
Alors que les tensions géopolitiques au Moyen-Orient font craindre une nouvelle crise énergétique, le monde agricole français se retrouve face à un constat cinglant : sa souveraineté alimentaire est suspendue au prix du gaz et des minéraux importés. Entre dépendance structurelle et opportunités de résilience, la Fnab et La Maison de la Bio rappellent que l’agriculture biologique s’impose aujourd’hui comme une solution stratégique majeure.
L’agriculture conventionnelle sous perfusion internationale
La France importe 95 % des minéraux nécessaires à la fabrication de ses engrais de synthèse, tandis qu’un tiers du commerce mondial de fertilisants transite par le détroit d’Ormuz. Cette dépendance expose directement les exploitations :
- Le prix de l’urée a bondi de 20 % en seulement quelques jours ;
- Ce scénario rappelle le choc de 2022, où le prix des engrais avait explosé de 74 % suite au conflit en Ukraine ;
- Le modèle conventionnel reste intrinsèquement lié aux ressources fossiles (gaz) indispensables à la production d’azote de synthèse.
Le modèle bio : une autonomie par nature
C’est précisément cette vulnérabilité que La Maison de la Bio interroge : « que dit cette crise de notre modèle agricole ? Et pourquoi la bio reste-t-elle perçue comme une idéologie, un sujet environnemental ou de consommation, alors qu’elle est aussi un outil de résilience économique et de souveraineté agricole ? Le constat est factuel : en s’appuyant sur les cycles biologiques et les engrais organiques plutôt que sur des intrants importés, la bio réduit structurellement l’exposition aux chocs géopolitiques et à la volatilité des marchés. C’est un modèle moins dépendant, donc plus résilient ».
« Il est incohérent de vouloir renforcer la souveraineté alimentaire tout en ne soutenant pas davantage l’agriculture biologique, l’un des systèmes agricoles les plus autonomes », Olivier Chaloche, co-président de la Fnab.
De son côté, la Fnab rappelle que : « Encadrée par un cahier des charges strict qui interdit l’utilisation d’engrais de synthèse, [l’agriculture biologique] s’appuie sur des pratiques agronomiques éprouvées : rotations des cultures, intégration de légumineuses, recyclage des effluents d’élevage… Ces pratiques favorisent l’autonomie des fermes et limitent fortement la dépendance de l’agriculture bio aux intrants importés issus d’énergies fossiles », même si la bio n’est pas totalement imperméable aux tensions sur les marchés. En 2022, la hausse des engrais chimiques avait entraîné un report vers les engrais organiques, dont les prix avaient progressé de 18,4 %, selon le ministère de l’Agriculture.
En conséquence, la Fnab appelle les pouvoirs publics « à soutenir massivement et durablement les systèmes les plus autonomes, au premier rang desquels l’agriculture biologique. Plus que jamais, le rétablissement de dispositifs de soutien apparaît comme une nécessité, notamment dans la prochaine PAC, en cours de discussion ». La fédération insiste également sur la nécessité de travailler « sur la souveraineté en fertilisation », en renforçant les solutions déjà mises en œuvre en agriculture biologique et en explorant de nouvelles pistes d’innovation.






