
Alors que le marché bio se ressaisit, le déclin en volume du salon Biofach, amorcé lors des précédentes éditions, semble irrésistible, selon notre expert export, Jean-Marc Denan, qui relève une édition 2026 marquée par des halls fermés (ou largement amputés) par manque d’exposants, un pôle Vivaness (art de vivre et cosmétique) définitivement supprimé et une désertion massive d’exposants français (41 vs 140 en 2020, soit six fois moins). Bio Linéaires fait le point.
Bio Linéaires : La France représentait, cette année, moins de 2 % des stands de Biofach. Quelles sont, selon vous, les causes profondes de cet effondrement ?
Jean-Marc Denan : La dernière décennie a vu proliférer les foires bio dites internationales, et ce dans un contexte économique récessif. En conséquence, exposants et visiteurs, réduisant fortement leurs budgets de communication et de déplacement, se répartissent désormais sur un plus grand nombre de manifestations. Dans ce contexte, l’attractivité de Biofach, jadis rendez-vous incontournable du bio mondial, souffre particulièrement.
« Avec 41 stands, la France ne représente plus que 1,8 % de la participation totale (2 200) », Jean-Marc Denan
BL : Il se murmure que pour remplir le salon, il faudrait l’ouvrir aux entreprises non certifiées bio ?
Depuis sa création en 1990, par Hagen Sunder, Hubert Rottner et Jürgen Ries, Biofach s’est construite grâce à des exposants qui ont toujours investi des ressources considérables pour respecter des normes biologiques exigeantes. Ils l’ont fait non seulement pour des raisons commerciales, mais par réel engagement éthique.
Cela reste pleinement vrai aujourd’hui.
Ces entreprises méritent reconnaissance et protection pour leurs efforts de long terme. L’ouverture à des acteurs conventionnels créerait une concurrence déloyale et dévaloriserait des décennies d’engagement en faveur de l’agriculture biologique.
Par ailleurs, Biofach joue un rôle central dans l’éducation des marchés et dans la construction de la perception des consommateurs. Toute dilution de ses standards risquerait d’affaiblir la confiance dans la certification biologique dans son ensemble.
« Autoriser des entreprises non biologiques à participer, même sous conditions de commerce équitable, risquerait d’affaiblir cette identité et d’envoyer un message confus aux professionnels comme aux consommateurs »
BL : Alors, comment réhabiliter ce rendez-vous incontournable du bio ?
J.-M. D. : Analyser plus en profondeur les raisons de ce désengagement constitueraient une démarche plus constructive que toute remise en cause de l’identité fondamentale du salon, laquelle ne ferait pas revenir les exposants historiques et en éloignerait d’autres durablement.
Plusieurs alternatives constructives pourraient être envisagées :
- Ramener le salon à trois jours, le quatrième jour étant devenu largement inefficace en raison de la faible fréquentation.
- Revoir en conséquence les frais de participation.
- Créer des espaces dédiés et accessibles aux jeunes entreprises innovantes, afin de leur permettre d’accéder au salon et d’y apporter des idées nouvelles, de l’énergie et une véritable dynamique d’innovation.
Ces mesures permettraient de générer des économies substantielles pour les exposants et les visiteurs, particulièrement appréciables dans un contexte d’inflation des coûts dénuée de valeur ajoutée compensatrice.
Tel est le souhait pressant qu’adressent les milieux d’affaires aux organisateurs, privés comme publics.
« Plus que jamais, la nécessité d’un salon Biofach affirmant l’identité et le dynamisme du bio est d’actualité »
L’univers bio se relève d’une crise sans précédent et doit porter toujours plus haut et plus fort ses valeurs fondatrices à travers des producteurs, des transformateurs et des distributeurs militants, porteurs de projets innovants, vertueux, joyeux et stimulants.
Les tendances relevées
à Biofach 2026
Les boissons sans alcool présentent un choix d’apéritifs « me too » en progression, souvent de qualité.
Les aliments fermentés poursuivent leur développement : kombucha, kimchi, kéfir, miso… sont désormais des classiques. De nouveaux pourraient émerger, tels que les algues.
Les conditionnements sobres, voire épurés, 100 % recyclables, progressent en ingéniosité et en innovation.
Enfin, le « all inclusive » gagne du terrain, reflet d’une demande pour des aliments fonctionnels apportant vitalité et longévité.
Plus généralement, l’accent est mis sur les saveurs : le bio doit rimer avec bon et plaisir.







