NUMERO : Juil-Aout 2012

À propos du bio… on croyait la hache de guerre enterrée

Ainsi donc, selon le président de la chambre d’agriculture de Haute- Loire (édito de La Haute-Loire paysanne du 24 février 2012), nous – les défenseurs d’une agriculture non polluante – sommes des « malfaisants, des fanatiques, des doctrinaires et des irresponsables ». Ou encore « des bobos souvent bien payés à ne rien faire qui nous empoisonnent gravement ».
Selon le président de la chambre d’agriculture du Tarn et Garonne (L’action agricole du Tarn et Garonne, N° 319 du 10 mai 2012), le bio nous ferait même, à nous et à nos enfants, courir un risque mortel. « 75 morts, 800 dialysés à vie, c’est le bilan de la contamination de graines germées bio par la bactérie E. Coli en 2011 ». Revenons un instant sur ce prétendu bilan. D’abord les chiffres avancés sont faux et nous aimerions savoir quelle en est la source. Mais surtout, le bio a été mis en cause dans cette affaire de manière bien imprudente. Certes, les graines germées incriminées étaient bien labellisées bio, mais une enquête approfondie s’est avérée incapable de trouver le lieu et la cause de la contamination, attribuée arbitrairement par certains au fumier utilisé par les producteurs des graines. Une cause en réalité hautement improbable pour plusieurs raisons :
1) la souche d’E. Coli en question (E 104:H4) n’a jamais été retrouvée dans l’intestin d’animaux mais seulement dans celui de porteurs humains. Les graines ont donc pu être contaminées par exemple par l’eau d’irrigation, par des ouvriers à un stade ou un autre de la production ou de la commercialisation, lors du conditionnement, etc. ;
2) Suite aux intoxications qui ont eu lieu en Allemagne, puis en France, plus de mille analyses ont été effectuées, aussi bien dans les exploitations égyptiennes qui ont (probablement) produit les graines que dans la ferme allemande qui les a fait germer et chez les intermédiaires qui les ont commercialisées.
La bactérie en question n’a jamais été retrouvée nulle part sauf une fois…. dans la poubelle d’un consommateur allemand ;
3) Le problème n’est en fait pas celui du bio, mais celui de la production de graines germées, qui – quel que soit le mode de production des graines – provoquent périodiquement des intoxications, le milieu chaud et humide nécessaire à la germination étant très favorable à la multiplication des bactéries pathogènes. Une production qui, pour éviter ce type de problème, exige tout au long de la filière le respect de règles d’hygiène et de traçabilité très strictes, ce qui ne semble pas avoir été le cas en Egypte (1).

laction agricole

Quant au billet d’humeur sur l’enfant bio (L’action agricole du Tarn et Garonne, N° 318 du 26 avril 2012) il laisse rêveur. Il fait suite à la tenue au Sénat d’un congrès intitulé « pesticides et santé » à l’initiative de l’association Générations Futures.
Outre le fait d’être étonné que « le Sénat cautionne de telles réunions d’extrémistes incapables de mesurer les conséquences de ce qu’ils préconisent » l’auteur « propose de mettre en application leur théorie sur leurs propres enfants ».Il propose donc « le concept de l’enfant bio : il a des poux, on les laisse s’installer durablement dans sa chevelure, idem pour les vers, pas de vermifuge, idem pour les champignons et, bien sûr, pas de vaccins, pas d’antibiotiques.
Peut-être que les générations futures seront moins nombreuses que prévu mais au moins elles n’auront pris aucun risque concernant les effets secondaire ou les résidus de tel ou tel produit pharmaceutique ». Cela montre en tous cas que l’auteur de ce texte n’a jamais vu d’enfants bio, sinon il aurait remarqué qu’ils n’ont pas plus de poux et sont au moins en aussi bonne santé que les autres.
Une étude récente, réalisée sur des enfants aux Pays-Bas, a d’ailleurs conclu que ceux qui mangent bio soufrent nettement moins d’allergies que les autres. Quant à l’impact des pesticides sur la santé – et en particulier celle des enfants – il suffit de lire la littérature scientifique pour être inquiet. Nous en donnerons un seul exemple, celui de l’impact des insecticides organophosphorés sur le développement intellectuel des enfants.
Une étude très récente – s’ajoutant à plusieurs autres allant dans le même sens – a été largement reprise par les médias (notamment Le Monde du 19 mai 2012).
Elle montre que l’exposition in utero au chlorpyriphos, un insecticide très utilisé, perturbe le développement du cerveau des enfants. Or, comme le fait remarquer le Pr Philippe Grandjean, un chercheur de réputation internationale, « vous n’avez qu’une seule chance de développer votre cerveau, et c’est pour la vie ».
Fort heureusement, les points de vue exprimés par deux présidents de chambres d’agriculture ne reflètent pas la position, beaucoup plus objective, de la grande majorité d’entre elles.
Elles sont – par exemple – partenaires du salon Tech&Bio, le principal salon professionnel de l’agriculture biologique, de même que l’Union européenne, les Agences de l’eau, l’INRA ou l’ACTA, pour n’en citer que quelques autres.

Claude Aubert

(1) Rappelons que, lorsque les conditions de production et de commercialisation des graines germées respectent les normes d’hygiène en vigueur, comme c’est le cas en France, le risque de contamination est pratiquement nul. On n’a d’ailleurs, à notre connaissance, jamais signalé de cas d’intoxications par des graines à germer produites et transformées en France.