NUMERO : Mai-Juin 2012

Tout savoir sur la griffe du diable…

L’Harpagophytum procumbens, ou devil’s claw, est une plante vivace de la famille des pédaliacées qui provient généralement des régions désertiques d’Afrique australe, de la Namibie au Botswana, où le climat est aride et sec. Le terme «griffe du diable » lui a été donné d’une part en raison des crochets qui recouvrent ses fruits et d’autre part, il se dit aussi que ses capsules ligneuses en forme de grappin se fixent aux pattes et aux sabots des ovins et des bovins, les rendant furieux, comme habités par le diable !

Quelles substances actives renferme-t-elle ?

La plante, et en particulier les racines secondaires que l’on utilise en phytothérapie, est riche en glucosides iridoïdes (0.5 à 3 %), en phytostérols (bêta-sitostérol), en acides gras insaturés et en flavonoïdes (kaempferol, lutéoline, acides phénoliques).

L’harpagoside, un anti-inflammatoire naturel

De multiples études ont désormais démontré les vertus antirhumatismales, antiarthritiques, anti-inflammatoires et analgésiques de cette plante. C’est en fait un iridoïde, l’harpagoside (ou cinnamoyl-8 harpagide), qui serait à l’origine de l’effet anti-inflammatoire de la plante. C’est d’ailleurs lui qui lui donne son amertume quand elle est consommée sous forme de décoction. Dans l’organisme, cette substance se décompose par simple action de l’eau, en harpagogénine et harpagide qui lui confèrent toutes ses propriétés. La prise d’Harpagophytum, sur plusieurs semaines, va ainsi diminuer notablement les douleurs et les raideurs et de ce fait permet de réduire l’usage de certains médicaments antalgiques et anti-inflammatoires régulièrement prescrits par le médecin traitant.

Des propriétés analgésiques

Cette plante agit moins rapidement que les analgésiques allopathiques car elle n’est pas un analgésique en tant que tel mais plutôt un modulateur du système immunitaire qui réduit la réponse inflammatoire. En effet, l’harpagoside inhibe la formation des leucotriènes et des produits de dégradation des thromboxanes ; or les leucotriènes et les prostaglandines sont impliquées dans les mécanismes d’inflammation et dans les pathologies rhumatismales. Généralement il faut compter une dizaine de jours avant que les effets ne se fassent pleinement ressentir. Elle doit donc être pour vous la plante de première intention lors de rhumatismes bénins et de douleurs articulaires légères, aussi bien en usage interne qu’en application externe sous forme de gel ou de crème. La tolérance gastrique de cet anti-inflammatoire naturel est bonne comparée aux autres molécules synthétiques, comme les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS). Aucun effet secondaire n’a été constaté notamment au niveau de l’estomac. Au contraire, cette plante est parfois utilisée comme tonique amer contre les troubles gastro-intestinaux.

Pour qui ?

● Vos clients atteints de polyarthrite rhumatoïde car l’Harpagophytum s’est révélé essentiel pour renforcer le système immunitaire et réduire l’activité auto-immunitaire qui provoque l’inflammation.
● Ceux atteints d’arthrose des hanches, des cervicales, du dos, des genoux.
● Ceux présentant des lombalgies ou des sciatiques chroniques.
● Et enfin les personnes sujettes aux tendinites et aux douleurs articulaires suite à un effort.

Sous quelle forme ?

● En tisane, en laissant infuser toute la nuit si possible une cuillère à café de racines secondaires finement coupées ou en poudre dans un demi-litre d’eau. Selon certaines littératures scientifiques, il faudrait boire cette tisane froide sans ajouter de substance sucrante (stévia, miel, sirop d’agave) pour masquer l’amertume, car celles-ci pourraient diminuer l’absorption des principes actifs. Vous pouvez donc recommander de boire cette infusion, en répartissant sa prise tout au long de la journée, une dizaine de minutes avant les trois repas.
● En poudre de plante ou en extrait standardisé au minimum dosé à 1.5-2 % d’harpagosides, à raison de 500 à 1500 mg par jour, à recommander à la fin des repas avec un grand verre d’eau. Le dosage est en effet à moduler selon l’importance des douleurs.
● En extrait fluide ou en teinture mère, en partant sur une base de 20-30 gouttes, à prendre trois fois par jour également avant les repas principaux.
● En gel, pommade ou en crème en usage externe, pour soulager localement les douleurs, en massage doux deux fois par jour, en complément des prises orales.

Combien de temps ?

Fréquemment on préconise d’effectuer des cures de trois à six semaines, et ensuite d’alterner avec d’autres plantes comme les feuilles de cassis, la prêle ou encore la reine des prés.

Et avec ?

En complément, pour soulager les douleurs articulaires, vous pouvez recommander le curcuma associé au poivre, les oméga-3 qui possèdent également des vertus anti-inflammatoires et la prise de glucosamine et chondroïtine couplées à de la silice pour reconstruire progressivement le cartilage si besoin.

Contre-indications et interactions

C’est une plante relativement inoffensive avec très peu d’effets secondaires, mais comme certaines études notent qu’elle stimulerait les contractions utérines, vous ne devez pas la conseiller chez la femme enceinte, par principe de précaution. Attention également avec la prise de certains médicaments et en particulier les antihypertenseurs car l’Harpagophytum, qui réduit la pression artérielle et le rythme cardiaque, pourrait en augmenter les effets et donc induire des épisodes d’hypotension.