonnes pratiques pour que tous les professionnels qui s’engagent à fournir des informations sur les caractéristiques environnementales de leurs produits le fassent sur les mêmes bases. ( exemple, GT 1 pour l’ alimentation et aliments pour animaux, GT 2 pour le matériel/équipement consommateur d’énergie, piles et accumulateurs, GT 3 pour les produits d’entretien, produits du jardin et pesticides, GT 4 H pour l’hygiène , GT 4 B pour la beauté, etc…)
La France s’engage alors sur 3 indicateurs. Les référentiels sectoriels visent à fournir un cadre méthodologique pour l’évaluation des impacts environnementaux des produits, et s’appuient sur le référentiel BP X30-323 «Principes généraux pour l’affichage environnemental des produits de grande consommation».
À ce jour, 12 référentiels ont été validés (chaussures, shampooings, sièges rembourrés, papier toilette, raquettes, TV, literie, …). Le référentiel pour l’alimentaire est validé en partie mais les travaux sont toujours en cours sur les méthodologies relatives au stockage du carbone par les éléments naturels, aux allocations entre produits et coproduits, et aux déchets. Il doit être finalisé pour la fin de l’année 2011.
En parallèle, les choses avancent au niveau européen et mondial : Commission Européenne : empreinte environnementale des produits et organisations
● Guide méthodologique
● Expérimentation à partir de mi 2011 (alimentation, téléphonie mobile, vins, distribution, construction, produits chimiques, chaussure, télévision et papier)
● 10 entreprises « produits » / 10 entreprises « organisations »
● http://ec.europa.eu/environment/eussd/product_footprint.htm
Au niveau international :
● la norme ISO 14067 sur l’empreinte carbone des produits (Commission Draft 3)
● la norme ISO 14069 sur l’empreinte carbone des organisations
Au niveau national :
L’expérimentation nationale sur l’affichage environnemental est donc une première étape pour aller plus loin. Les entreprises engagées devront rendre un rapport au gouvernement, celui-ci les évaluera sur :
● La transparence des données et des modes opératoires
● Coûts et bénéfices pour les entreprises
● Appropriation et compréhension de la démarche par les consommateurs et les acteurs de l’entreprise
Un site Internet est dédié www.developpement-durable.gouv.fr/ experimentation-affichage

Concrètement, quel cadre pour l’expérimentation ?

C’est une démarche multicritères Les premières initiatives d’affichage environnemental des produits

se sont jusqu’ici concentrées sur la mesure de l’impact sur le changement climatique. Aujourd’hui, il faut aller plus loin et ne plus se limiter au seul équivalent CO2. D’autres critères doivent être pris en considération afin de dresser l’image la plus complète de l’impact environnemental d’un produit.
Une démarche multi-supports pour tester différents modes d’affichage
Concernant les formats d’affichage, c’est à dire la manière de restituer aux consommateurs les données sur l’impact environnemental des produits, les entreprises sont libres, durant l’expérimentation, de tester toutes les solutions qu’elles souhaitent (valeurs brutes, notes ou échelles, graphiques, …)
Cette diversité dans l’affichage contribuera à identifier les plus compréhensibles par le consommateur.
Avant de choisir les visuels qui informeront le consommateur, certaines entreprises ont fait appel à des tests ou à des panels. Ainsi, par exemple, une quarantaine d’entreprises proposant des produits de grande consommation (shampoings, cafés, eaux en bouteille, boissons gazeuses et jus de fruits, lessives, conserves de légumes, sels, bières, huiles…) ont ainsi travaillé avec l’Institut de liaison et d’études des industries de consommation (Ilec) et les fédérations concernées (ANIA, AFISE et Febea) pour développer des logos communs :

Ce qu’il faut noter, c’est qu’à ce jour il n’y a pas encore de consensus sur les indicateurs eau et biodiversité : aux entreprises de tester une méthodologie qui sera ensuite évaluée. D’autre part, les bases de données ne sont pas complètes à ce jour et les entreprises doivent parfois utiliser des valeurs avec des données « moyennes » ou « majorantes », ce qui ne met pas en avant les efforts réalisés.
Il est normal que ces débats soient intenses au vu des enjeux mais aussi de leur complexité. Dans le cadre de la biodiversité par exemple, l’utilisation de m² au sol a été proposée car simple à évaluer mais elle avait pour effet de promouvoir l’intensif. D’autres testent actuellement la consolidation des différents indicateurs pour donner une « Note Unique » lisible au consommateur. Mais peut-on consolider les enjeux climatiques avec ceux de l’eau et de la biodiversité ? et si tel est le cas quelle en serait la pondération ? Deux enjeux forts s’opposent d’ores et déjà : la sincérité de l’information et sa compréhension par le consommateur. La vulgarisation de ces informations devra alors être effectuée par les distributeurs et les filières associées.
Soutien des opérations et suivi de l’expérimentation :
● pas de soutien financier spécifique ou généralisé pour chaque opération mais une valorisation des participants en terme de communication et un accompagnement personnalisé, (notamment au travers de ce logo )

 

● un pilotage de l’expérimentation nationale assuré par le Ministère en charge du Développement durable, en association étroite avec la DGCCRF,
● un suivi de l’expérimentation nationale menée en concertation avec les différentes parties prenantes (Comité national du développement durable et du Grenelle de l’Environnement, ministères, plateforme AFNOR ADEME, Conseil national de la Consommation…). Concrètement, la mise en oeuvre dans l’entreprise de ce type de projet demande une organisation interne dédiée et compétente. L’entreprise peut alors choisir de gérer le projet en interne ou faire appel à un prestataire pour l’accompagner dans cette démarche.

Menaces, contraintes et opportunités

Les consommateurs sont à la recherche de produits d’une plus grande qualité notamment sur les critères de santé (36 %) et de préservation de la planète (27 %), mais également d’informations claires et accessibles qui leur permettent de faire un choix averti (Etude Ethicity 2011) :
Une information visible et simple  : 56 % considèrent qu’il est difficile de comprendre les informations sur les produits durables, 62 % considèrent que les produits « Développement Durable » ne sont pas assez facilement / rapidement repérables.
Une information qui permet une meilleure traçabilité des produits  : l’origine des matières premières et le lieu de fabrication sont les deux premières informations attendues sur les étiquettes des produits. La majorité des Français associent la consommation durable à la fabrication locale (51 % le citent en 1er ou en 2ème critère).
Davantage de preuve de la qualité des produits  : 60 % d’entre eux (+15points vs 2010) seraient davantage convaincus d’acheter plus de produits durables s’ils avaient des preuves concrètes de leur meilleure qualité.
Si les enquêtes consommateurs montrent que 86 % des consommateurs sont favorables à un affichage environnemental, elles montrent également qu’ils ne sont pas prêts à payer plus cher, en moyenne 1 % de plus. (Enquête IPSOS 2010) Ce qu’il faut retenir, c’est qu’au-delà d’une méthodologie définie et approuvée par tous à terme, les entreprises qui n’auront pas travaillé sur le sujet seront lésées :
● la démarche est chronophage et il est nécessaire d’anticiper sa mise en oeuvre dans l’entreprise,
● la mesure des impacts peut s’avérer décevante au vu des à prioris qu’on pouvait avoir sur tel ou tel produit,
● si l’affichage devient bien réglementaire, les entreprises qui n’auront pas mis en place de plans d’action pour limiter leurs impacts prennent un risque concurrentiel
● le consommateur, même s’il n’est pas prêt à payer plus, aura tendance à penser qu’un produit qui n’affiche pas ces impacts est suspect.

Mise en oeuvre dans l’entreprise

Il est difficile d’estimer le temps et le budget nécessaire à ce type de projet, qui dépend beaucoup de la maturité de l’entreprise, et de ses priorités, mais il semble aujourd’hui impératif de commencer à s’organiser et à mesurer, ne serait-ce que pour comprendre quelles informations vont être nécessaires, si elles sont disponibles, sous quelle forme, … La durée du projet dépend de plusieurs facteurs qui peuvent être les suivants :
● la complexité du produit comme le nombre de matières premières ou d’emballages

● la qualité et la disponibilité des bases de données environnementales : à quel prix, sous combien de temps ?
● le système d’information et l’organisation de l’entreprise. Ces projets de 4 à 6 mois oscillent entre 4000 € et 15000 € en fonction de leur complexité.
Ces études viendront ensuite consolider les orientations de l’entreprise et conforter ses investissements, elle pourra alors évaluer sa trajectoire, par rapport à une référence à instant T. L’affichage environnemental est un premier pas dans une bonne direction seulement s’il reste sincère et « accessible » aussi bien aux consommateurs qu’aux entreprises qui devront le réaliser.

Fanny COSNARD O2M Conseil
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Bilan Carbone – Analyse de Cycle de Vie –
Accompagnement en Développement Durable
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