NUMERO : Mars-Avril 2015

Le sol, méconnu et menacé…

Le sol en danger

À première vue, nos sols semblent bien se porter puisqu’ils donnent des récoltes qui n’ont jamais été aussi abondantes. Pourtant, dans les régions de grande culture, la teneur du sol en matière organique a été presque divisée par deux en 50 ans. Et si les récoltes continuent à y être abondantes – bien qu’elles tendent à baisser – c’est à grand renfort d’engrais et de pesticides. La dégradation des sols est un problème majeur à l’échelle de la planète. Quelques chiffres :
● 20 % du territoire français est soumis à l’érosion
● En Europe, 56 % des sols sont dégradés
● Dans le monde 24 milliards de tonnes de sol sont entraînés chaque année par l’érosion et 100 millions d’hectares sont affectés par la salinisation
 

Des sols sains pour une vie saine

Que notre santé dépende – entre autres – de celle du sol, les pionniers de l’agriculture biologique sont les premiers à le dire. Ce qui est nouveau, et encourageant, c’est que « Des sols sains pour une vie saine » soit le slogan retenu par la FAO pour l’année 2015, déclarée Année Internationale des Sols par l’ONU.
Des sols sains, ce sont des sols non pollués, riches en matière organique et ayant une bonne activité biologique.  Le rôle joué par ses principaux habitants – des bactéries aux vers de terre – est bien connu, mais les interactions entre eux et les plantes le sont moins. Par exemple les mycorhizes, associations symbiotiques entre des champignons microscopiques et de très nombreuses plantes. Les fins filaments (les hyphes), invisibles à l’œil nu, que produisent ces champignons pénètrent (dans le cas des endomycorhizes) à l’intérieur des cellules des racines des plantes, à qui elles fournissent des minéraux et de l’eau en échange  d’hydrates de carbone. Les hyphes se « faufilent » partout dans le sol, à des endroits que les racines sont incapables d’atteindre. Ils y trouvent de l’eau et des minéraux qu’ils vont fournir aux plantes. Ils protègent en outre ces dernières contre certains de leurs ennemis comme les champignons pathogènes du sol, dont ils limitent ou empêchent le développement. Mais aussi – fait plus surprenant –  ils peuvent les protéger contre les insectes qui s’attaquent aux feuilles.

La présence de mycorhizes augmente en effet la production par les plantes des substances (polyphénols et autres) que ces dernières synthétisent pour répondre à un stress ou se défendre contre un ennemi. Ces substances sont de puissants antioxydants, bénéfiques pour notre santé, et on sait que les produits bio en contiennent le plus souvent davantage que les conventionnels. Les champignons des mycorhizes pourraient donc contribuer aussi à notre santé.
 

Peut-on se passer du sol ?

Techniquement oui. Grâce aux progrès de la chimie on sait faire pousser des plantes en remplaçant le sol par une solution nutritive apportée aux racines.

C’est la bien nommée « culture hors-sol », largement pratiquée sous serre en conventionnel pour produire des tomates et  autres légumes toute l’année. Une solution qui n’est évidemment pas généralisable en raison des investissements élevés et des grandes quantités d’engrais et de pesticides qu’elle exige.

 

L’agriculture biologique, garante de la santé du sol

L’impact positif de l’agriculture biologique sur le sol se mesure notamment par sa teneur en matière organique et son activité biologique, qui sont presque toujours plus élevées en bio qu’en conventionnel.

Cela se traduit par une meilleure santé des plantes, moins de ruissellement en cas de fortes pluies, une plus grande biodiversité, le stockage de carbone dans le sol. Il résulte de nombreuses études comparatives que les sols en bio stockent en moyenne entre 400 et 500 kg de carbone en plus, par hectare et par an, que les sols en conventionnel, d’où une contribution non négligeable à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Quant à la diminution du ruissellement, qui réduit les risques d’érosion et d’inondation, elle a été confirmée par deux études qui ont montré que dans les sols en bio l’eau s’infiltrait de 2 à 6 fois plus vite que dans ceux en conventionnel.

Restaurer la fertilité des sols est donc une priorité, et généraliser l’agriculture biologique est sans doute le meilleur moyen d’y parvenir. En attendant que la FAO prenne position sur ce point, il faut se réjouir que l’ONU ait fait du sol le thème de l’année 2015.
 

Claude Aubert