NUMERO : N°65 -Mai Juin 2016

La cosmétique « vegan »

Le thème de la cosmétique dite « vegan » a déjà été abordé à quelques reprises dans les pages de Bio Linéaires, notamment dans le dossier « veggie-vegan » du n°53 de mai/juin 2014. Bien qu’il ne s’agisse en France que d’une tendance de niche pour la cosmétique, une frange non négligeable de consommateurs reste séduite par cette approche de la consommation. Il n’est donc pas inutile de faire quelques rappels fondamentaux sur ce sujet.

De quoi parle-t-on ?

Aujourd’hui, il n’est plus rare de voir des cosmétiques arborer un logo confirmant que le produit est « végan » (ou « vegan », le mot étant d’origine anglo-saxonne), surtout chez les marques provenant d’Allemagne, pays où cette tendance existe depuis quelques années maintenant. Ce logo est alors soit celui d’une association de consommateurs « vegan », soit un logo propre à la marque concernée. Si parfois c’est en toutes lettres que le mot « vegan » apparaît, on voit même maintenant des emballages annonçant que le produit est végétarien (les autres produits qui ne le sont pas sont-ils carnivores ?), voire végétarien et vegan. Cela devient donc parfois confus…

Pour commencer, il est donc avant tout nécessaire de rappeler ce dont il est question lorsqu’on parle de consommation « vegan », la confusion étant fréquente entre ce terme, relativement nouveau sous nos latitudes, et ceux de « végétarien » et de « végétalien ».

Comme l’explique le Larousse, le végétarisme est un « régime alimentaire excluant toute chair animale (viande, poisson), mais qui admet en général la consommation d’aliments d’origine animale comme les œufs, le lait et les produits laitiers (fromage, yaourts) ». Quant au végétalisme, c’est un « régime alimentaire excluant tout aliment d’origine animale », ce qui signifie que les végétaliens ne consomment ni produits laitiers, ni œufs, ni miel, etc. L’adjectif « vegan/végan » et le nom « véganisme » sont par contre à ce jour ignorés du Larousse. Comme dit plus haut, à l’instar du mot « végétarien » – issu de l’anglais vegetarian et utilisé depuis les années 1830 (« végétalien » existe depuis les années 1890) – ce mot est également d’origine anglo-saxonne.

La philosophie du véganisme – mot né précisément en 1944 – va en fait au-delà du végétalisme : « Le véganisme exclut la consommation de tout produit issu des animaux, de leur exploitation ou testé sur eux (cuir, fourrure, laine, soie, cire d’abeille, cosmétiques et médicaments testés sur les animaux ou contenant des substances animales). Il exclut également l’utilisation des animaux pour les loisirs (cirques avec des animaux, zoos, promenades à dos d’animal) ou pour le travail (chiens guides, chevaux de trait, etc.) » (Wikipedia).

Des contours parfois flous

Végétarisme et végétalisme sont des modes de consommation qui concernent avant tout l’alimentation. En l’absence de réelles statistiques fiables, le nombre de Français végétariens reste peu connu, étant estimé autour de 2 à 3 % de la population, sans que l’on sache réellement s’il est stable ou non. Certains indices semblent cependant montrer qu’il augmente, vu la multiplication du nombre de restaurants végétariens, l’accroissement de l’offre de produits alimentaires végétariens dans les circuits conventionnels (mais surtout bio) et l’apparition de boutiques spécialisées dans nombre de grandes villes. Néanmoins, certains végétariens – qualifiés alors comme on le sait de « flexitariens », autre néologisme – ne le sont que partiellement, étant par exemple stricts chez eux, mais acceptant de consommer des aliments d’origine animale lorsqu’ils mangent à l’extérieur, au restaurant ou chez des amis.

Le « véganisme » dépasse cependant, comme évoqué plus haut, la consommation alimentaire, avec par exemple le refus du cuir ou de la laine. Certains consommateurs vegan refusent même le principe d’avoir des animaux de compagnie, alors qu’à l’inverse d’autres les acceptent et sont pour eux à la recherche de « pet food » (aliments pour animaux de compagnies) certifiés vegans… Il suffit de parcourir la toile pour se rendre compte que de tels débats internes fourmillent sur les forums. Comme celui, par exemple, sur le miel, accepté par quelques-uns, mais rejeté par beaucoup d’autres, car sa production est considérée comme étant non respectueuse du bien-être des abeilles (certains parlent même d’un « vol » pratiqué à l’égard des abeilles), comme étant « inutile » parce qu’il y a des produits alternatifs, ou encore parce que les vertus du miel seraient très exagérées. Face à une certaine demande pour des cosmétiques vegan, et surtout face à la « banalisation » presque des produits certifiés vegan chez beaucoup de marques (notamment les principaux acteurs allemands), il est néanmoins légitime de se demander si, dans leur consommation quotidienne, celles et ceux qui y sont sensibles pour leurs produits de beauté (et donc pour ce qui touche à la mode) pratiquent réellement un mode de vie excluant totalement, par exemple, le cuir pour les chaussures ou la laine pour les vêtements. Cette question n’étant pas ici, bien entendu, un jugement de valeur ou une critique.

Si déjà « vegan », alors bio !

Un des paradoxes est en effet que ce rejet des produits animaux n’est pas forcément associé à un refus des produits de synthèse issus de la pétrochimie, tant pour les fibres textiles ou les substituts de cuir (sont alors employés du polyester, du polyuréthane, du PET = polytéréphtalate d’éthylène, etc.) que pour les composants cosmétiques. Il suffit de visiter un magasin de la chaîne allemande pionnière Veganz (début 2016 : 8 magasins en Allemagne, 1 en Autriche et 1 en République tchèque) pour se rendre compte que si les marques de cosmétique certifiée naturelle ou bio sont nombreuses dans les rayons, on y voit aussi énormément de produits formulés à partir des ingrédients qui sont justement ceux formellement rejetés par la cosmétique certifiée. Car le critère essentiel reste bien pour le vegan le respect du bien-être animal au sens strict et non la naturalité absolue des formules, ce qui est regrettable selon les critères éthiques qui animent la bio, quand on sait par exemple les dégâts que provoquent sur la faune aquatique les tensio-actifs de synthèse relâchés dans la nature…

Dès lors qu’un consommateur a fait le choix, dont on peut en général comprendre sans problème la plupart des motivations, d’un mode de vie végétarien, végétalien voire vegan, sa démarche sera néanmoins d’autant plus cohérente s’il adopte des cosmétiques vegan et bio (de même que l’on commence par exemple à voir des chaussures vegan et sans matériaux de synthèse, en chanvre sur semelle en latex naturel).

Face à un client vegan, il est donc impératif de bien connaître (et de reconnaître, dans le sens d’accepter) son degré d’engagement, ce qui permettra de le faire également adhérer, dans la plupart des cas, aux valeurs éthiques de la cosmétique certifiée.

Quels cosmétiques bio ne sont pas végans ?

S’il semble que les marques de cosmétique bio françaises – vu le nombre encore relativement peu important de consommateurs vegan stricts – ne développent pas une stratégie spécifique vers cette cible de clients (contrairement aux marques allemandes : il y aurait en Allemagne 1,2 % de vegan stricts et près de 10 % de végétariens !), elles soulignent parfois au cas par cas leur conformité à l’esprit vegan.

À l’inverse, et comme expliqué dans nos articles précédemment consacrés à la cosmétique vegan, les marques de cosmétique bio allemandes n’hésitent pas à mettre en avant leur conformité quand c’est le cas (et c’est de plus en plus le cas). La stratégie peut être alors, comme évoqué plus haut, passer par l’apposition d’un logo directement sur le produit et/ou dans les catalogues (papier ou Internet). Ce logo est donc alors soit un logo propre à l’entreprise (pouvant être validé par une association vegan) soit celui de l’association vegan elle-même (VeBu allemand, Vegan Society britannique…). D’autres entreprises n’affichent pas de logo, estimant qu’un logo « certifié vegan » serait une allégation « sans… » supplémentaire susceptible d’effrayer certains consommateurs, à l’heure où la cosmétique bio essaie de conquérir une clientèle plus large. Enfin, d’autres marques se contentent de répondre au coup par coup, en toute transparence, quand on leur pose la question de savoir si tel produit ou telle gamme est vegan.

Dans la pratique – sans parler des marques de niche qui se sont positionnées d’emblée comme bio et vegan – les marques leaders de la bio qui se sentent concernées par le vegan et s’y « convertissent » petit à petit ont commencé, il y a quelques années, soit à remplacer au fur et à mesure certains ingrédients dans les produits existants, soit à formuler leurs nouveaux produits en évitant les composants « proscrits ». La cire d’abeille peut ainsi, par exemple, être remplacée par différents mélanges de cires végétales (carnauba, candelilla, vernis du Japon…), la lanoline par un substitut d’origine végétale, etc. Le cas le plus difficile reste néanmoins celui du rouge cochenille (produit à partir d’insectes) dans les rouges à lèvres, car les utilisatrices « réclament » malgré tout des teintes rouges vives, ce qu’il est impossible d’obtenir avec les oxydes de fer, à la couleur tirant plus sur le rouille.

La cosmétique vegan, une opportunité

À l’instar d’autres marchés qui intrinsèquement sont encore des marchés de niche (comme la dermocosmétique certifiée, les cosmétiques bio pour hommes, les parfums naturels voire bio), la cosmétique vegan et bio est aussi une niche à ne pas négliger. Les boutiques spécialisées en cosmétique bio l’ont bien compris, prévoyant en général dans leur assortiment au moins une ligne affichée clairement vegan pour répondre à la demande, plus forte d’ailleurs auprès de la jeune clientèle.

Le vegan, comme nous l’avions déjà souligné dans les pages de Bio Linéaires, est donc une opportunité pour toucher de nouveaux consommateurs potentiels, complémentaires des convaincus de la bio, même s’il ne s’agit bien que d’une niche… mais une niche de consommateurs convaincus et passionnés ! La cosmétique bio n’a quant à elle pas « besoin » stricto sensu d’être vegan, mais elle peut s’appuyer sur cette nouvelle tendance pour démontrer sa qualité et ses hautes exigences. La lutte contre la souffrance animale traduite par la cosmétique vegan n’étant paradoxalement pas liée aux exigences de la bio, comme dit plus haut, elle est néanmoins  bien valorisée par la cosmétique certifiée : un produit vegan ne prend toute sa valeur que s’il est associé à une réelle naturalité du reste de la formule, et c’est ce qu’il faut mettre en avant.

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