NUMERO : nov-Déc 2010

Cosmétique : pourquoi le parfum bio ?

Classes de substances odorantes rentrant dans les parfums

Les parfums dits « de synthèse » sont proscrits dans tous les référentiels de cosmétiques biologiques et naturels. Mais de quoi s’agit-il ? Son étymologie vient du mot latin per fumum (à travers la fumée). Le parfum se définit comme résultant du mélange en quantités appropriées de substances odorantes d’origine naturelle (végétales et animales) ou synthétiques. Il existe différents classes de substances odorantes naturelles : les huiles essentielles, les concrètes et extraits, les essences, les oléorésines, les sécrétions animales, dont les plus utilisées jadis étaient : l’ambre gris, provenant de la déjection du cachalot (espèce protégée), le castoréum, issue des élevages de castors, la civette, issue des élevages de chat musqué (civette) et le musc, provenant du chevrotin porte-musc (espèce protégée).

Techniques d’obtention des substances

Il existe différentes techniques pour obtenir ces substances naturelles :
● les huiles essentielles sont obtenues par chauffage et entraînement à la vapeur d’eau à partir de végétaux : c’est l’hydro distillation,
● les substances plus fragiles, les cires et les huiles, sont extraites par solvant. C’est un procédé plus doux (pas de chauffage) mais qui utilise des dérivés du pétrole. Dans une première étape, l’extraction au solvant permet d’obtenir une substance solide appelée concrète. L’étape finale utilise habituellement l’alcool, et conduit à l’huile florale concentrée, appelée également extrait.
● les essences très fragiles contenues dans des organes fragiles comme les pétales de fleurs, présentes en très faibles quantités, sont obtenues par la technique de l’enfleurage. Cette opération consiste à faire absorber par un corps gras (axonge) l’essence contenue dans des organes fragiles (pétales de rose par exemple) ; le support est ensuite épuisé par l’alcool et l’on évapore le solvant sous vide, à 0°C.
● pour les essences des agrumes, on utilise l’expression mécanique des peaux de fruits. Différentes techniques existent : de la méthode traditionnelle à l’éponge jusqu’à la macération mécanique.
● les sécrétions animales : leur récupération est de moins en moins utilisée car soit interdite (cas des muscs) soit trop chère. Ces substances sont indispensables à l’élaboration d’un parfum car elles augmentent les qualités de diffusion et la persistance de ces derniers. Elles ont été substituées par leurs équivalents de synthèses plus stables mais dont l’utilisation est remise en cause en raison de leur persistance dans l’environnement pour certaines et de leur toxicité sur la reproduction pour d’autres.
● l’obtention des substances odorantes artificielles, se fait principalement par synthèse organique depuis la fin XIXe siècle. La Pétrochimie du XXe siècle a offert une variété considérable de substances odorantes moins coûteuses et plus stables, mimant des odeurs florales connues et proposant des odeurs inconnues dans la nature. Ces substances ont remplacé en quelques décennies les substances naturelles dans les parfums.

Composition d’un parfum

Les parfums les plus délicats peuvent contenir plus de cent ingrédients. Lorsque l’ingrédient choisi est une substance naturelle comme l’huile essentielle, celle-ci est elle-même constituée de plus de 200 molécules en quantités variables … Un parfum est toujours un mélange complexe de substances. Il se développe olfactivement en 3 phases caractéristiques en fonction de la volatilité de ses composants :
● la note de tête (le refreshing, odeur volatile que l’on sent au premier abord)
● la note moyenne, dite de coeur, qui donne le caractère complet du parfum
● la note de fond (appelée aussi note finale ou basique), qui est la plus persistante : comme le socle des statues, elle est indispensable, pour la mise en valeur de la composition. Les parfums sont commercialisés sous forme de solutions alcooliques du concentré initial :
● les parfums proprement dits (appelés encore extraits) contiennent de 10 à 25 p. 100 de concentré,
● les eaux de toilette et l’eau de Cologne de 2 à 6 pour 100,
● les lotions entre 0,5 et 2 p. 100.

La liste des ingrédients

Dans la liste des ingrédients d’un produit cosmétique, nous trouvons le mot « parfum » avec, depuis 2004, la mention des « allergènes de parfumerie » requise par la Directive cosmétique européenne. Dans un parfum, la liste des ingrédients comportera « ALCOOL, PARFUM, AQUA », suivi de la liste des « allergènes de parfumerie ».

Pourquoi le consommateur a-t-il accès à aussi peu d’informations sur les ingrédients qui constituent le parfum alors que le produit cosmétique livre toute sa composition ?

Les réglementations européennes et nationales n’obligent pas les parfumeurs à dévoiler leur composition, celle-ci étant considérée comme une oeuvre artistique, elle est scrupuleusement gardée secrète. Cependant de nombreux textes réglementent la profession, en premier lieu les recommandations professionnelles basées sur la sécurité du consommateur. La sécurité prime, mais les points de vue diffèrent entre :
● le cosmétique conventionnel, qui place la substance chimique techniquement définie et stable au coeur de la composition : substance désincarnée mais « sans surprises »
● le cosmétique biologique et naturel, qui place la substance naturelle, complexe et variable au coeur de la composition : substance vivante mais avec beaucoup d’inconnues, nécessitant donc une grande maitrise de sa filière amont et un savoir-faire dans son utilisation.

Les principales contraintes réglementaires

Trois étages de contraintes se superposent pour garantir la sécurité d’un parfum rentrant dans la composition d’un produit cosmétique certifié biologique et naturel :

1 Le parfum doit satisfaire aux obligations réglementaires européennes et nationales. Elles concernent :
● les substances, qui doivent être en conformité avec les obligations du règlement européen Reach, et fournir des données sur la toxicité humaine et environnementale (à partir de 1 tonne/an et par entité), les ingrédients qui rentrent dans les produits cosmétiques. Ils doivent répondre aux obligations de la Directive cosmétique européenne 76/768/CEE et, à partir du 1er juillet 2013, à celles du Règlement 1223/2009 :
● évaluation de leur innocuité pour l’usage cutané : article 7bis.
● absence des substances interdites listées dans l’annexe II ; exemple : n°450, l’huile essentielle de Verbena (Lippia citriodora Kunth.) (n° CAS 8024-12-2) et dérivés autres que l’absolue, en cas d’utilisation comme ingrédient de parfum,
● restrictions pour certains ingrédients listés dans l’annexe III, notamment pour les 26 substances dites « allergènes de parfumerie ».
Les 26 « allergènes de parfumerie
Dans l’annexe III, figurent 26 substances soumises à une obligation d’étiquetage en raison de leur potentiel allergisant. Parmi ces 26 substances, 2 sont des extraits naturels, 8 sont d’origine exclusivement synthétique et 16 peuvent être d’origine synthétique ou naturelle. La présence de la substance doit être indiquée dans la liste des ingrédients lorsque sa teneur est supérieure à : 0,001 % dans les produits à ne pas enlever et 0,01 % dans les produits à enlever par rinçage.

2 Ils doivent également suivre les avis du comité scientifique en charge d’évaluer au niveau européen la sécurité des produits de santé, le SCCS. Exemple : huile de Melaleuca, opinion du 1er décembre 2005,

Liste des 26 substances « allergènes » inscrites à l’annexe III

En France
Ils doivent suivre, au niveau Français, les recommandations de l’AFSSAPS sur l’évaluation des ingrédients rentrant dans les produits cosmétiques, sur les terpènoïdes, camphre, eucalyptol et menthol, rentrant dans les produits cosmétiques, sur la qualité des huiles essentielles, et bientôt sur l’évaluation sécurité d’emploi des huiles essentielles dans les produits cosmétiques.
A l’international
Les ingrédients d’un parfum doivent satisfaire aux recommandations professionnelles internationales éditées par l’IFRA et au code of practice de l’EFFA. Les recommandations de l’IFRA sont basées sur les données de sécurité disponibles collectées au niveau mondial et notamment dans le domaine de l’allergie cutanée. Concernant le potentiel sensibilisant, depuis le 40ème amendement, L’IFRA propose une approche dite QRA (Quantitative Risk Assessment) pour déterminer la dose maximum incorporation d’une substance parfumante dans un cosmétique.

3 Les contraintes spécifiques
Enfin, lorsqu’un parfum rentre dans un produit cosmétique soumis à la certification d’un cahiers des charges biologiques et naturels, ses ingrédients doivent répondre aux contraintes spécifiques requises, à savoir :
● les molécules de synthèse sont proscrites,
● les ingrédients végétaux doivent être certifiés biologiques selon un pourcentage variable définit par chaque cahier des charges choisi,
● les processus de transformations doivent faire partie d’une liste restreinte de processus acceptés,
● et plus récemment, pour les ingrédients végétaux chimiquement transformés, le référentiel Cosmos a intégré les 12 principes de la chimie verte ce qui permet d’offrir une palette plus large d’ingrédients de parfumerie. Dans ce cas, les tests de biodégradabilité (OCDE 301) et de toxicité dans l’eau (bactéries, algues, daphnies, poissons) sont requis.
Depuis quelques années, dans le cadre de la mise en place du régime ABS sur la préservation de la biodiversité, viennent s’ajouter de nouvelles contraintes éthiques et de préservation de la biodiversité, liées au sourcing des matières premières végétales.

Conclusion

Le sourcing des matières premières permettant l’obtention de nouvelles notes parfumées est devenu un enjeux commercial. Avec le sourcing éthique, la sécurisation de la filière d’approvisionnements se structure dans un contexte de développement durable et de commerce équitable.
Les initiatives sur le terrain se multiplient, souvent avec l’appui d’ONG, que ce soient avec les fournisseurs des filières du conventionnel, ou avec les fournisseurs des filières d’ingrédients biologiques.

Laurence MULON Consultante ; Stratégie de Développement
Le végétal au coeur de l’innovation
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