NUMERO : Novembre-décembre 2015

Moins de gaz à effet de serre en agriculture biologique

Une diminution drastique des émissions de gaz à effet de serre (GES) est urgente si l’on veut limiter le réchauffement de la planète à 2°C, un chiffre à ne pas dépasser pour éviter de grandes catastrophes.

Lorsqu’on parle de GES, on pense d’abord aux émissions de gaz carbonique (CO2) par la combustion des énergies fossiles (charbon, pétrole, gaz) qui en sont en effet, les sources les plus importantes. Mais on oublie souvent deux autres gaz, le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (N2O).

 

L’agriculture contribue plus au réchauffement de la planète  que nos voitures

L’agriculture et l’élevage émettent peu de CO2, mais beaucoup de méthane et de protoxyde d’azote. Et sont responsables, en France, de près d’un quart des émissions de GES qui se répartissent comme suit :

Gaz carbonique : 4 %
Méthane : 8 %
Protoxyde d’azote : 12 %
Total : 24 % de l’ensemble des émissions

Les émissions de gaz carbonique de l’agriculture sont dues environ  pour moitié à la mécanisation et pour la moitié à la fabrication des intrants (engrais et pesticides), principalement des engrais azotés : il faut environ 1 kg d’équivalent pétrole pour fabriquer 1 kg d’azote sous forme d’engrais chimique. L’agriculture biologique n’utilisant pas du tout d’engrais azotés chimiques et très peu d’autres intrants, en grande culture sa contribution aux émissions de GES est divisée environ par 2 par rapport à celle de l’agriculture conventionnelle.

Le méthane est émis par les fermentations entériques des ruminants (vaches, moutons, chèvres) et dans une moindre mesure par la fermentation de leurs déjections (fumier, purin, lisier). Une vache bio émet sensiblement la même quantité de méthane qu’une vache conventionnelle. Par contre, un compost bien fait en émet moins que le fumier non composté ou le lisier. Globalement il y a donc un léger avantage, mais peu significatif, au bio.

Le protoxyde d’azote est naturellement émis par les sols, en quantités d’autant plus élevées que les apports d’azote sont plus importants. Ces apports étant considérablement plus faibles, dans la plupart des productions, en bio qu’en conventionnel, les émissions sont fortement réduites.

Séquestrer du carbone dans le sol  grâce au bio

Un dernier élément à prendre en compte dans la comparaison bio/conventionnel est la variation de la teneur en matière organique du sol. Cette dernière – élément essentiel de la fertilité – est constituée pour environ 60 % de carbone. Or, la teneur du sol en matière organique varie beaucoup selon le mode de production. Elle a beaucoup diminué en grande culture depuis le début de l’industrialisation de l’agriculture, passant d’environ 2 ,5 % à parfois moins de 1,5 % dans certains sols cultivés sans apport de matière organique. Le carbone de la matière organique disparue a été « expédié » dans l’atmosphère sous forme de CO2, augmentant d’autant la contribution de cette agriculture au réchauffement climatique. La conversion au bio permet de séquestrer dans le sol, en moyenne, entre 400 et 500 kg de carbone, soit environ 1650 kg de CO2, par hectare et par an, comme  de nombreuses études l’ont confirmé. Certes, cet avantage ne dure qu’un certain nombre d’années – entre 40 et 50 – car au bout de ce temps la teneur du sol en matière organique atteint un équilibre. Mais pendant toute cette période – cruciale – c’est une contribution importante à l’amélioration du bilan des émissions de GES.

Les chiffres dessous montrent que, avec la même rotation – maïs-soja-blé – les émissions de GES sont presque trois fois plus faibles en bio qu’en agriculture conventionnelle intensive.

 

La séquestration de carbone dans le sol est une des clés de la lutte contre le réchauffement climatique. Des spécialistes ont estimé qu’à l’échelle de la planète il suffirait de séquestrer 200 kg de carbone par hectare et par an (soit la moitié de ce que séquestre la conversion à l’agriculture biologique !) dans toutes les terres cultivées pour compenser la totalité des émissions de gaz à effet de serre.

Convertir massivement l’agriculture mondiale au bio serait donc une contribution majeure  à la lutte contre le réchauffement climatique. Du même coup la fertilité des sols serait augmentée et la durabilité de l’agriculture assurée. Il serait temps que les décideurs en prennent conscience.