À la tête de l’enseigne Chlorophylle, Cédric Cadoret mise plus que jamais sur l’offre locale pour faire la différence. À l’occasion de Pro Bio Ouest 2026, dont il était l’un des parrains, il évoque les innovations qui l’ont marqué, les défis du marché bio et les priorités de l’enseigne : stabilité des équipes, proximité client et valorisation des producteurs du territoire.
BL : Vous êtes un fidèle visiteur du salon Pro Bio Ouest depuis sa création. Quel bilan feriez-vous, d’un point de vue général, de l’édition 2026 ?
Cédric Cadoret : En tant que fidèle de la première heure, je dois dire que le bilan est globalement positif, même s’il y a toujours des points d’amélioration. Le lieu est vraiment top, surtout qu’il a été refait à neuf. L’accueil était chaleureux et l’organisation était bonne. Concernant le visitorat, personnellement, cela m’impacte moins, mais j’ai bien senti que les fournisseurs étaient un peu déçus du manque de magasins. Je pense sincèrement que c’est une question de calendrier. On tombe juste après les salons d’enseignes comme Accord Bio ou Biomonde (Nldr : qui avait lieu la veille) et pour les patrons de magasins, c’est lourd d’enchaîner tout ça. C’est pourquoi je suggérerais de revoir la date. Fin janvier ou février hors vacances scolaires pourrait être idéal. Mais le vrai point positif, ce que je retiens vraiment, c’est le côté humain et réseau. Ce genre de salon nous permet de sortir de nos bureaux et de nos magasins, de retrouver les collègues et de manger ensemble dans un autre contexte. C’est ce côté social qui reste essentiel pour moi.
BL : Vous étiez cette année l’un des trois parrains du salon. Quelle était votre mission et qu’avez-vous retenu ?
C. C. : Ma mission, en tout cas comme je l’envisageais, c’était de mettre en avant l’ancrage local de Chlorophylle. Je n’ai peut-être pas assez insisté sur nos atouts. En effet, nous avons plus de 2 500 références locales. Je pense que peu de magasins en France peuvent en dire autant, et c’était ça le message à faire passer auprès des acteurs du salon, qui sont soit des partenaires de longue date, soit de futurs partenaires potentiels. L’objectif étant que de plus en plus de professionnels du secteur viennent à ce rendez-vous.
BL : 53 exposants étaient présents cette année. Quel bilan feriez-vous en matière d’innovation et avez-vous eu des coups de cœur ?
C. C. : En matière d’innovation, je dirais que c’est toujours un exercice difficile, car il n’y a pas non plus des centaines de nouvelles marques qui sortent chaque année. Cependant, j’ai tout de même eu deux vrais coups de cœur cette année. Mon premier, ce sont les pâtes de konjac. C’est une vraie innovation en France, et ce qui me plaît particulièrement, c’est que c’est très local (Nldr : dans le département du Maine-et-Loire). J’ai pris un échantillon pour tester, car c’est vraiment original.
Mon deuxième va aux boissons chez Al.fre.d, où j’ai découvert le kombucha à la pression ! En plus de l’aspect technique, j’ai trouvé que les packagings étaient très sympas, avec un look très « jeune » qui donne vraiment envie d’acheter.
Par contre, si je dois faire un bilan plus nuancé, j’ai trouvé que l’innovation manquait de tonus dans certains secteurs. Tout ce qui est cosmétique et phytothérapie était très peu représenté cette année, à tel point que ma responsable de pôle n’a pas jugé utile de se déplacer.
Au final, même si pour un « ancien » du secteur comme moi (Ndlr : plus de 25 ans d’expérience dans la bio), qui connaît déjà beaucoup de monde, le business pur est un peu limité, ces quelques belles découvertes montrent que le salon reste un endroit intéressant pour dénicher des produits atypiques.
« Le local est devenu un moteur essentiel pour nous, représentant désormais 23 % de notre chiffre d’affaires global »
BL : À presque mi-année, comment se passe votre activité en matière de chiffre d’affaires, de fréquentation et de panier moyen ?
C. C. : Depuis le début de l’année, nous sommes sur une tendance à +1 % de chiffre d’affaires. Nous sommes un peu en dessous du marché national, mais il faut bien comprendre que nous sommes dans une région extrêmement concurrentielle. De plus, ce qui nous pèse énormément, ce sont les travaux qui entourent nos points de vente. Sur notre plus gros magasin, nous subissons les chantiers du CHU de Nantes et l’arrivée du tramway, des travaux prévus pour durer deux ans. Sur un autre point de vente, la construction d’un bâtiment à proximité de notre magasin impacte aussi l’activité. Je suis convaincu que sans ces contraintes d’accès, nous serions plutôt entre +4 % et +5 % de croissance.
Côté fréquentation, nous enregistrons une légère baisse : nous sommes à -0,9 %, et le panier moyen enregistre une progression de +1,4 %, essentiellement portée par l’inflation globale.
BL : Quels produits tirent votre activité ?
C. C. : Incontestablement, le frais et l’ultra frais (Ndlr : F&L, UF LS, rayon trad…) tirent la croissance vers le haut (+12 %). Autre satisfaction, alors qu’ils étaient en léger recul à -0,3 % l’an dernier, les produits locaux bondissent à +3,5 % sur les cinq premiers mois. Le local est devenu un moteur essentiel pour nous, représentant désormais 23 % de notre chiffre d’affaires global. Nous proposons plus de 2 500 références locales, hors fruits et légumes, que nous ne traçons pas de la même manière, ce qui est exceptionnel.
Enfin, les « petits prix ». Cette gamme continue de progresser avec une hausse de +2,9 %. C’est un bon résultat qui reste supérieur à l’évolution globale de notre chiffre d’affaires, même si la tendance est un peu moins forte que l’année dernière, où nous étions à +3,2 %.
BL : Enfin, quelle est votre actualité et avez-vous des projets ?
C. C. : Nous n’avons pas d’ouverture de magasin prévue pour le moment. Mon projet principal pour 2026, c’est avant tout la stabilité de mes équipes. C’est un point sur lequel j’insiste d’année en année : avoir des équipes stables est essentiel pour regagner en qualité de conseil et renforcer la fidélité de nos clients. L’exemple de la performance de nos rayons trad avec la stabilité des équipes retrouvées est un bon exemple. Même si nos clients sont déjà très attachés à l’enseigne, je suis convaincu que nous pouvons encore faire mieux sur ce plan là.
Dans le contexte actuel, nous misons sur la résilience. La région nantaise est extrêmement concurrentielle, et nous entendons même parler de l’arrivée possible de trois nouveaux magasins. Face à cela, mon actualité, c’est de rester concentré sur nos fondamentaux et de continuer à valoriser ce qui fait notre force, comme notre offre locale.
Propos recueillis par Antoine Lemaire






