
À l’occasion de ses portes ouvertes organisées, le 11 juin dernier, pour célébrer ses 35 ans et inaugurer son nouvel atelier de production, Biobleud a accueilli partenaires et clients sur son site finistérien. L’occasion pour Bio Linéaires d’échanger avec Emmanuelle Jungblut, co-gérante de l’entreprise, sur sa stratégie de développement, ses ambitions en matière d’innovation et sa volonté de concilier performance économique et transition écologique.
Bio Linéaires : Pourriez-vous nous présenter Biobleud en quelques mots et nous expliquer ce qui fait sa singularité sur le marché du bio ?
Emmanuelle Jungblut : Biobleud a été créée en 1991 par Michel Talabardon, qui était à l’origine traiteur sur les marchés de Brest avec une gamme déjà 100 % bio de crêpes, galettes et pâtes à tarte. Aujourd’hui, nous sommes une équipe de 40 salariés et réalisons un chiffre d’affaires de 10,8 millions d’euros, tout en restant strictement fidèles au 100 % bio.
Ce qui fait notre singularité sur le marché, c’est que nos valeurs historiques sont le moteur de notre stratégie actuelle : prendre soin de la planète, de l’humain, produire durablement et partager équitablement les richesses créées. Plus qu’une simple orientation, notre stratégie d’entreprise est notre stratégie RSE ; nous structurons l’ensemble de nos objectifs et de nos actions autour de nos engagements sociaux et environnementaux. Cette implication nous a permis d’être labellisés BioEntrepriseDurable® dès 2018.
BL : À l’occasion de vos 35 ans, vous avez inauguré une extension et un nouvel atelier de fabrication. Que représente cet investissement pour Biobleud et quels bénéfices en attendez-vous ?
E. J. : Cet investissement constitue une étape clé de notre stratégie à moyen et long terme pour assurer la pérennité et la soutenabilité de Biobleud. Il répond avant tout à un besoin de diversification : nous fabriquons des feuilles de brick depuis un an et demi et avons lancé, en avril dernier, une production de tortillas.
Pour accueillir cette nouvelle ligne, nous avons conçu un bâtiment à étage – la production en rez-de-chaussée et les bureaux à l’étage – afin de limiter au maximum l’artificialisation des sols sur notre site.
Au-delà de l’aspect productif, ce nouvel atelier incarne pleinement nos engagements environnementaux et sociaux : construction entièrement en bois, bureaux passifs très isolés avec toiture végétalisée, installation de 400 m² de panneaux solaires supplémentaires permettant d’atteindre environ 15 à 20 % d’autoconsommation, intégration de nichoirs au bâti et mise en place d’un système de récupération des eaux de pluie via des noues végétalisées pour favoriser leur infiltration sur place.
Nous avons également profité de ces travaux pour appliquer un revêtement blanc réfléchissant sur les anciennes toitures afin de limiter la chaleur dans l’usine.
En résumé, ce nouvel outil doit nous aider à faire bifurquer notre modèle afin qu’il s’inscrive, à terme, durablement dans les limites planétaires, tout en améliorant les conditions de travail de nos salariés.
BL : À la rentrée de septembre, vous lancez un jeu marketing à l’occasion des 35 ans de Biobleud. En quoi consiste cette opération et quels objectifs poursuivez-vous à travers cette initiative ?
E. J. : Cet anniversaire est pour nous une formidable occasion de célébrer ces 35 ans d’engagement avec nos consommateurs. Comme un anniversaire est souvent synonyme de moments partagés en cuisine, nous avons imaginé une opération qui encourage cette convivialité.
Concrètement, il s’agit d’un jeu-concours avec un quiz, accessible durant tout le mois de septembre via les emballages de cinq références de pâtes à tarte Biobleud.
Pour les dotations, nous nous sommes associés à des partenaires qui partagent nos valeurs de qualité et de savoir-faire. Trois participants remporteront un lot de plats en céramique Émile Henry. Nous mettons également en jeu des paniers de produits bio en partenariat avec Bord à bord, Cook, L’Atelier V et Autour du Riz. Enfin, chaque participant recevra systématiquement un ebook de recettes pour l’inspirer en cuisine.
Au-delà de son aspect festif, cette opération vise à sensibiliser les consommateurs comme les magasins bio à notre démarche. Nous souhaitons renforcer ce lien de proximité, remercier nos clients pour leur fidélité et continuer à promouvoir une alimentation gourmande et biologique. Cette opération nationale nous permet aussi de porter haut les couleurs de Biobleud à l’occasion de cette rentrée symbolique.
BL : L’innovation occupe une place importante chez Biobleud avec, entre autres, la sortie de vos tortillas. Travaillez-vous actuellement sur de nouveaux produits ou de nouvelles recettes ?
E. J. : Effectivement, l’innovation est au cœur de notre développement, mais nous restons fidèles à notre savoir-faire. Nous n’excluons pas d’étendre notre gamme à l’avenir, tout en continuant à travailler exclusivement sur des produits à base de farine. S’il est encore un peu tôt pour dévoiler de nouveaux produits, nous pourrions proposer des nouveautés à l’horizon 2027.
En attendant, notre travail de recherche et développement se concentre sur l’amélioration continue de nos recettes existantes. Nous travaillons chaque jour pour limiter au maximum l’ultra-transformation. Aujourd’hui, la quasi-totalité de nos produits peut être labellisée « Ingrédients Simples » selon le cahier des charges Goûm.
L’une de nos grandes avancées est également l’extension de notre gamme Bio Équitable en France. En 2026, cinq produits ont déjà obtenu cette labellisation en s’appuyant sur nos filières historiques de farines et de céréales.
Nous cherchons aussi à relocaliser autant que possible nos matières premières et nos emballages. Même si la Bretagne n’est pas historiquement une terre céréalière adaptée à tous nos besoins, nous collaborons depuis l’an dernier avec une coopérative bretonne afin de structurer une filière locale.
BL : Dans un contexte où le marché du bio évolue, comment percevez-vous les prochaines années pour votre secteur et quels sont les principaux projets de Biobleud à court et moyen terme ?
E. J. : Nous n’avons pas de boule de cristal, mais sur notre périmètre, nous constatons une reprise de la croissance après le ralentissement qu’a connu le marché du bio. Nous abordons donc les prochaines années avec confiance.
Pour Biobleud, l’enjeu n’est pas de faire toujours plus de volume, mais de continuer à améliorer notre modèle. Nous poursuivons également la diversification de notre offre, avec des produits comme les feuilles de brick ou les tortillas, afin de garantir la pérennité de l’entreprise.
Nous n’envisageons pas de croissance externe : notre priorité est de consolider et d’améliorer ce que nous faisons déjà. Enfin, nous souhaitons continuer à sensibiliser nos parties prenantes et nos consommateurs en partageant nos pratiques et nos engagements, notamment en faveur de l’agriculture biologique et du commerce équitable.
En résumé, nous restons fidèles à nos valeurs, convaincus que la pérennité de l’entreprise passera par un modèle respectueux des ressources, des femmes et des hommes.
Propos recueillis par Antoine Lemaire.




