« Le groupement doit être au service des magasins », Pierre Renevier (Appibio)

Pierre Renevier, fondateur du groupement Appibio. Photo : Pierre Renevier.

Lancé officiellement début 2025, le groupement Appibio revendique une croissance rapide avec 21 magasins partenaires et plus de 65 fournisseurs référencés. À l’origine du projet, Pierre Renevier (magasin Croc Nature), défend un modèle qu’il veut plus transparent et plus léger, où l’essentiel des remises fournisseurs revient directement aux magasins. Dans un marché bio encore fragile, marqué par l’endettement post-Covid et une forte pression sur les prix, il plaide pour une autre organisation du réseau indépendant et assume une stratégie de développement basée sur les rencontres humaines et des négociations performantes.

 

Bio Linéaires : Pourquoi avez-vous décidé de créer Appibio fin 2024 ?

Pierre Renevier : La création juridique s’est faite fin 2024, juste après mon départ du conseil d’administration d’Accord Bio. En tant que spécialiste des économies en entreprise, j’ai décidé de partir pour proposer une autre alternative. Nous avons lancé l’activité concrètement en janvier 2025 avec seulement deux magasins – celui de Aude Sivel et le mien. Aujourd’hui, nous comptons 21 points de vente et des accords avec plus de 65 fournisseurs. C’est une croissance qui prouve que notre message résonne chez les commerçants.

 

BL : Vous parlez d’une autre alternative. Quel est l’ADN d’Appibio ?

P. R. : Notre ADN est ultra simple : mettre le groupement au service des adhérents, et non l’inverse. En 20 ans de métier, j’ai vu trop de structures s’alourdir inutilement. Je suis parti en « croisade » contre les frais de structure payés par l’argent des fournisseurs. Chez Appibio, nous voulons nous « enrichir » via notre outil de travail : nos magasins.

Financièrement, cela se traduit par une grande transparence. Nous ne demandons que le strict nécessaire pour couvrir nos frais fixes (comptabilité, gestion), soit environ 5 000 à 6 000 euros. Tout le reste, soit 98 % des remises (RFA) et coopérations versées par les fournisseurs, doit revenir directement aux magasins. C’est le magasin qui paye les factures et qui fait grandir le fournisseur, il est donc normal qu’il en soit le premier bénéficiaire.

 

BL : Quels sont vos objectifs de développement et vos projets pour l’année 2026 ?

P. R. : Notre objectif est de continuer à grandir, mais nous ne recrutons pas pour faire du nombre. Nous choisissons nos partenaires sur la base de rencontres humaines. Je me déplace personnellement pour rencontrer chaque affilié dans son magasin, discuter de sa vision et analyser sa santé financière.

Pour 2026, un de nos projets majeurs est de renforcer notre lien avec l’ANEB. Nous mutualisons déjà les paiements des adhésions pour simplifier la vie de nos membres. Par ailleurs, à titre personnel, je poursuis une stratégie d’investisseur en cherchant à racheter des magasins dans diverses régions pour consolider le réseau des indépendants.

 

BL : Des bruits courent sur la création éventuelle d’une centrale d’achat. Qu’en est-il réellement ?

P. R.: C’est une fausse information que je tiens à démentir fermement. Mon expérience chez Croc Nature m’a appris qu’une centrale logistique peut devenir un fardeau. À l’époque, j’ai dû mener une restructuration lourde, vendre des magasins et des camions pour rembourser des dettes. Une centrale nécessite des chauffeurs, du carburant, de l’entretien… des frais fixes énormes qu’il faut obligatoirement répercuter sur les prix de vente.

Pour Appibio, le choix est fait : nous privilégions la mise en relation directe entre le fournisseur et le magasin. C’est le seul moyen de réduire les coûts de transport et de rester compétitifs dans cette « guerre des prix » que nous vivons. Créer une centrale aujourd’hui serait une erreur stratégique qui augmenterait mécaniquement les prix pour le consommateur final.

 

BL : Justement, quel regard portez-vous sur l’évolution du marché bio d’ici 2026 ?

P. R. : Les statistiques montrent une embellie, mais je reste très prudent. La situation est fragile, principalement à cause du surendettement des magasins liés aux PGE (Prêts Garantis par l’État). Durant le Covid, certains magasins ont emprunté jusqu’à 500 000 euros. Aujourd’hui, avec les taux actuels, certains doivent rembourser entre 10 000 et 12 000 euros par mois. C’est colossal ! Pour payer une telle mensualité, il faut en vendre des salades et des yaourts !

Si le marché devait baisser à nouveau, nous verrions des défaillances en cascade. C’est pourquoi ma vision a évolué. Je ne parle plus de « la bio pour tous », ce qui est une utopie, mais de « la bio pour le plus grand nombre ». Cela demande un travail de sourcing acharné. Par exemple, nous proposons à Croc Nature une huile d’olive tunisienne bio qui est la moins chère de France au litre. C’est grâce à ce type d’initiatives, en jouant sur les volumes et le sourcing direct, que nous rendrons la bio accessible sans sacrifier la rentabilité de nos magasins indépendants.

 

Propos recueillis par Antoine Lemaire

 

 

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