NUMERO : mars-avril 2013 – BL 45

Le pain bio jusqu’aux années 1970

Parmi les principaux acteurs ayant oeuvré pour la qualité du pain, en contre-pied des pains conventionnels fabriqués par la boulangerie française, il faut citer :

Henri-Charles Geffroy

Qui, un an après la fin de la dernière guerre en août 1946 sort le premier numéro de la Vie Claire qui s’est donné pour objectif ”de propager certaines notions grâce auxquelles toute personne peut se maintenir en bonne santé et vivre heureux”. Dès 1947, la revue insiste sur la défense de sa méthode alimentaire en accord avec les lois spirituelles, sur le blé, sa culture et le pain complet. Les années suivantes, le fondateur de la Vie Claire consacre de nombreuses pages au blé, à sa culture et au pain et prône le retour à la terre. Il publie également la lettre écrite, en 1932, par Raoul Lemaire adressée à tous les quotidiens faisant part de ses difficultés pour commercialiser des blés de qualité face au consortium minotier alors que l’on y apprend que la France importait, déjà en 1930, un important tonnage de blé. En avril 1951 est annoncée la constitution de l’Aliment Sain, société dont les lecteurs de la Vie Claire seront les principaux actionnaires : c’est sur cette base que va se mettre en place le futur réseau des magasins de La Vie Claire qui mettra à la disposition des consommateurs toute une gamme de pains complets biologiques et toutes autres productions garanties cultivées ou fabriquées sans produits chimiques.

La Famille Couturier

Qui exploite un moulin à Montbrison (Loire). Après avoir été ravagé par un incendie, en 1941, Jean se pose des questions quant à la survie de son entreprise. Avec ses fils, il rencontre un ingénieur de la marine d’origine russe Wodmar Borsakoski. Ensemble, ils mettent au point un procédé de mouture qui permet de rendre assimilable l’assise protéique du grain de blé (partie la plus riche du grain contenant vitamines et autres éléments vitaux). La mise au point prend du temps et ce n’est qu’en 1949 que naît la farine Borsa. En 1962, la famille s’investit dans la mise en place de la filière bio et distribuent les farines Borsa bio en boulangerie et auprès des magasins de diététique. La finesse de mouture que permet d’acquérir le système Borsakoski facilite l’assimilation des éléments vitaux du grain de blé par l’organisme. Aujourd’hui, les activités déployées par le Moulin Couturier ont été reprises en 1993 par la Minoterie Dupuy qui a longtemps écrasé, sous contrat, des blés biologiques pour le compte de la Sté Lemaire.

 

Des initiatives locales ou régionales

On pourrait aussi citer quelques initiatives locales ou régionales qui, comme le Domaine des Longchamps en Anjou ou encore ”Le Pain d’Antan” en Bretagne et quelques boulangers avertis, contribuèrent au lancement du pain biologique. Il n’empêche que, dans ce domaine, celui qui marqua le plus et assura l’implantation du pain biologique dans l’alimentation générale du français, ce fut le Pain Lemaire.

Le pain biologique Lemaire

Qui, en Décembre 1970, est, selon le Journal ”Agriculture et Vie”, fabriqué chez près de 700 boulangers répartis sur toute la France. C’est donc, avec tous les magasins diététiques et de produits naturels que fournit une partie de ces boulangers, plus de mille points de vente en France. Mais, avant d’en arriver là quel a été le parcours de son initiateur, Raoul Lemaire ? On sait que dès 1926, en tant que sélectionneur, il dotait la France de ses premiers blés de force et que dans ses installations à Roye (Somme), il était à la fois le stockeur, le meunier et le boulanger de ses propres obtentions de blé, lesquelles dépassaient en qualité les blés canadiens que la boulangerie française importait alors pour renforcer les farines produites avec les blés récoltés en France. En 1932, il présentait le Pain au Naturel de farines de meules aux blés de force Raoul Lemaire que l’on pouvait se procurer dans son magasin à Paris 69, rue du Rocher dans le 8ème et 85, rue de Maubeuge dans le 10ème. Il faut attendre 1964, avec le lancement de l’agriculture biologique, pour voir une offre concrète en pain ”biologique” : celle-ci est assurée par la Sté de Diffusion des Produits Lemaire qui annonce dans un numéro intitulé ”Alimentation et Vie” de Septembre 1964, la naissance du « Pain biologique Lemaire” fabriqué intégralement à la farine biologique Lemaire et exclusivement au levain. Les pains font 400 gr et sont livrables dans toute la France. Mais cette formule de distribution n’est qu’une étape dans l’optique du développement que s’est fixé la Sté Lemaire. Elle décide alors que le pain biologique sera disponible et à la portée du consommateur chez le boulanger lui-même. C’est en ce sens qu’elle agit désormais et la première liste des boulangers agréés paraît dans « Agriculture et Vie » de décembre 1964. Parmi eux, citons M. Overlen à Troyes, M. Lesellier dans l’Eure, M. Duboscq à Béziers, M. Pigeard en Ille et Vilaine, etc. : ils furent des pionniers du pain biologique…

Jean-François Lemaire