NUMERO : Septembre – Octobre 2014

Microbes amis dans notre corps

Plus d’un kilo de bactéries dans notre intestin

Quand on parle des bactéries de notre corps, on pense immédiatement à la flore intestinale, que l’on appelle maintenant le microbiote. Il s’agit d’environ 100 000 milliards de bactéries, soit dix fois plus que le nombre de nos cellules.

Elles se trouvent, pour l’essentiel, dans le gros intestin, et leur présence se manifeste parfois par des flatulences. Mais, loin d’être indésirables, elles sont tout simplement indispensables, et les flatulences ne sont que la conséquence d’une mauvaise digestion par nos enzymes de certains aliments, par exemple les légumes secs, souvent parce qu’ils ont été mal mastiqués. Parmi les innombrables espèces bénéfiques présentes, on peut citer les bifidobactéries et les bactéries lactiques.

Le rôle le plus connu du microbiote est de s’attaquer aux constituants de notre alimentation arrivés non digérés dans le gros intestin, et de synthétiser des vitamines que notre alimentation ne nous apporte pas toujours en quantités suffisantes, notamment la K, la B12 et d’autres du groupe B. Il n’en synthétise pas assez pour couvrir nos besoins, mais cet apport complète celui des aliments. Le microbiote produit également des acides gras à chaine courte, notamment l’acide butyrique, qui contribue à nous protéger contre les diarrhées et le cancer du côlon.

Le microbiote intestinal contribue également au bon fonctionnement de notre système immunitaire. Il a même une influence sur notre système nerveux au point que l’on parle à son propos d’un deuxième cerveau. Des souris dont le microbiote a été perturbé par des antibiotiques ont un comportement timide et anxieux, qui redevient normal lorsqu’on cesse l’administration d’antibiotiques.
 

Probiotiques et prébiotiques

Pour maintenir un microbiote sain, il faut d’abord éviter les antibiotiques. Pour l’entretenir et le rétablir on a recours aux probiotiques et aux prébiotiques. Les probiotiques sont des aliments ou des compléments alimentaires riches en « bonnes » bactéries, notamment des bifidobactéries, qui sont apportées entre autres par certains produits laitiers fermentés.

Les prébiotiques sont des constituants de nos aliments qui nourrissent l es bonnes bactéries car ils ne sont donc pas digérés par nos enzymes digestives.

Ce sont des glucides, principalement des oligosaccharides, que l’on trouve notamment dans les légumes, les légumineuses et les céréales complètes.

 

Les flores cutanée, buccale et vaginale On trouve également des bactéries sur notre peau, dans la bouche, le nez, le pharynx, le vagin. C’est par la flore vaginale et la flore cutanée que l’organisme du nouveau-né, stérile jusqu’à la naissance, est colonisé par les bactéries. Une colonisation indispensable, qui se fait lors du passage du nouveau-né par le vagin et du contact avec la peau de sa mère, notamment lors par l’allaitement.

Les bébés mis au monde par césarienne ne bénéficient pas de la flore vaginale maternelle, ce qui pourrait expliquer une incidence de l’asthme et des allergies plus élevée chez eux que chez les enfants mis au monde par les voies naturelles. Riche en bactéries lactiques, la flore vaginale protège par ailleurs la femme des bactéries et les champignons indésirables.

La flore cutanée est une des plus méconnues. Une partie est présente en permanence – c’est la flore dite résidente – l’autre est de passage, c’est la flore transitoire. La flore résidente nous protège contre les envahisseurs pathogènes. L’endommager avec des produits d’hygiène antibactériens n’est donc pas du tout une bonne idée. Lisez donc les étiquettes et bannissez de votre salle de bain – sauf prescription médicale légitime – tout ce qui contient des antibactériens, et en particulier du triclosan, un perturbateur endocrinien, soupçonné de surcroit d’être cancérigène.

Du sol à notre corps, les bactéries bénéfiques sont donc des alliées incontournables.
Eliminer celles qui sont pathogènes par des antibiotiques – qui va du même coup éliminer aussi une partie des bénéfiques – ne doit donc être qu’une solution de dernier recours.

 

Claude Aubert