NUMERO : mai-juin 2013 – BL 46

Fin 1971, le développement du bio compromis par une scission…

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En 1971, les clignotants de la bio selon la méthode Lemaire-Boucher étaient au vert. À cette date, la Sté Lemaire était le seul organisme indépendant à avoir prouvé avec ses 300 agents et experts que la culture biologique selon la méthode qu’elle développait était une réalité et à avoir créé une école de formation agrobiologique. Elle assurait aussi la reprise des récoltes des blés bio de ses clients et avait mis en place un réseau de plus de 1000 boulangers pour les consommateurs de pain garanti bio. Mais, la Sté Lemaire c’était aussi la promotion de syndicats de défense de culture biologique et d’associations de consommateurs, une équipe d’experts dans un service technique agrobiologique avec l’aromathérapie appliquée aux sols et aux animaux, un laboratoire d’analyses, une station de phytogénétique, une gamme de matériels adaptés à bio, etc.

 

De nouvelles associations

Mais d’autres clignotants, rouges eux, s’étaient allumés. Ils étaient allumés par quelques membres de l’équipe rassemblée par Raoul Lemaire. Catherine de Silguy, dans son ouvrage sur la culture biologique évoque cette période : « En 1963, Lemaire et Boucher élaborèrent une méthode qui comporte, en particulier, l’utilisation de maërl, amendement marin dont le constituant principal est une algue calcaire : le lithothamne. Les résultats de cette méthode se révélèrent excellents sur les sols acides et granitiques de la Bretagne. Une structure commerciale fut constituée pour la vente de ces substances d’origine marine. Cette tendance fut contestée par ceux qui refusaient l’orientation trop commerciale de ce qui fut appelée la  méthode Lemaire-Boucher . André Louis et Mattéo Tavera qui étaient de ceux- là, fondèrent en 1964, l’Association européenne d’agriculture et d’hygiène biologique appelée aussi  Nature et Progrès  se proposant de promouvoir toutes les méthodes d’agriculture biologique. De leur côté, les partisans Lemaire et Boucher créèrent en 1966 la Fédération des syndicats de l’Agriculture biologique (FESA) qui  cinq ans plus tard connut une première scission, lorsque Georges Racineux, agent commercial de la Sté Lemaire-Boucher dans l’Ouest, démissionna avec deux cents adhérents pour constituer l’Union Française d’Agriculture Biologique (UFAB.) Les motifs de la rupture étaient d’ordre mystique et idéologique. Regrettant l’abandon par Lemaire et Boucher des bases spirituelles au prot d’une conception purement technique de l’Agriculture Biologique, Racineux décida de mener au sein de l’UFAB un combat pour une philosophie  saine et réellement catholique .

 Reproduction du document informatif rédigé sur 8 pages par la Société SVB Lemaire et diusée par elle en janvier 1972 en réponse à la campagne de dénigrement dont elle était alors l’objet .

Des agrobiologistes désorientés

Sur le terrain, cette scission n’était pas facile à vivre pour tous les acteurs, à commencer par les agrobiologistes eux-mêmes. Désorientés, troublés par les propos que leur tenaient maintenant ceux qui les avaient dirigés vers l’agriculture biologique Lemaire Boucher, ils ne comprenaient pas… Certains restèrent dèles à Lemaire-Boucher, d’autres non… ces derniers rassemblant quand même dans l’Ouest une part signicative des agrobiologistes pratiquant la bio depuis quelques années.

Pour faire face, la Sté Lemaire renforça son organisation technique et commerciale : c’est ainsi que dans son bulletin intérieur n° 57 d’Octobre/novembre 1971, elle rappelle à son réseau d’agents les réalisations eectuées, avec en tout premier lieu, la réalité et la viabilité de la culture biologique sur le terrain  Partout de bons résultats, de très bons résultats… les visites de culture l’attestent  et la mise en éveil du consommateur pour manger sain  c’est ainsi que les stands d’information au premier Salon PROTECNA (Protection de la Nature) furent retransmis sur les ondes de la 2e chaîne aux informations nationales du vendredi soir 15 octobre . Une conrmation est donnée dans ce même bulletin :  Un des nôtres, un de ceux qui étaient parmi les plus chers… il a fallu nous en séparer. C’est un déchirement pour certains, un soulagement pour d’autres. Quoiqu’il en soit, cette séparation était devenue nécessaire pour ne pas entraîner la culture biologique dans une ou des directions d’ordre philosophique ou politico-religieuses où elle n’avait rien à faire et… tout à perdre .

Elle renouvelle aussi sa philosophie vis-à-vis de ceux qui veulent la classer dans la catégorie des sectes  Que nous importe que notre Pain soit républicain ou non, du moment qu’il est biologique. La culture biologique n’est pas plus royaliste que républicaine, catholique que protestante, capitaliste que communiste, elle est BIOLOGIQUE .

Cette scission ouvrait la porte à d’autres, nombreuses qui allaient jalonner le parcours de l’Agriculture Biologique en France. Elle augmentait la diculté de ceux qui travaillaient à son développement et si, aujourd’hui, on la considère comme un incident de parcours, à l’époque elle posait problème.

Jean-François Lemaire

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