NUMERO : Septembre – Octobre 2015

La beauté des mains

Une peau particulièrement fragile et sensible

Lavages multi-quotidiens, eau calcaire ou chlorée, soleil, froid, pluie, occupations professionnelles, travaux ménagers ou de jardin   : des simples agressions environnementales ou comportementales aux petites blessures en passant par les chocs, nos mains sont aux premières loges en matière de fatigue cutanée. Avec notre visage, elles sont bien sûr la partie de notre corps la plus exposée aux agressions extérieures. Des agressions d’autant plus préjudiciables que la peau des mains est plus fine que celle du visage, avec moins de glandes sébacées. Son film protecteur hydro-lipidique est donc moins important, ce qui explique pourquoi la peau des mains se dessèche plus vite.
Le soleil a une influence toute particulière sur la beauté des mains, car il provoque ces taches brunes plus ou moins disgracieuses sur le dos des mains (mais aussi sur les avant-bras, le visage, le cou ou le décolleté). Parfois appelées taches de vieillesse, elles sont en fait surtout des « taches de soleil » qui peuvent toucher à tout âge (dès 25 ou 30 ans) les personnes à la peau claire et fragile, surtout les femmes. Ces taches sont des accumulations de mélanine provoquées par une exposition trop intense au soleil, la mélanine étant un système naturel de défense de l’organisme contre les UV.

Tout cela fait qu’il est très important de protéger la peau des mains contre le soleil et toute autre forme d’agression extérieure, notamment en entretenant son manteau hydro-lipidique, pour éviter une déshydratation trop forte de la peau, perte de souplesse, apparition de gerçures et de crevasses, etc. Sans parler du fait que des mains bien soignées participent à l’estime de soi, à l’instar par exemple du maquillage ou de cheveux bien soignés et coiffés.
 

Règle n°1 : bien hydrater

Le premier réflexe est souvent de chercher une crème pour les mains qui ne « colle pas ». Attention, la plupart des crèmes « conventionnelles » sont à base de silicones (ingrédients bien sûr interdits en cosmétique certifiée) qui laissent sur la peau une agréable sensation de douceur et de lissage. On sait néanmoins ce qu’il faut penser de ce type d’actif d’une part sans affinité avec la peau, et d’autre part préjudiciable pour l’environnement.

Les fabricants de cosmétique certifiée proposent aujourd’hui tous des formules très légères mais néanmoins très hydratantes, nourrissantes et donc protectrices. Beurre de karité, glycérine végétale, huiles d’olive, de macadamia, d’argan, de noisette, etc. entretiennent idéalement le manteau hydro-lipidique de la peau des mains, étant en parfaite harmonie avec celui-ci. D’autres actifs, les uns calmants, les autres anti-âge, complètent en général ces formules, sublimées aujourd’hui par de magnifiques parfums. Pour intensifier cette action soignante, il ne faut pas hésiter à appliquer la crème avant de se coucher en couche bien épaisse, qui pénétrera pendant la nuit. Dans les cas les plus extrêmes, en hiver par exemple, ou lorsque la peau a été particulièrement abîmée, on peut porter des gants de coton fins pour la nuit, après s’être bien crémé les mains.

 

Bien préparer les mains au soin

Bien hydrater la peau des mains n’est pas suffisant si le terrain n’est pas idéalement préparé. Il va de soi que les mains doivent toujours être propres, lavées avec un savon autant que possible sur base naturelle, sans additif chimique (un savon bio étant bien sûr idéal !), en évitant d’abuser des gels bactéricides, dont l’alcool finit par dessécher la peau et dont les actifs ne savent pas faire la différence entre les « mauvais germes » et les « bons » dont notre peau a aussi besoin pour construire son manteau protecteur. L’idéal est ensuite de remettre systématiquement de la crème après chaque lavage des mains, car celui-ci laisse la peau sans protection pendant quelques heures, le temps que l’épiderme retrouve son équilibre. Pour cela, à la maison, penser à toujours laisser sur le lavabo un tube de crème pour les mains. Au bureau ou ailleurs au travail, on en gardera un dans ses affaires personnelles ou dans son sac.
Un autre bon réflexe est de faire régulièrement un gommage, comme pour le visage ou pour le corps. Il suffit pour cela d’utiliser le même produit que celui employé pour le visage (car plus doux que les gommages corps), en l’utilisant toujours avec délicatesse.

Ce gommage se fera autant sur le dos de la main que sur la paume, ou on insistera juste un peu plus. Ce gommage peut aussi être une occasion de masser ensuite les mains pendant quelques minutes, une opération autant bénéfique pour le corps (activation de la circulation sanguine dans les extrémités…) que pour l’esprit (relaxation).

Il existe des huiles spécifiques pour le massage des mains et des pieds, mais une crème pour les mains (utilisée en quantité alors plus importante) ou une huile végétale de qualité (amande douce, sésame, jojoba…) peut parfaitement faire l’affaire aussi. Ne pas oublier de bien masser les cuticules, ces petites peaux qui recouvrent légèrement l’ongle sur son pourtour.

 

Doubler la protection

Dans les situations les plus difficiles, ménage, jardinage ou bricolage, il ne faut pas hésiter non plus à ajouter une couche supplémentaire de protection, sous la forme de gants, même lorsque le travail envisagé n’est à priori pas salissant. L’idéal est alors des gants de caoutchouc doublés de coton, qui ménageront la peau. Quand il fait froid, des gants permettant de protéger les mains du vent et du froid sont aussi impératifs. Et à l’inverse quand il fait chaud et que surtout il y a du soleil et qu’on risque d’y être exposé un bon moment, on utilisera une crème de protection solaire avec un indice de protection élevé, ce qui permettra de lutter contre l’apparition des taches brunes.

 

Le soin des ongles

Le soin des ongles fait partie intégrante de la beauté des mains. Côté recettes naturelles, la plus connue est le jus de citron dans de l’eau tiède, éventuellement additionnée d’huile végétale de qualité (ou de bicarbonate de soude), mélange dans lequel on laissera tremper le bout des doigts pendant une dizaine de minutes. Le jus de citron et le bicarbonate fortifient les ongles et aident à les blanchir. Il existe sinon, bien entendu en qualité bio/certifiée des produits prêts à l’emploi, qui vont des huiles de soin des ongles (et des cheveux) aux baumes et crèmes « spécial cuticules », certains présentés sous forme de crayon ou de stylo. Bien entendu, il faut aussi s’occuper idéalement des cuticules (les repousser délicatement avec un petit bâton de buis prévu à cet effet, voire couper ce qui dépasse) et surtout couper et limer les ongles (avec une lime en carton doublée de papier émeri, ou mieux un lime en verre, mais jamais de lime en métal).

 

Des vernis à ongles « bio » ?

Si on le souhaite, la touche finale de la beauté des mains sera apportée par l’application de vernis à ongles. Celui-ci apporte non seulement de la couleur, couleur, qui peut être coordonnée aux vêtements et au maquillage, mais en plus il protège l’ongle contre les chocs. A ce jour, il n’existe néanmoins pas de vernis à ongles bio au sens strict, c’est-à-dire certifié. Car les vernis à ongles sont par définition des produits tout ce qu’il y a de plus chimiques, étant en effet conçus exactement comme une peinture : des pigments en solution dans un solvant qui doit s’évaporer après application, en laissant un film résistant.

Le problème est que les vernis conventionnels contiennent ainsi typiquement des ingrédients  dont la nocivité est connue : des solvants comme le toluène (neurotoxique, irritant pour les voies respiratoires, les yeux et la peau) ou le xylène (irritant des yeux, des voies respiratoires et de la peau), des plastifiants comme le phtalate (irritant, perturbateur endocrinien, toxique pour les reins) ou le camphre synthétique (irritant des yeux et des voies respiratoires), des durcisseurs comme le formaldéhyde (durcisseur : cancérigène avéré), ou encore des liants/collant comme le colophane (irritant de la peau, des yeux et des voies respiratoires), etc. Il y a quelques années, une étude faite en Californie avait montré un taux particulièrement élevé d’affections graves (asthme chronique, dermatites, cancers du sein) parmi le personnel des salons de manucure…

En 2011, un vernis à ongles certifié Cosmebio avait été mis sur le marché, avec une formule brevetée dont les composants principaux étaient l’alcool, le shellac (ou gomme-laque) et des acétates. Il fut cependant retiré du marché au bout de quelques mois à peine, le problème venant visiblement d’une difficulté extrême à l’enlever… Depuis, les utilisatrices à la recherche de vernis « naturels » doivent donc se contenter de se tourner vers les marques qui ont fait l’effort de proposer des formules ne contenant pas les ingrédients les plus problématiques. Ces formules sont dès lors dites « 5 free » voire « 6 free » ou « 7 free » selon le nombre de composants nocifs qu’elles ne contiennent pas : toluène, dibutyl-phtalate (ou DBP), formaldéhyde, résine de formaldéhyde, camphre, xylène, colophane. Certains annoncent même du « 8 free » en y ajoutant le « sans parabènes », allégation déplacée puisque de telles formulations ne nécessitent aucun conservateur, aucun germe ne pouvant bien se développer dans des solvants chimiques.

On notera que nombre de marques conventionnelles se sont également mises au « 5 free » ou plus. Mais tant qu’à faire, autant privilégier les marques qui font par ailleurs de la cosmétique certifiée, leur démarche « sans… » étant plus sincère et la qualité en général au rendez-vous.

Depuis quelques temps, on a aussi vu apparaître des vernis à l’eau. Ils sont certes sans solvants chimiques, sans composants a priori allergisants, ce qui est un point très positif, mais le reste de leur composition est toujours basé sur la chimie, notamment des copolymères acryliques, voire des polyuréthanes (autre matière plastique). Le reproche qui leur est fait est d’avoir un séchage pouvant être trop long (plusieurs heures parfois pour une dureté parfaite), leur tenue dans le temps étant aussi souvent critiquée. Un des problèmes principaux est qu’ils ne résistent pas à l’eau chaude, voire à la chaleur tout court. Ils sont donc loin de faire l’unanimité.

Mais il y aura bientôt peut-être du neuf : une marque allemande bien connue a présenté il y a quelques mois les premiers vernis à ongles certifiés BDIH et NaTrue. Séchant rapidement, leur résistance semble un peu moindre, mais leur composition « propre » bien que non vegan, essentiellement à base d’alcool bio et de shellac, est faite pour rassurer. Prochainement en France ?