Hormis sur la notoriété, l’origine des ingrédients, le respect animal et l’engagement social, le label Zéro Résidu de Pesticides devance largement le label bio, selon une étude de Kantar Worldpanel sur la perception des labels auprès des consommateurs. Ces résultats (parfois) édifiants dévoilés lors de la cérémonie des Meilleurs Produits Bio invitent sérieusement à s’interroger.
Sur le volet de la notoriété, le label AB écrase très nettement le label Zéro Résidu de Pesticides (ZRP), étant connu à 96 % des consommateurs contre 43 % pour ZRP. Il faut dire que ce label privé, initié par le Collectif Nouveaux Champs, est beaucoup plus récent (2018) que le logo AB créé en 1985.
Mais sur d’autres items, ZRP a sévèrement l’avantage par rapport à la bio, selon une étude de Kantar Worldpanel.
Il incite, par exemple, davantage à l’achat (45 % vs 31 % pour AB) et à la confiance (42 % vs 30 %). Il est aussi jugé plus clair (49 % vs 37 %) et inspire aux sondés une meilleure composition (27 % vs 21 %) et un meilleur goût (26 % vs 19 %). Ils sont également davantage à se dire prêt à payer plus pour le Zéro Résidu de Pesticides (26 %) que pour le bio (23 %).

Pire, Zéro Résidu de Pesticides coiffe au poteau le label AB sur un item aussi important que l’impact sur l’environnement (50 % vs 45 %) et quasiment le double des consommateurs pensent qu’il est « plus respectueux de la santé » (64 % vs 35 %).
Outre la notoriété, il n’y a que sur les volets de l’engagement social (24 % vs 18 %), du respect animal (23 % vs 12 %) et l’origine des ingrédients (26 % vs 16 %) que le bio fait mieux.
Comment en est-on arrivé là ?
Il faut dire que la promesse de ZRP est simple à comprendre : « zéro résidu de pesticides », ce qui implique dans l’esprit du consommateur « pas de pesticides ». Ce qui n’est pas tout à fait exact.
Absence de résidus, ne signifie en effet pas absence d’utilisation de pesticides de synthèse. Comme le souligne le Collectif Nouveaux Champs à l’origine de ZRP, les producteurs utilisent « la juste dose, au bon endroit » et « le producteur engagé devra vérifier que le pesticide appliqué n’a pas généré de résidu ». Claude Aubert rappelait également, dans un précédent article, que le label « n’interdit aucun des pesticides autorisés par la réglementation, ne limite pas les engrais chimiques et autorise les OGM ». De plus, si les cultures sont soumises à des analyses qui doivent prouver l’absence de résidus de pesticides quantifiables, le label s’appuie sur une limite de quantification de 0,01 mg/kg. Si les analyses quantifient un résidu de pesticide, les productions sont alors commercialisées en conventionnel.
Les résultats de cette étude Kantar Worldpanel confirment toutefois ce qu’indique l’Agence Bio dans son 22e baromètre de perception et de la consommation des produits biologiques : si le label AB est largement reconnu par les Français, « cette notoriété n’est pas associée aux garanties des produits biologiques ».
À méditer sérieusement.
Zéro Résidus de Pesticides en chiffres
Chiffres 2024
150 références de produits labellisées
22 millions de produits commercialisés
94 % sont commercialisés en GMS
40 millions d’euros de CA
Source : Collectif Nouveaux Champs.
Zéro Résidu de Pesticides :
des impacts incomparables avec la Bio
En 2021, Basic, WWF et Greenpeace ont mené une étude fouillée sur les impacts des différents labels et certifications, dont Zéro Résidu de Pesticides, il en ressortait que « ZRP a un potentiel d’impact positif modéré sur la qualité des sols, ainsi qu’un impact faible sur la biodiversité, la ressource en eau, la qualité de l’air, la santé humaine et la sécurité alimentaire ». Parallèlement, cette étude soulignait que les démarches partageant le socle de l’agriculture biologique (AB, Bio Équitable en France, Demeter, Nature & Progrès) sont celles « dont les bénéfices environnementaux et socio-économiques sont les plus forts et homogènes », invitant à renforcer le soutien à l’AB et à conditionner le soutien public aux impacts réels des démarches et non à leurs intentions affichées.





