NUMERO : Mai – Juin 2015

Dossier : Pourquoi produire et manger bio ? L’environnement préservé

Le bio pour réduire notre empreinte carbone

Les émissions de gaz à effet de serre de chacun d’entre nous sont en moyenne de 9 tonnes par an. Or, si l’on veut que l’augmentation de la température moyenne de la planète n’excède pas 2°C les émissions de CO2 devront être divisée par 2 d’ici 2050 pour l’ensemble de la planète et par 4 pour les pays les plus gros émetteurs, dont la France fait partie. Environ 1/3 de nos émissions proviennent du contenu de notre assiette, principalement de l’agriculture (22 %) mais aussi de l’industrie agroalimentaire, des transports, de la chaîne du froid. Diviser par 4 les émissions de l’agriculture paraît un objectif irréalisable car elles proviennent en partie du gaz carbonique (C02) mais surtout de deux autres gaz, émis essentiellement par l’agriculture : le méthane (CH4) et le protoxyde d’azote (N20). Le passage à l’agriculture biologique permet, dans la plupart des cas, de réduire fortement ces émissions pour plusieurs raisons :

● Il permet de diviser presque par deux, au moins en grande culture, les émissions de CO2, par la non utilisation d’intrants chimiques, dont la fabrication, notamment celle des engrais azotés de synthèse (il faut environ 1 tonne d’équivalent pétrole pour produire 1 tonne d’azote sous forme d’engrais) est très consommatrice d’énergie, et par une pratique très restreinte de la culture sous serres chau ées.

● Il diminue fortement les émissions de N2O, un puissant gaz à effet d’azote, qui sont plus faibles en bio qu’en conventionnel, sachant qu’une partie de l’azote provient de la  xation symbiotique par les légumineuses, qui donne lieu à des émissions de N20 négligeables.

● Pour le méthane, par contre, le passage bio ne permet guère de diminuer les émissions, mais on peut jouer sur l’alimentation des ruminants, sur la gestion des effluents (fumier, purin, lisier) et surtout produire du méthane (comme source d’énergie) dans des unités dites de méthanisation.

 

Séquestration de carbone dans le sol

Le sol est le plus grand réservoir de carbone de la planète.  Le carbone constitue en effet près de 60 % de la matière organique, une des clés de la fertilité des sols. L’agriculture conventionnelle intensive, sans légumineuses et sans apport de matière organique, a progressivement conduit à une diminution de la teneur du sol en matière organique, qui est passée sans les régions de grandes culture d’environ 2,5 % à parfois moins de 1,5 %. Réenrichir les sols en matière organique et donc en carbone est possible en appliquant les techniques ci-contre fréquemment utilisées en agriculture biologique.

 

Quelques techniques permettant de
séquestrer du carbone dans le sol

● Non labour 0 à 0,2 T C/ha/an

● Engrais vert 0,15 T C/ha/an

● Enherbement (vignes et vergers) 0,4 T C/ha/an

● Conversion de terres labourées en prairies permanentes 0,5 T C/ha/an

● Rotations plus variées 0,2 TC/ha/an

● Plantation de haies 0,1 TC/ha/an

● Agroforesterie 1 à 3 TC/ha/an*

● Conversion à l’agriculture bio 0,4 à 0,5 TC/ha/an

* l’agroforesterie est un mode de production associant dans une même parcelle des arbres (forestiers ou parfois fruitiers) et des plantes herbacées.

Pratiquée depuis toujours dans les pays tropicaux elle l’est de plus en plus dans les pays tempérés et en particulier en France. L’agroforesterie est une manière particulièrement efficace de réduire les émissions de l’agriculture.

Toutefois, notamment pour les productions animales, il est impossible, par la seule modification des techniques agricoles de diviser par 4 les émissions de GES, à moins de pratiquer Il faut donc également remettre en question nos habitudes alimentaires, consommer moins de viande, et en particulier de viande de ruminants, manger local, renoncer au transport par avion de fruits ou de légumes et aux cultures sous serre chauffée.

 

La conversion au bio, arme radicale pour lutter contre l’effet de serre ?

Les spécialistes estiment qu’il suffirait d’augmenter chaqueffet de serre sur la planète. Un objectif atteignable si on donnait la priorité à la séquestration du carbone dans les sols.

Or la conversion à l’agriculture biologique permet de séquestrer, pendant environ une trentaine d’années, dans la plupart des cas, 400 à 500 kg de carbone par hectare et par an, soit nettement plus que les 4 pour mille nécessaires pour compenser les émissions, qui correspondent à environ 200 kg de carbone par hectare et par an. Précisons toutefois que pour les pays gros émetteurs, comme la France, il faudrait séquestrer beaucoup plus de carbone pour compenser la totalité des émissions.

Une plus grande biodiversité

Une des plus anciennes études comparative entre bio et conventionnel a été mise en place en Suisse en 1978. Elle compare l’agriculture conventionnelle avec l’agriculture biologique et biodynamique. Elle montre clairement que la biodiversité du sol est nettement plus élevée en biologie et en biodynamie : davantage de vers de terre (2,5 fois plus), d’arthropodes, de carabes, de mycorhizes, une plus grande biodiversité microbienne, une biomasse microbienne 20 à 80 % plus élevées qui se traduit par une décomposition plus rapide des pailles, une activité enzymatique plus importante.

En grande culture la biodiversité végétale est considérablement plus importante en bio qu’en conventionnel comme le montre l’exemple de Monsieur B. agriculteur bio dans le Loiret.

Environ 200 espèces de plantes sont présentes dans les parcelles dont :

● 4 espèces menacées de disparition (liste rouge)

● 12 espèces rares ou très rares dans le Bassin Barisien,

● 5 espèces vivaces communes en milieux naturels mais rares en cultures

Par comparaison en système conventionnel on trouve en moyenne 40 espèces de plantes dont aucune rare ou menacée

 

Prévenir l’érosion et diminuer les risques d’inondations

Les risques d’érosion concernent une part importante des sols français. Ils sont fortement aggravés par le désherbage chimique et le fait de laisser le sol nu une partie de l’année

Le ruissellement lors de fortes pluies – une cause majeure des inondations – est d’autant plus important que l’eau de pluie s’infiltre plus lentement dans le sol.

Une étude réalisée en Allemagne comparant des sols en conventionnel et des sols de même type en bio depuis 8 ans a montré que la vitesse d’infiltration de l’eau était deux fois plus élevée dans ces derniers. Une autre comparaison entre des sols en bio et conventionnels a montré une vitesse d’infiltration dans les 20 premiers cm du sol 6 à 10 fois plus élevée dans les sols en bio.
 

Augmenter la fertilité du sol

À l’origine, l’objectif de l’agriculture biologique était de sauvegarder et d’améliorer la fertilité du sol. La supériorité du bio en la matière est incontestable et se traduit par :

● Une teneur en matière organique plus élevée

● Une meilleure stabilité structurale

● Une capacité de rétention en eau plus importante

● Un moindre compactage

● Une meilleure activité biologique, permettant de limiter la multiplication des organismes pathogènes et aidant les plantes à mieux résister à leurs ennemis naturels

Cet ensemble de caractéristiques permet au sol de nourrir les plantes sans passer par l’apport d’engrais, et notamment d’azote chimique, et de décomposer rapidement les résidus de récolte
 

Consommer moins d’énergie

Les trois principales sources de consommation d’énergie en agriculture sont la mécanisation, la fabrication des intrants et le chau age des locaux d’élevage et des serres. En agriculture biologique, le poste fabrication des intrants disparait presque totalement et l’utilisation de serres chau ées est beaucoup plus faible qu’en conventionnel.

En grande culture, la fabrication des intrants représente environ la moitié de la consommation d’énergie. En bio on divise donc par deux cette consommation par hectare. En raisonnant par kilo produit, l’avantage du bio subsiste mais il diminue d’autant plus que la différence de rendement est importante.
 

Préserver la qualité de l’air et de l’eau

Contrairement à l’agriculture conventionnelle, l’agriculture biologique ne pollue ni l’air ni l’eau. Avec l’agriculture conventionnelle, la pollution de l’eau par les pesticides et par les nitrates est très préoccupante : plus de 90 % des eaux de surface contiennent des résidus de pesticides et les dépassements de la teneur maximale en nitrates autorisée– 50 mg par litre d’eau – est régulièrement dépassée.

Le lessivage d’azote dans les exploitations bio est en général très inférieur à celui constaté en culture conventionnelle, en raison d’apports plus faibles et d’une meilleure couverture du sol en hiver.

Les émissions d’ammoniac et d’oxydes d’azote, qui contribuent à la pollution de l’air, sont également inférieures.