NUMERO : Nov-Dec 2012

L’agriculture mondiale 100 % bio : rêve ou réalité de demain ?

Agriculture mondiale

Polémique sur les rendements en bio
Pour les « biosceptiques », la cause est entendue, les rendements en bio étant – d’après eux – inférieurs de 20 à 50 % à ceux en conventionnel, la bio n’est pas généralisable. Mais deux évènements ont relancé le débat il y a quelques années. D’une part un colloque à la FAO en 2007 qui a conclu que, oui, le bio peut nourrir la planète. Une affirmation largement médiatisée par les organisations bio, ce qui a conduit Jacques Diouf, alors directeur de la FAO, à rectifier le tir et à dire que « non, la FAO n’a jamais dit ça ». Second évènement, la publication la même année d’un article dans une revue scientifique dont l’auteur (C.Badgley) a fait l’inventaire de près de 300 projets dans le monde permettant de comparer les rendements en bio et en conventionnel et a conclut que, dans les pays industrialisés, les rendements en bio sont effectivement inférieurs – mais seulement de 8 % – à ceux en conventionnel, mais qu’ils leur sont supérieurs en moyenne de 80 % dans les pays en voie de développement. Mais en 2012 deux nouvelles publications, l’une par V. Seufert, dans la prestigieuse revue « Nature », et l’autre par T. de Ponti, sont arrivées à des conclusions inverses : les rendements en bio seraient en moyenne inférieurs de 20 % à ceux en conventionnel et même, selon V. Seufert, de 43 % dans les pays en développement

Comment expliquer de telles différences et qui croire ?
En fait, tout dépend avec quoi on compare l’agriculture biologique. Si c’est avec une agriculture restée traditionnelle et pratiquée sur des sols plus ou moins épuisés, une petite quantité de fertilisants organiques peut doubler le rendement, voire davantage. Si au contraire on compare avec une agriculture conventionnelle très intensive, on constate des rendements plus faibles en bio. Des approches différentes peuvent donc conduire à des conclusions opposées.

De quels rendements avons-nous besoin pour nourrir 9 milliards d’humains ?
L’agriculture intensive française arrive à des rendements en blé de75 à 80 qx/ha, voire 100qx dans les meilleurs sols. Des rendements possibles seulement avec des apports massifs d’engrais et de pesticides, impossibles à généraliser à toute la planète. La moyenne mondiale des rendements en blé étant aujourd’hui d’environ 25qx/ ha, il suffirait de passer à 40 – 50 qx/ha, ce que l’agriculture biologique peut très bien faire lorsque la fertilité des sols est reconstituée. Augmenter les rendements en bio passe aussi par davantage de recherche et par la sélection de variétés adaptées à ce mode de production.

Les cultures associées, un atout clé de l’agriculture biologique
Une des clés de l’augmentation des rendements en bio est la généralisation des cultures associées, universellement pratiquées avant l’industrialisation de l’agriculture. De très nombreuses études ont en effet montré qu’en associant deux espèces différentes, voire trois

ou quatre, dans le même champ on pouvait augmenter la production de 20 à 50 %, parfois davantage. De quoi largement compenser la différence de rendement entre le bio et le conventionnel, lorsqu’elle existe. Or cette association est presque toujours impossible en agriculture conventionnelle intensive, car incompatible avec l’utilisation massive de pesticides. L’association de loin la plus fréquente dans le monde est celle des céréales et des légumineuses, qui aboutit, lorsqu’elle est bien pratiquée, à des augmentations de production de l’ordre de 50 %. On redécouvre aussi depuis quelques années l’intérêt de l’agroforesterie, association d’arbres et de cultures annuelles.

Il n’a pas que le rendement Aussi élevés que soient les rendements, cela ne suffira pas pour bien nourrir 9 milliards de terriens. Il faut aussi :
● réduire les inégalités pour que chacun puisse acheter – s’il ne les produit pas – les aliments nécessaires pour nourrir sa famille. Aujourd’hui, la faim est davantage due à l’extrême pauvreté qu’à un manque de nourriture,
● réduire le gaspillage : on estime qu’environ 30 % de la production agricole mondiale n’est pas consommée, soit, surtout dans les pays du Sud, parce qu’elle est détériorée en raison de mauvaises conditions de stockage, soit, dans les pays industrialisés, parce qu’elle est purement et simplement jetée,
● et, bien entendu, changer les habitudes alimentaires : on n’arrivera jamais à nourrir tous les habitants de la planète si celles des pays riches se généralisent. Il faut en effet 10 fois plus de surface pour produire 1 kg de protéines sous forme de viande de boeuf que sous forme de légumineuses. Donc oui, l’agriculture biologique et les formes d’agroécologie proches sont non seulement généralisables, mais sont les seuls modes de production possibles à long terme dans un monde où le pétrole est en voie d’épuisement et où la pollution par les excès d’azote et par les pesticides menace de plus en plus notre santé et l’environnement. Claude Aubert

Suite à l’article intitulé, « le blé bio, une production essentielle », l’AFDIAG, vient compléter le sujet concernant l’intolérance au gluten. Elle rappelle que la maladie coeliaque est une intolérance au gluten (elle est elle-même différente de l’allergie). De plus, elle précise que les blés anciens (quelquefois bio), sont effectivement plus pauvres en gluten que les blés actuels qui sont toujours trop "toxiques" pour les coeliaques, donc non consommables, même en toute petite quantité. Enfin, avant de faire un régime sans gluten, il est nécessaire de se faire diagnostiquer correctement, c’est-à-dire avec une prise de sang pour faire un dosage des anticorps antitransglutaminases, puis, en cas de positivité, une endoscopie dans l’intestin grêle avec biopsies. L’allergie au blé, plus rare, se diagnostique avec des tests cutanés. Elle touche en général plutôt les enfants et nécessite également un régime d’éviction du gluten. En dehors de ces 2 cas, il n’est pas nécessaire de retirer le gluten de son alimentation.