« À l’avenir, il faudra se nourrir au plus près de chez soi » (Sylvain Zaffaroni – Pour nourrir demain)

Sylvain Zaffaroni, co-fondateur de « Pour nourrir demain ».

Sylvain Zaffaroni a co-fondé avec Marion Mashhady Pour nourrir demain* avec un objectif : « améliorer l’écosystème alimentaire tout en étant grand public ». Notamment grâce à une veille des innovations alimentaires. Expert et consultant, Sylvain Zaffaroni détaille pour Bio Linéaires, sa vision de notre alimentation de demain…

Dès 2026, Sylvain Zaffaroni, co-fondateur de Pour nourrir demain, rejoint Bio Linéaires avec une rubrique dédiée aux actualités des innovations alimentaires.

Observateur engagé des transitions alimentaires, Sylvain Zaffaroni partagera  sa veille sur les dynamiques qui façonnent le secteur en France et à l’international. À travers cette nouvelle rubrique, il apportera un éclairage pointu sur les tendances émergentes et les offres qui redéfinissent notre façon de consommer. Un rendez-vous pour décrypter, comprendre et anticiper l’évolution des usages alimentaires.

Bio Linéaires : Selon vous, comment allons-nous nous nourrir à l’avenir ?

Sylvain Zaffaroni : Il faudra se nourrir au plus près de chez soi avec ce que la terre, autour de nous, nous offrira. Si on continue comme aujourd’hui, on aura un système alimentaire à deux vitesses avec des coûts qui vont augmenter et des gens qui ne pourront plus avoir accès à une alimentation de qualité. La solution pour se nourrir d’une façon plus optimiste, ce sera d’aller au plus près de chez soi.
La consommation énergétique fait qu’il y aura de moins en moins de transports, le consommateur sera de moins en moins mobile avec le télétravail, on va vers de plus en plus de sédentarité ; on le voit déjà avec le succès des magasins de proximité après la grande période d’essor des grandes surfaces.

 

BL : Vous avez présenté lors des Bio N’Days 2024, les tendances de consommation pour demain en mentionnant le local et le circuit court comme des tendances majeures à venir. Pourquoi ?

S. Z. : Les régions devront être autonomes. Les usines ne seront plus nationales, mais des unités locales au plus près de la production. Je vois déjà beaucoup de PME qui se renforcent sur leur zone régionale, des produits d’Alsace ou du Sud-Ouest, qui nous disent qu’ils vont renforcer leur positionnement commercial au niveau régional.
Toutes les entreprises sont désormais sur l’amont, beaucoup recréent des filières, il faut produire au plus près, avec des usines locales et une transformation associée.

Il y a une réflexion sur des semences plus résilientes et de nouvelles filières, comme le lupin qui nécessite peu d’eau, puisque le sujet n°1 va devenir l’accès à l’eau. On voit des innovations produits avec des légumineuses, de la chicorée… C’est l’évolution de la terre qui crée l’innovation produit !
Les grands groupes deviendront des associations de PME, beaucoup commencent déjà à racheter des PME régionales, des entreprises familiales. On a l’exemple d’Heineken qui a racheté plusieurs microbrasseries, sa marque baisse mais les gains de ses microbrasseries augmentent.
Les marques, à l’avenir, ne pourront pas fabriquer les mêmes produits selon les régions, mais en fonction de cet écosystème régional. Beaucoup réfléchissent à des unités de production dédiées, pour moi, c’est une question de survie. La marque qui, à l’avenir, sera sur des ingrédients qui viennent du monde entier n’existera plus.

« Il y a une réflexion sur des semences plus résilientes et de nouvelles filières, comme le lupin qui nécessite peu d’eau, puisque le sujet n°1 va devenir l’accès à l’eau. C’est l’évolution de la terre qui crée l’innovation produit ! »

BL : Vous vous dites optimiste quant à notre capacité à relever les défis alimentaires à venir, notamment grâce à la technologie. Qu’est-ce qui nourrit cette confiance ?

S. Z. : Autant dans l’agroalimentaire, il n’y a pas de nouveaux acteurs, autant il y en a pleins dans l’agri tech, avec beaucoup de nouveaux outils : des capteurs pour connaître la teneur de la terre, des robots, des drones, des serres en autonomie d’énergie… Ce qui nous permet d’avoir une nouvelle génération d’agriculteurs très technophile.

 

BL : Vous parlez d’aliments sur-mesure, enrichis ou fonctionnels. Quelle place voyez-vous à l’avenir pour ces produits ?

S. Z. : C’est la tendance en innovation produits qui est en train d’exploser à l’étranger, on va avoir du jambon enrichi, du lait enrichi, on voit déjà des bouillons spécial ménopause ou au collagène, c’est la vraie tendance. Beaucoup de produits vont être aussi sur le bien-être mental. On a eu une période « sans » : sans sucre, sans gluten… et là, on est dans une période « plus » : hyper protéiné, yaourts probiotiques… Ces bénéfices correspondent à une cible, c’est pour ça que je dis qu’ils sont personnalisés : hyperprotéinés pour les sportifs, huile +50 pour les seniors, etc.

*www.pour-nourrir-demain.fr

Propos recueillis par Laura Duponchel

Interview issue du dossier « Nourrir demain »

Alors que d’ici 2100, la France pourrait se réchauffer de 4°C (par rapport à l’ère préindustrielle), bouleversant son agriculture, Bio Linéaires a mené une enquête approfondie, révélant les enjeux cruciaux et les solutions innovantes pour une alimentation résiliente. Agriculture, alimentation, distribution, quels seront les impacts ? Avec les éclairages de Nicolas Métayer, directeur adjoint et responsable de l’activité agriculture et climat de Solagro, Émeric Pillet, directeur de l’Itab (Institut technique de l’agriculture biologique), Sylvain Zaffaroni co-fondateur de Pour nourrir demain, Henri Godron, président de Biocoop ou encore de la coopérative BioBreizh.

>>Dossier Nourrir demain de Bio Linéaires (N°117)

La référence pour les professionnels de la distribution bio spécialisée et alternative

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