NUMERO : Novembre-Decembre 2014

Les tensioactifs renouvelables

Chevaux de labour
Les tensioactifs sont les chevaux de labour des détergents et – à une exception près – ceux-ci ont besoin de un à plusieurs tensioactifs pour fonctionner comme attendu. Parmi tous les ingrédients des détergents, ce sont les tensioactifs qui ont de loin l’effet le plus négatif sur la santé et l’environnement. Parmi les bons 400 tensioactifs offerts dans le marché, ce sont ceux qui sont issus de sources renouvelables qui nous intéressent, et pas ceux de sources fossiles – du pétrole, donc.

L’ère du fossile touche à sa fin, tout bêtement parce que la source en est épuisée, et même si par manque de substitutions il faut avancer à petits pas, ce ne sont que les molécules renouvelables qui ont un futur réel. Si nous disons « source renouvelable », nous voulons dire source végétale ou microbiologique, bien que les graisses animales ne devraient pas être exclues.

Jusque après la deuxième guerre mondiale elles étaient largement utilisées pour la fabrication de savons et détergents – certaines plus longtemps encore.

Lettres de noblesse

Les tensioactifs soutenables viennent avec des lettres de noblesse convaincantes : issus de sources que nous pouvons recréer – donc des sources infinies – en utilisant des process de transformation soutenables eux-aussi, ils ont une toxicité aquatique basse, leur biodégradation se produit sous toutes conditions et sans laisser de restes stables. Toutefois, il ne faut pas sous-estimer leurs effets sur la santé et l’environnement : leur action physico-chimique est des plus fortes qu’il y ait.

Comme ce sont les ingrédients majeurs de tout détergent, la qualité écologique du produit fini dépend principalement d’eux. Ceci n’est pas vraiment perçu par une majorité de consommateurs, qui souvent s’irritent à la présence de 0,2 % d’un additif synthétique quelconque. Son importance pour la santé et l’écologie pourrait être inférieure à celle des tensioactifs d’un facteur 1000. La poignée de producteurs axés sur les détergents soutenables a adopté l’utilisation de ces tensioactifs comme un choix décisif depuis plusieurs décennies.

Petit lexique 

Il est difficile de dresser une liste exhaustive des tensioactifs renouvelables. Ils se cachent sous les désignations imposées par la loi, dont nous avons fait connaissance dans l’article antérieur : anionique, non-ionique, cationique, amphotère. C’est comme si on dirait : monocycle, deux roues, tricycle… Limitons-nous à ceux qu’on rencontre souvent sur les étiquettes (l’ordre est alphabétique) :

● Alkyl-poly-glucoside : fabriqué à partir d’acides gras végétaux et de sucre. Très effectif, mais également respectueux de la peau.

● Disodium sulfosuccinate : quoique actuellement à base d’ingrédients pétrochimiques, ce tensioactif doux pourrait se fabriquer sans problèmes à partir de matières renouvelables.

● Sodium lauroyl glutamate : à base d’acides aminés et d’acides gras. Tensioactif faible mais très doux.

● Sodium lauroyl sarcosinate : à base d’acides aminés et acides gras. Les aminés sont en général de la synthèse, mais pourraient sans problèmes se fabriquer à partir d’ingrédients renouvelables. Effectif et doux.

● Sodium lauryl sulphate : une fraction d’huile de coco traitée au soufre en forme gazeuse. Un tensioactif corsé et, quand utilisé à lui seul, pas très ami de la peau. Une combinaison avec d’autres le rend aussi doux que le SLES.

● Sodium lauryl ether sulphate : le même que ci-dessus, mais ayant subi un traitement supplémentaire à l’oxyde d’éthylène, un dérivé pétrochimique dangereux. Après ce traitement, il est bien plus doux que le SLS. Il n’existe pas encore de substitution pour l’oxyde d’éthylène.

● Sophorolipide : généré à partir d’acides gras végétaux et de sucre par une fermentation bactérienne. Formé dans un être vivant, c’est le seul tensioactif en ce moment qui peut s’appeler « naturel ». Très effectif, neutre et très doux.

Tous les tensioactifs sont des produits fabriqués par l’homme, ils n’existent pas tel quel dans la nature : ce sont des synthèses. Et « synthèse » n’est pas automatiquement synonyme de « mauvais ».

 

Petits conseils

Lisez les étiquettes des détergents. Si elles sont incompréhensibles ou vagues, demandez des explications au producteur.

L’internet est une source d’information importante, mais parfois déroutante. Revenez à la case ci-dessus si besoin en est !