Robinet ou bouteille, quelles réalités pour les consommateurs ?
En France, l’accès à l’eau potable repose sur deux grandes sources d’approvisionnement pour les consommateurs : l’eau du robinet et l’eau embouteillée. Si ces deux options sont soumises à des réglementations strictes, chacune présente des caractéristiques spécifiques et soulève des questions environnementales et sanitaires distinctes. Tour d’horizon des principales informations disponibles.
Une consommation partagée entre robinet et bouteille
En France, la consommation d’eau atteint 133 litres d’eau en bouteille par an et par habitant, selon l’Office international de l’eau. Une enquête Ipsos de 2024 révèle que 52 % des Français consomment de l’eau en bouteille « tous les jours ou presque » ; dans le même temps, 68 % disent boire quotidiennement de l’eau du robinet, souvent en alternance avec l’eau en bouteille.
La majorité des consommateurs (74 %) adoptent ainsi une pratique « mixte » (Baromètre 2025 du CIE – Centre d’information sur l’Eau). Concernant la popularité de l’eau embouteillée, les études d’opinion mettent en avant la perception d’une eau « naturelle et pure », « bonne pour la santé », au « bon goût » (Ipsos) quand ceux qui privilégient l’eau du robinet louent sa praticité à domicile (55 %) et son prix moins cher (54 %) (Source : CIE).
L’eau du robinet : l’aliment le plus contrôlé de France
En France, l’eau du robinet est issue des nappes souterraines et des eaux de surface et subit un traitement de potabilisation pour se conformer aux normes européennes (63 critères). Chaque année, plus de 300 000 prélèvements d’eau sont effectués, donnant lieu à près de 12 millions d’analyses, ce qui fait de l’eau du robinet l’aliment le plus contrôlé en France (chiffres 2025 du Ministère de la Santé). Près de 33 500 captages sont utilisés pour l’alimentation en eau potable. Le principal défi réside dans la préservation de ces zones de captage. Depuis les années 1980, près de 15 000 ont été fermés en France, dont un tiers en raison de pollutions liées aux nitrates ou aux pesticides. De plus, selon la Direction générale de la santé, 28,5 % des Français (19,2 millions de personnes) ont consommé une eau dépassant les seuils de pesticides autorisés au moins une fois, une tendance à la hausse, observée depuis une décennie.
En 2019, une part importante des ressources (55 % des eaux de surface et 30 % des eaux souterraines) n’atteignait toujours pas le « bon état chimique », révélant l’incapacité de la France à respecter les normes environnementales européennes. Un sujet qui n’a pas fini de faire parler, surtout depuis que l’Anses a déclassé, en 2022, de « pertinent » à « non pertinent » l’ESA-métolachlore (herbicide utilisé en grande culture – en non bio – et l’un des principaux métabolites de pesticide responsables de dépassements de limites de qualité de l’eau potable). Avec comme conséquence directe de permettre de réduire la non conformité réglementaire de l’eau distribuée en robinet.
Les traitements de l'eau
Afin de rendre l’eau du robinet « conforme », 80 % des eaux distribuées reçoivent un traitement de désinfection, auxquels s’ajoutent pour plus de la moitié d’entre elles un traitement physico-chimique (Source : SOeS-SSP 2008, Sdes et OFB 2020).
Parmi les traitements, l’utilisation de sels d’aluminium pour purifier l’eau soulève des inquiétudes. En 2007, 2,7 millions de Français avaient bu une eau dont le taux de sels d’aluminium était supérieur à la norme selon l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments. Citons aussi l’ajout de chlore lors du parcours de l’eau dans les canalisations pour atteindre les robinets.
L’eau en bouteille : entre « minérale » et « de source »
Le marché de l’eau embouteillée repose sur deux grandes catégories. L’eau minérale naturelle provient de nappes souterraines, elle se distingue par une composition minérale stable et sa « pureté originelle », elle ne peut pas être désinfectée. En raison de ses propriétés, elle peut être recommandée pour ses effets bénéfiques pour la santé (Sources : Code de la santé publique et Anses).
L’eau de source, également d’origine souterraine et potable à l’état naturel, doit répondre aux mêmes exigences sanitaires que l’eau du robinet mais n’a pas l’obligation d’une composition minérale constante (Source : UFC-Que Choisir et Anses).
Dans les deux cas, les eaux sont contrôlées par les agences régionales de santé et les fabricants avant leur mise sur le marché.
Les microplastiques en question
Cette industrie fait cependant face à une problématique majeure : la pollution aux microplastiques. Une analyse menée par le laboratoire public Labocéa pour l’association Agir pour l’environnement a révélé la présence de microparticules de plastique dans sept eaux embouteillées sur neuf testées.
Si les quantités détectées restent faibles, selon le CNRS, la grande majorité des microplastiques présents dans l’eau (98 %) mesurent moins de 2 µm et sont invisibles avec les méthodologies de contrôle actuelles. Ces particules peuvent provenir de différentes sources (emballage, environnement…). Au-delà du contenu, l’organisation Zero Waste France rappelle que l’eau en bouteille plastique émet 2 000 fois plus de CO₂ que l’eau du robinet tout au long de son cycle de vie.
Un écart de prix important
Le choix entre une eau du robinet et en bouteille repose aussi sur un facteur économique. D’après UFC – Que Choisir, une bouteille d’un litre d’eau minérale coûte, en moyenne, 0,46 €, et d’eau de source, 0,20 €, quand le coût de l’eau du robinet est estimé à 0,004 € le litre.
Sources : UFC-Que Choisir ; Code de la santé publique: Articles R1322-1 à R1322-67 ; Ministère de la Santé ; Fondation Jean-Jaurès ; Ipsos : Les Français et les eaux minérales – 2024 ; Anses ; Centre d’information sur l’eau ; Générations Futures ; Zero Waste France ; CNRS ; Rapport Labocéa : Analyse des microplastiques dans des eaux embouteillées (2022) ; Fnab.
Laura Duponchel
L’agriculture biologique, rempart contre la pollution de l’eau
L’eau est de plus en plus polluée, par des produits industriels, les microplastiques mais aussi – et surtout – par l’agriculture conventionnelle, source de deux familles de polluants omniprésents : les pesticides et les nitrates.
L’agriculture biologique pour une eau sans pesticides
L’eau est considérée comme potable si aucun pesticide n’y dépasse une concentration de 1 microgramme par litre, et si la concentration totale de tous les pesticides ne dépasse pas 5 microgrammes. Comme la teneur en pesticides de l’eau varie beaucoup, notamment en fonction de la date des traitements, il est plus intéressant de regarder la pollution des sols. Une vaste étude, portant sur 47 sites, a été réalisée en France. 67 pesticides différents ont été trouvés. Les pesticides les plus souvent trouvés ont été l’AMPA, principal métabolite du glyphosate, suivis du glyphosate lui-même. Quelques pesticides ont également été trouvés dans les sols cultivés en bio, mais en quantités 5 à 30 fois plus faibles. Compte tenu de la pollution généralisée de l’environnement, tous les sols sont en effet pollués, mais en quantités considérablement plus faibles en bio.
Un des moyens de limiter la pollution de l’eau par les pesticides chimiques de synthèse et les nitrates est d’interdire leur utilisation, donc de pratiquer l’agriculture biologique. Parmi les villes qui ont agi pour réduire les pollutions de l’eau dans les aires de captage destinées à l’approvisionnement, la seule qui a misé à fond sur la bio est Munich, avec des résultats remarquables. Dès les années 1990, la ville de Munich a mis en place un programme de conversion des fermes à l’agriculture biologique, pour arriver à 86 % d’entre elles en bio. Cela a permis de ramener la teneur en nitrates de l’eau, sans la traiter, au-dessous de 10 mg/litre alors que dans les années 1980, elle a atteint 40 mg/litre. Entre 1993 et 2010, le nombre de fermes en bio dans cette zone est passé de 23 à 150.
En France, des initiatives locales se mettent aussi en place depuis quelques années pour limiter la pollution de l’eau : partenariats avec les agriculteurs voisins de points de captage pour diminuer les intrants chimique, rachat de terres agricoles pour les convertir en bio….
C’est ce que fait la ville de Paris depuis 2020. À la clé : 115 agriculteurs engagés sur 17 300 ha pour modifier leurs pratiques et l’acquisition de foncier agricole mis à disposition sous un bail rural environnement d’agriculture biologique ou de maintien en prairie (638 ha en 2024 + 426 ha fin 2026 – Source : Eau de Paris) avec le soutien de l’agence de l’eau Seine-Normandie.
Rappelons que les agences de l’eau sont l’un des premiers financeurs publics de la conversion à l’agriculture biologique. En France, environ 80 % des conversions opérées sur les aires d’alimentation des captages sont co-financées par les agences de l’eau, soit plus de 285 M€ d’aides versées ces trois dernières années (Source : Les agences de l’eau).
La généralisation de l’agriculture biologique serait évidemment le seul moyen de supprimer totalement la pollution de l’eau par les pesticides et les nitrates. Cependant, à court et moyen terme, elle n’y parviendra que partiellement. La pollution de l’environnement par les pesticides est en effet tellement généralisée qu’on en trouve partout, même dans des endroits où ils n’ont jamais été utilisés, par exemple des forêts, des prairies permanentes et même des sols en bio depuis de nombreuses années.
Une eau sans excès de nitrates
Les nitrates sont des sels de l’acide nitrique (HNO3). Ce sont des constituants essentiels des êtres vivants, et la forme principale sous laquelle les plantes absorbent l’azote. L’utilisation massive des engrais azotés de synthèse, partiellement ou totalement à base de nitrates, a permis une augmentation massive des rendements, mais a conduit à la présence de quantités excessives de nitrates dans les plantes et dans l’eau.
Pour l’eau, la règlementation impose une teneur maximale en nitrates de l’eau potable de 50 mg/litre. La question de l’impact des teneurs élevées de nitrates sur la santé reste controversée. Jusque dans les années 1990, il y avait un consensus sur les impacts négatifs de teneurs en nitrates de l’eau ou des aliments trop élevées. À la fin des années 90, suite à la publication d’un livre et d’un certain nombre d’articles scientifiques, les nitrates dans les légumes sont considérés par certains comme bénéfiques. Par contre, de nombreuses études ont montré que des teneurs élevées de l’eau en nitrates augmentent le risque de malformations congénitales.
En agriculture biologique, on apporte beaucoup moins d’azote aux cultures qu’en agriculture conventionnelle, et jamais sous forme de nitrates, d’où les résultats obtenus à Munich, confirmés par d’autres études. Une vaste enquête citoyenne réalisée en France en 2003 a montré que dans les plaines agricoles de Beauce et de Champagne, les teneurs en nitrates de l’eau dépassent parfois 100 mg/litre, soit le double de la quantité maximale tolérée pour l’eau potable.
Le défi des « polluants éternels » (PFAS)
Les PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) sont surnommés « polluants éternels » en raison de leur extrême persistance dans l’environnement. Massivement utilisés depuis les années 1950 (revêtements anti-adhésifs, mousses anti-incendie, textiles imperméables), ils ne se dégradent pas dans la nature et s’accumulent dans le cycle de l’eau. Parmi les sources de pollution : les boues d’épuration industrielles épandues en agriculture conventionnelle pour fertiliser les champs (et interdites à l’épandage en bio).
Depuis janvier 2026, la recherche de 20 PFAS est obligatoire lors du contrôle sanitaire de l’eau du robinet et des ressources en eau (nappes souterraines et ressources superficielles) utilisées pour la production d’eaux destinées à la consommation humaine. Une mesure qui fait suite à la nouvelle directive européenne relative à la qualité de l’eau (Directive (UE) 2020/2184 du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2020).
Sources :
Barataud FF et al., L’agriculture biologique pour préserver la qualité de l’eau ? Comparaison de trois cas emblématiques, en France et en Allemagne, Innovations agronomiques, 32, pp 481-495, 2013.
Vian J-F., Agriculture biologique et qualité de l’eau, ISARA-Lyon, 2019.
Aubert Claude, Les apprentis sorciers de l’azote, Ed Terre Vivante, 142 pages, 2021.
Fourcade M. et al., Prévenir et maîtriser les risques de pesticides et de leurs métabolites, IGEDD, 2024.
Dietrich N. et al., Ce que révèle une vaste enquête citoyenne sur la qualité de l’eau en France, INSA-Toulouse, 2026.
Froger C. et al., Pesticides residues in French soils : occurrence, risks and persistence, Environmental Science & Technology, 57:7818-7827, 2023.
Claude Aubert et Laura Duponchel
Le rayon eau se réinvente
Avec plusieurs milliards d’unités vendues par an, l’eau en bouteille plastique est le produit le plus acheté en grande distribution. Mais Bio Linéaires est convaincu qu’il est important de maîtriser aussi les offres alternatives et que le rayon présente de belles opportunités de croissance autour de trois axes : l’eau premium en bouteille verre, les systèmes de filtration et de purification d’eau du robinet.
Voici une illustration de la refonte du rayon eau, tel qu’il pourrait être présenté en magasin. Le rayon (≃ 2 m) est divisé en deux sections pour équilibrer l’offre de bouteilles et la démonstration de solutions durables.
Section de gauche (≃1 m) : eaux en bouteille plastique et verre (au sol : palette d’eau, packs bouteilles
en plastique ou cartons de bouteilles verre ; au-dessus (étagères) : eaux en bouteilles de verre premium).
Section de transition (entre la palette et l’évier) : vente de bonbonnes 5 L.
Section de droite (≃1 m) : espace filtration et purification avec un évier de démonstration équipé d’un filtre-robinet, des étagères de présentation d’accessoires (carafes, filtres, bâtonnets de charbon…), bouteilles vides pour encourager le vrac (achat de bouteille mais eau gratuite), stock de recharges pour assurer le réachat récurrent.
Pourquoi les consommateurs filtrent leur eau ?
20 % des Français utilisent un dispositif de filtration domestique (baromètre Kantar/Cieau). Il faut dire que si l’eau du robinet est contrôlée, elle peut contenir certains polluants selon les territoires (nitrates, métaux, pesticides, PFAS…) et le récent scandale des eaux Nestlé Waters (Perrier, Contrex…) a détourné des consommateurs de l’eau en bouteille qui enregistre – 4,3 % de ventes depuis deux ans, selon 60 Millions de consommateurs. Le magazine a également publié, dans son numéro de septembre 2025, une enquête sur les systèmes de filtration et de purification d’eau. Voici une synthèse des points forts et faibles par catégorie.
La carafe filtrante
Il s’agit de modèles composés d’un filtre à base de charbon actif.
Les « plus » : solution simple et peu coûteuse ; supprime l’odeur de chlore ; la majorité des carafes sont efficaces pour filtrer les pesticides et les métaux (dont métaux lourds) et ont une action favorable sur les minéraux, en bloquant ceux qui sont moins intéressants pour la santé (sulfates, sodium…) et en conservant ceux qui le sont (calcium, magnésium…).
Les « moins » : une efficacité variable selon les modèles ; le remplacement régulier de la cartouche filtrante ; une seule marque (vendue en réseau bio) affiche d’excellents résultats sur la filtration des nitrates/nitrites ; pas de filtration efficace du PFOA (l’un des principaux polluants éternels (PFAS) classé cancérogène) ; nécessite un entretien rigoureux pour éviter toute prolifération bactérienne dans l’eau filtrée.
À noter que le secteur du charbon actif est particulièrement innovant, des marques française ont récemment développées des carafes filtrantes avec la promesse de filtrer 90 % de PFAS et 85 % de nitrates.
Le filtre sur robinet
Les « plus » : très bonne rétention des pesticides, nitrates/nitrites et métaux ; très bonne performance pour conserver les minéraux intéressants pour la santé ; débits d’eau plus rapides.
Les « moins » : un modèle (de marque différente) sur deux laisse persister le goût de chlore.
Charbon actif, perles de céramique
60 Millions de consommateurs a testé un bâton de binchōtan, du charbon actif japonais, et des perles de céramique dans une carafe. Les perles de céramique dynamisent l’eau et le binchōtan la purifie. Les plus : ils ont une durée de vie longue (binchōtan : réutilisable 6 mois avec réactivation), perles : 10 ans), sont une solution écologique (pas de cartouches à changer) et, selon 60 Millions de consommateurs, ils permettent de conserver les minéraux bénéfiques.
Rappelons que le traitement au charbon actif fait partie des étapes clés des stations de production d’eau potable afin de rendre propre à la consommation l’eau du robinet.
Enfin, pour clore ce dossier sur les systèmes de filtration de l’eau, il faut aussi dire un mot des osmoseurs (osmose inverse). S’ils offrent d’excellents résultats de filtration des polluants, ils ont aussi plusieurs contraintes : ils nécessitent une installation complexe et coûteuse (avec un suivi du fabricant) et impactent la minéralisation de l’eau.
Laura Duponchel
Accessoires, filtration, réemploi : le nouveau marché de l’eau selon Biocoop
Depuis l’arrêt de la vente d’eau en bouteille plastique en 2017, qui représentait un chiffre d’affaires de 13 M€, Biocoop a profondément transformé son approche du marché de l’eau. Entre discrétion sur les bouteilles en verre, développement du réemploi et montée en puissance des solutions de filtration et contenants réutilisables, la coopérative structure une offre alternative en phase avec les attentes environnementales. À la clé : plus de 200 millions de bouteilles évitées et un « marché en plein essor », comme le détaille Philippe Bernard, directeur de l’Offre de Biocoop.
Bio Linéaires : Si Biocoop a arrêté de vendre de l’eau en bouteille plastique, vous continuez de vendre de l’eau en bouteille de verre ?
Philippe Bernard : Oui, nous continuons à vendre de l’eau pétillante en bouteilles en verre. La distribution se fait via un partage de plateforme afin de limiter le transport de l’eau. De notre côté, aucune mise en avant n’est faite : pas de promotion ni de communication.
La gamme Lisbeth, présente dans les régions Centre, Nord-Est et Sud-Est, est en réemploi. Nous échangeons actuellement avec Ogeu (marque Plancoët sur la région Grand-Ouest et Ogeu sur le Sud-Ouest) afin qu’ils passent, eux aussi, au réemploi.
BL : Combien représentait l’eau en bouteille plastique pour Biocoop en termes de chiffre d’affaires ?
P. B. : L’eau en bouteille représentait un chiffre d’affaires de 13 millions d’euros chez Biocoop en 2017. Depuis l’arrêt de la vente de bouteilles d’eau en plastique dans nos magasins, nous estimons que plus de 200 millions de bouteilles ont été évitées.
« L’offre Biocoop a été travaillée pour offrir du choix en gamme et en prix. Nous poursuivons le développement de ce segment avec de nouveaux produits pour toucher un public large et favoriser une utilisation quotidienne »
BL : Comment le rayon Gestion de l’eau a-t-il évolué au fil des ans ?
P. B. : L’offre Biocoop a été travaillée ces dernières années pour offrir du choix aux consommateurs, en gamme et en prix (voir encadré).
Le sujet de l’eau a été très éclairé ces dernières années, notamment sur les différents scandales autour des contaminations de l’eau en bouteille de grand groupe ainsi que les soucis écologiques et environnementaux sur les ressources en eau et la pollution plastique. Le sujet commence à sensibiliser les consommateurs.
L’offre « bâton de charbon » a apporté un véritable dynamisme. Nous poursuivons le développement de ce segment avec de nouveaux produits : formats nomades, pour enfants, ainsi que des solutions adaptées aux carafes et aux gourdes réutilisables. L’objectif est de toucher un public plus large et de favoriser une utilisation simple et quotidienne.
Même logique pour l’offre de carafes filtrantes, avec trois références sur ce segment : deux carafes en plastique (une historique et plus premium, et une autre à prix plus accessible) et une carafe en verre, récemment intégrée au guide national.
Enfin, pour compléter l’offre autour de l’eau, nous proposons également des contenants isothermes en inox recyclé (et bientôt en verre) : bouteilles, mugs, travel cups, théières, tisanières… Le marché est en plein essor et notre offre est parfaitement positionnée pour y répondre.
Le rayon « eau » de Biocoop
Biocoop a développé une large offre d’accessoires : filtres à robinet, bâtons de charbon, carafes filtrantes (et filtres associés), perles en céramique (qui ne filtrent pas l’eau mais la dynamisent) ainsi que des fontaines à eau. « Il s’agit de machines permettant de gazéifier l’eau de marque My Soda.
Elles sont fabriquées avec des matériaux en composite de bois, proposées par un fournisseur indépendant et distribuées hors GMS. Elles constituent une alternative à l’eau gazeuse en bouteille », précise la coopérative. Biocoop propose également des filtres et pommeaux de douches (et leurs recharges) pour filtrer l’eau de la salle de bain.
Propos recueillis par Laura Duponchel
L'eau est au cœur du fonctionnement du vivant
Dans le rayon des eaux en magasin bio, certaines marques mettent en avant une référence scientifique encore peu connue du grand public : la Bio-électronique de Vincent (BEV). Derrière ce nom technique se cache pourtant une idée simple : la qualité de l’eau pourrait révéler l’équilibre du vivant.
L’eau comme miroir du vivant
Créée en 1948 par l’hydrologue Louis-Claude Vincent, cette méthode part d’un constat simple : l’eau est au cœur du fonctionnement du vivant. Elle n’est pas qu’un simple composant de notre corps, elle orchestre nos fonctions vitales comme la digestion, la circulation ou l’élimination.
Selon Vincent, l’analyse de certaines caractéristiques de l’eau permet d’obtenir une « signature » de l’état biologique d’un milieu vivant. Son approche s’appuie sur trois mesures électroniques de trois facteurs électromagnétiques, dans une solution aqueuse.
Trois paramètres pour « lire » l’équilibre d’un milieu
Le pH (Potentiel Hydrogène) : l’équilibre acide-basique
Il mesure l’acidité ou l’alcalinité d’une solution sur une échelle de 0 à 14. Neutre à 7, il est acide en dessous et alcalin au-dessus.
Selon les observations associées à la BEV, un milieu vivant équilibré tend vers une légère acidité.
Le rH2 (Potentiel d’oxydoréduction) : milieu oxydant ou antioxydant
Plus technique, le rH2 mesure la capacité d’un milieu à capter ou céder des électrons, soit le potentiel électrique de la solution mesurée.
Il évalue si un milieu est antioxydant (protecteur) ou oxydant (agressif) :
- rH2 élevé : milieu oxydant ;
- rH2 faible : milieu antioxydant ou réducteur.
Un environnement réducteur est considéré comme plus protecteur pour les cellules.
Le rô (Résistivité électrique) : le niveau de minéralisation
La résistivité électrique renseigne sur la concentration en minéraux (électrolytes). Plus le rô est élevé, plus l’eau est pure, signe d’équilibre et de santé.
La BEV repose sur un principe comparable à celui d’un tableau de bord : chaque indicateur apporte une information spécifique. Ces trois paramètres combinés permettent d’analyser l’état d’un milieu biologique et d’en observer les tendances d’équilibre ou de déséquilibre.
Selon les travaux du professeur Joseph Országh, l’eau « idéale » pour l’organisme doit être :
- Légèrement acide (pH entre 5,5 et 6,8) ;
- Antioxydante (rH2 entre 25 et 28) ;
- Faiblement minéralisée (résistivité supérieure à 6 000 ohms).
Le triangle de Vincent, cartographie de l’équilibre biologique
Pour visualiser ces mesures, les praticiens de la BEV utilisent un outil graphique appelé triangle de Vincent. Cet outil permet de situer un milieu biologique dans différentes zones :
- • une zone considérée comme équilibrée pour le vivant
- des zones marquées par une oxydation plus forte
- ou par une minéralisation élevée.
La BEV vise à observer les conditions favorables ou défavorables à l’équilibre biologique. Elle s’inscrit dans une logique de prévention et d’analyse globale du terrain.
Un sujet d’intérêt pour les magasins bio
Dans le secteur des eaux en bouteille proposées en réseau bio, la BEV sert de référentiel à quasiment toute l’offre présente (Montcalm, Montarcher…) pour caractériser une eau « équilibrée ». C’est notamment le cas d’eaux de montagne, naturellement peu minéralisées, qui présentent des caractéristiques proches de ces critères.
Pour les professionnels du réseau spécialisé, comprendre la bio-électronique de Vincent peut donc présenter plusieurs intérêts.
Face à des consommateurs souvent curieux et exigeants, connaître les bases de cette approche permet :
- • de mieux comprendre les arguments de certaines marques,
- d’expliquer simplement des notions physico-chimiques,
- et d’enrichir le discours autour de la qualité de l’eau.
Une approche utilisée dans plusieurs domaines
Au fil des décennies, la Bio-électronique de Vincent a été explorée, au-delà de l’eau de table, dans différents champs d’application :
- En diététique pour anticiper les déséquilibres internes ou étudier l’impact de l’alimentation sur l’équilibre biologique ;
- En agronomie pour évaluer l’incidence des pratiques agricoles (ex : traitement de pesticide) sur la qualité des aliments ;
- En agroalimentaire, notamment dans certaines analyses de vin ou de produits laitiers.
Entre science et vitalité, la Bio-électronique de Vincent propose une lecture de l’eau, non plus seulement comme un liquide hydratant, mais comme le chef d’orchestre de notre santé.
À retenir
- La Bio-électronique de Vincent est une méthode développée en 1948 pour analyser l’équilibre du vivant à partir de l’eau.
- Elle repose sur trois indicateurs : pH, rH2 et résistivité.
- Elle est utilisée dans différents domaines, notamment l’analyse de l’eau et de l’alimentation.
- Historiquement toutes les marques d’eau présentes en magasins bio s’y réfèrent pour caractériser leur profil.
Site officiel de la Bio-électronique de Vincent : www.votre-sante-naturelle.fr
Laura Duponchel
Hydratation : pourquoi boire suffisamment est essentiel au quotidien ?
L’eau est indispensable au bon fonctionnement de l’organisme, pourtant beaucoup de personnes ne boivent pas assez au cours de la journée. Quels sont les besoins réels, les risques de la déshydratation et les bonnes habitudes à adopter ? Angélique Houlbert, diététicienne-nutritionniste, répond aux questions les plus fréquentes sur l’hydratation.
« Les maux de tête qui surviennent souvent après une consommation d’alcool sont d’ailleurs fréquemment liés à un manque d’hydratation. Lorsqu’il est insuffisamment hydraté, le cerveau fonctionne au ralenti : l’attention, la concentration et les capacités de raisonnement diminuent. »
BL : De combien d’eau un adulte a-t-il besoin chaque jour ?
Angélique Houlbert : Il n’existe pas de quantité universelle, car les besoins varient selon les pertes hydriques quotidiennes. Dans l’organisme, l’eau représente environ 60 à 65 % du poids corporel et elle est éliminée en permanence par les urines, la respiration et la transpiration.
Les besoins dépendent donc de nombreux facteurs : la saison (canicule ou logements très chauffés en hiver), l’intensité de la transpiration liée à une activité physique soutenue, au travail en extérieur ou encore aux sueurs nocturnes de la ménopause. Ils augmentent également en cas de pertes digestives, comme lors de vomissements ou de diarrhées, qui peuvent parfois être des effets secondaires de certains médicaments. Enfin, la consommation de caféine ou d’alcool favorise aussi la déshydratation.
BL : Et justement que risque-t-on en cas de déshydratation ?
A. H. : Au-delà d’une élimination moins efficace des déchets par les reins, la déshydratation peut affecter de nombreuses fonctions de l’organisme. L’eau est notamment indispensable au bon fonctionnement du cerveau.
Les maux de tête qui surviennent souvent après une consommation d’alcool sont d’ailleurs fréquemment liés à un manque d’hydratation. Lorsqu’il est insuffisamment hydraté, le cerveau fonctionne au ralenti : l’attention, la concentration et les capacités de raisonnement diminuent. Même une déshydratation légère peut ainsi provoquer fatigue mentale et irritabilité.
BL : Chez les sportifs aussi, il faut veiller à boire suffisamment ?
A. H. : Tout à fait. Un manque d’hydratation peut provoquer des crampes, des courbatures et diminuer les performances physiques. Beaucoup de minéraux sont perdus lors de la transpiration, il suffit de goûter ce qui perle sur notre front, « c’est salé », plus précisément la sueur est gorgée d’électrolytes qu’il faudra penser à apporter en plus de l’eau.
BL : Avez-vous quelques conseils pour celles et ceux qui ressentent peu la soif ?
A. H. : L’idéal est d’avoir toujours une gourde avec soi, que ce soit au travail, à l’école ou lors des déplacements. Il peut aussi être utile de programmer des rappels sur son téléphone ou d’utiliser une application afin de penser à boire régulièrement au cours de la journée, ce qui est essentiel pour préserver la santé des reins.
Ces conseils sont particulièrement importants pour les femmes enceintes ou allaitantes, dont les besoins en eau sont accrus, ainsi que pour les personnes âgées qui peuvent, par exemple, se fixer comme objectif de boire une bouteille ou une carafe d’eau dans la journée. Une bonne habitude consiste aussi à boire un grand verre d’eau au réveil, puis un autre avant le déjeuner et avant le dîner.
BL : Justement, quand faut-il boire ? Pendant les repas ou en dehors des repas ?
A. H. : C’est l’éternelle question. Boire un verre d’eau avant le repas permet de couper légèrement la faim, de manière mécanique, ce qui peut être intéressant dans un objectif de perte de poids.
Selon les études récentes, boire pendant le repas ne réduit pas forcément la digestion. Tout est une question de quantité et de tolérance personnelle.
BL : Avez-vous quelques astuces pour celles et ceux qui n’aiment pas l’eau ?
A. H. : Je conseille souvent d’aromatiser l’eau avec des fruits, des légumes ou des herbes, comme le citron, l’orange, les fraises, le concombre ou la menthe. Les thés et les tisanes, chauds ou refroidis selon les préférences, constituent aussi une bonne alternative, par exemple à base de gingembre, de fruits rouges ou d’agrumes. Il faut également rappeler que l’hydratation ne repose pas uniquement sur l’eau.
De nombreux aliments, en particulier les végétaux frais, sont très riches en eau : salades, concombre, radis, tomate, agrumes, melon ou pastèque. Les jus de légumes, les soupes et les bouillons en hiver, ainsi que les laits et les boissons végétales, contribuent aussi aux apports hydriques quotidiens.
Des personnes âgées bien hydratées
L’Anses commande aux adultes de boire 1,5 à 2 L d’eau par jour, et avant même d’avoir soif, surtout les personnes âgées dont la sensation de soif est amoindrie1.
Avec l’âge, les reins retiennent moins bien l’eau et certains médicaments augmentent les pertes hydriques.
Angélique Houlbert – Diététicienne-nutritionniste D.E





