NUMERO : N°69-Janvier Février 2017

Bio et bien-être aux Rencontres de natexbio

Après Lyon, Nantes et Marseille, c’est à Lille, dans les locaux de l’Institut Supérieur d’Agriculture que se sont tenues les Rencontres de Natexbio le 17 novembre dernier. Ce fut l’occasion pour les nombreux professionnels présents, non pas, « de faire du business  », comme l’a rappelé Benoit Soury, président de Natexbio, mais « de prendre un peu de hauteur et d’échanger du contenu ».

Pour cette nouvelle édition, Natexbio avait centré le débat sur la thématique « Bio et bien-être ».  Bien-être du consommateur bien sûr, mais aussi dans le travail. Bien-être de notre pays enfin, d’un point de vue économique, social et environnemental. Autant de problématiques sur lesquelles se sont penchés des professionnels et experts du secteur de la bio, ainsi que des intellectuels, sociologue, économiste et médecin. L’intérêt de ces rencontres était bien, comme l’a souligné Benoit Soury, « les regards croisés, les interpellations que l’on peut avoir, et la capacité d’écoute que l’on doit être capable d’avoir les uns envers les autres ».

Bio et bien-être, consommer pour se rassurer

La quête de bien-être est un phénomène en plein essor. Il n’y a « jamais eu autant de coachs, de magazines et autres médias sur le bien-être », souligne Elodie Dupré, la journaliste animatrice de la journée. Mais que se cache-t-il derrière cette notion ? Dans les enquêtes menées auprès des Français, elle est autant associée à la santé physique et mentale, qu’au calme, à la sérénité, ou au bien-être social. « Ça reste donc une notion assez floue, note le sociologue Eric Bilouez. Parce qu’elle est subjective, mais aussi culturelle. »

Des enquêtes plus approfondies révèlent que la première source de bien-être pour le consommateur est l’alimentation. D’où le récent succès, au-delà même de l’attrait croissant pour les aliments bio, des régimes « sans gluten », « sans aliments transformés », et même « sans aliments, qui reposent sur les bienfaits du jeûne », comme le pointe le sociologue. Le docteur Lecerf, chef du service nutrition à l’Institut Pasteur de Lille, estime pour l’heure que « s’il existe un bénéfice santé pour les consommateurs de bio, il n’est pas aujourd’hui démontré ». Mais si 63 % des consommateurs* veulent préserver leur santé grâce au bio, 30 % ont aussi besoin de redonner un sens à leur consommation, de renouer avec des valeurs de respect de l’environnement (58 %), de solidarité et de simplicité.

Un secteur en « mutation exceptionnelle »

Cette tendance, on la retrouve de plus en plus dans le secteur cosmétique. Certes, « on est encore loin de ce qui se passe dans l’alimentaire », reconnaît Romain Ruth, président de Cosmébio. Mais le secteur connaît une belle progression : 8 % de croissance en 2014 et 10 % en 2015 ; une augmentation des effectifs de 6 % en 2014 et de 12 % en 2015. Au premier rang des motivations des acheteurs, Romain Ruth avance « la dimension santé, la dimension inquiétude  ». Et pour répondre à «  ces nouveaux consommateurs », le marché de la cosmétique bio s’appuie sur les labels, et en particulier le label Cosmébio. Fondé il y a 15 ans, son président le présente comme « un outil de transparence », qui regroupe pas moins de 450 marques.

Si « le segment du bio est très dynamique » dans son ensemble, Nicolas Bouzou rappelle que c’est le secteur de l’agroalimentaire qui enregistre des taux records de croissance, avec 18 % en 2014 et 15 % en 2015. L’économiste ne parle d’ailleurs pas de croissance du secteur de la transformation bio agroalimentaire, mais de «  mutation exceptionnelle. Parce qu’il est en train de s’industrialiser, et d’une certaine façon de se normaliser  ». En témoignent les investissements dans ce segment, qui atteignent les 80 % en 2014, et les 50 % en 2015. Sur le terrain, cette mutation se traduit notamment par une augmentation du nombre d’exploitations biologiques en France, de l’ordre de 10 % en 2015.

Le bien-être dans l’entreprise

« Dans une région Hauts de France qui n’est pas spécialement bio  », comme le souligne Bruno Guermonprez, professeur à l’ISA de Lille, Benoit Canis, dirigeant de Vert’Tige, a fait le pari de la bio il y a déjà 30 ans. Son sujet de prédilection : « Les performances sociales de l’agriculture biologique, avec comme premier point l’emploi  ». Il rappelle les chiffres du dernier rapport de l’INRA : 2,4 travailleurs par exploitation en bio, contre 1,5 en exploitation conventionnelle. Il le reconnaît, « les conditions de travail sont souvent jugées plus difficiles, mais on y trouve aussi plus de satisfaction  ». Notamment, et c’est un autre point essentiel pour Benoit Canis, grâce à «  l’autonomie du producteur, à la fois technique, économique et territoriale. Probablement la plus grande perte dans le système conventionnel  ».

La question du bien-être au travail a été plus largement abordée par Laurent Croguennec, directeur général d’Ecocert Environnement, et Louise Browaeys de Synabio, à travers le concept de Responsabilité sociale de l’entreprise (RSE). L’un et l’autre ont rappelé comment les valeurs de la bio peuvent et doivent imprégner la gouvernance de l’entreprise et, comme l’a joliment amené Laurent  Croguennec, incarner ainsi « le Rêve et la Stratégie de l’Entrepreneur ». Didier Perreol, président d’Ekibio, a partagé son expérience sur le sujet, en affichant son souci de « mettre en exergue le capital humain dans toutes les strates de l’entreprise  » et « de donner le bonheur et l’envie aux collaborateurs de venir travailler  ».

Cette journée d’échanges a une nouvelle fois illustré le rôle de la fédération Natexbio, rappelé par son président, Benoît Soury : « Trouver une forme de coordination, de cohésion, qui soit actée par des professionnels du secteur et qui permette, non seulement aux acteurs de la distribution, mais aussi de la transformation, de trouver un certain nombre de points communs.  »

*Source : Agence Bio

Sources : Hedwige Hornoy pour Natexbio

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