NUMERO : Juillet – Août 2014

6, 7 et 8 septembre 1974, des dates historiques pour la bio

Du côté des producteurs…

Dresser l’inventaire des préoccupations de l’heure et des problèmes agronomiques restés sans solutions ou sans solutions satisfaisantes, y remédier dans le cadre d’une mise à jour du cahier des charges de la qualité biologique garantie Méthode Lemaire-Boucher : tels étaient les objectifs que la Fédération Nationale des Syndicats de Défense de la Culture Biologique et de la Protection de la santé des Sols s’était fixée pour ses assises annuelles des 6, 7 et 8 septembre 1974 à Grenoble. A-telle répondu aux questions qu’elle se posait à elle-même et à celles que lui posait implicitement l’actualité agricole en général, et biologique en particulier ? On peut le penser pour l’essentiel car, de l’avis général, rarement les esprits et les énergies n’avaient été à ce point – et si utilement – mobilisés.

Congrès de travail et non de parade, ainsi que l’avaient clairement indiqué ses organisateurs, cette manifestation a été, de surcroît créditée de la plus grande attention de la part du public et des milieux officiels.

 

Du côté des consommateurs…

Parallèlement, dans le périmètre d’Alpexpo, une foire aux produits de qualité biologique garantie, d’une dimension toute nouvelle, avait été organisée par les soins de l’équipe Lemaire régionale ainsi qu’une exposition-vente d’animaux. Des milliers de visiteurs ont eu ainsi la possibilité de découvrir la réalité de l’agriculture biologique en faisant leur marché de denrées provenant de cultures sans engrais ni traitements chimiques de synthèse, et ont animé ce weekend, la plus spectaculaire « avant-scène» de l’agrobiologie qu’on ait connue jusqu’à ce jour.

 

La culture biologique, est-ce sérieux ?

C’est « Paris Match » du 14 septembre 1974 qui pose la question. Nous y avons répondu lors du Congrès de Grenoble ; mais notre éminent confrère a considéré qu’il se devait de faire une enquête auprès des sommités médicales et journalistiques. Si les réponses varient, il se dégage cependant une prise de conscience très affirmée des interlocuteurs de « Paris Match ». La question posée ne laisse personne indifférent, d’un professeur renommé pour qui le terme « biologique » ne veut rien dire jusqu’à un journaliste de « Témoignage Chrétien» qui a pris la peine de se rendre au Congrès de Grenoble et qui écrit : « La culture biologique, c’est sérieux ! » Pour prouver que leur méthode de culture pouvait dès

 

maintenant prendre le relais de l’agrochimie, les congressistes tenaient à arracher ce masque de « rigolos passéistes » dont on ne manque pas de les affubler. Deux chiffres ont remis les choses en place : en France, à ce jour 20 000 exploitants pratiquent la culture bio. Au total 500 000 ha travaillés sans le moindre engrais chimique, mais enrichis et régénérés naturellement avec l’aide de cette main d’oeuvre pas chère mais ignorée, les micro-organismes contenus dans le sol. Autre argument-massue : le rendement. Là, on est sûr de son coup, les « agrobios » vont mordre la poussière. Pas du tout, répondent-ils, nous obtenons déjà le même rendement qu’avec l’agrochimie. Pour le voir et le croire, il faudrait que les techniciens ”autorisés” viennent nous voir de temps en temps. Car les agrobiologistes de Grenoble n’ont pas seulement tenu à se défendre. Ils ont aussi attaqué. Et dénoncé d’abord l’indifférence sournoise dont les entourent les milieux agricoles traditionnels et les pouvoirs publics : « On ne s’occupe de nous que pour nous faire de mauvaises querelles ». Mais le dossier des agrobiologistes tient surtout en deux points, tous deux rattachés à la qualité de la vie : la qualité du produit agricole et la solution au problème de pénurie énergétique qui nous menace. Sur ce dernier point, nos jours sont comptés. La culture bio, elle, demande peu au sol avec lequel, d’ailleurs, elle collabore en participant à son renouvellement. Eh oui ! La culture biologique, c’est sérieux.

 

Jean-François Lemaire

Ndlr : une grande partie de ce texte est extraite de la revue

”Agriculture et Vie” n°105 de Septembre-Octobre 1974