NUMERO : jan-fev 2011

Le poisson bio une réglementation stricte…

Répartition des entreprises aquacoles biologiques

Les entreprises aquacoles sont réparties sur le littoral et dans des zones propices à la pisciculture continentale, notamment en Midi-Pyrénées. La production concerne les poissons d’eau douce et les espèces marines. La liste des espèces certifiées bio s’est élargie au fil des années : les pisciculteurs biologiques produisent désormais des truites, des saumons, des bars, des daurades, des ombres et des carpes. 29 pisciculteurs étaient certifiés en 2009, un chiffre qui a plus que doublé par rapport à 2008.
On comptait également :
● 7 producteurs de crevettes biologiques et,
● 3 producteurs d’algues biologiques.

Situation réglementaire

L’aquaculture biologique est à ce jour encadrée par deux règlements : le « CCF » et le Règlement européen 710/2009.
● Le « CCF » est le cahier des charges de la production biologique française paru au journal officiel le 15/01/2010. Il remplace le «CC REPAB-F» qui était à l’origine le référentiel officiel des productions animales biologiques dans sa version française paru au journal officiel le 30/08/2000.
● le nouveau règlement européen 710/2009 qui a été publié le 06/08/2009 est applicable depuis le 1er juillet 2010. Ce règlement s’intègre au règlement 889/2008 mis en place en 2009. Les modalités et les pratiques d’élevage ainsi que l’étiquetage peuvent donc varier selon le choix du règlement. Toutefois, ces différences tiennent compte de la date d’entrée en bio de l’opérateur et de sa spécificité :
Cas 1 :
si le producteur est en bio avant le 08/08/2009, il a eu le 1er juillet 2010 (date d’entrée en vigueur de la nouvelle réglementation européenne aquaculture bio) le choix de continuer d’appliquer le CCF (ancien CC-REPAB-F) ou d’appliquer le nouveau règlement RCE 710/2009. S’il choisit le CCF, il ne pourra pas utiliser le nouveau logo européen (le logo AB sera facultatif). En revanche, le producteur qui s’est converti à la bio après le 08/08/2009, doit depuis le 1er juillet 2010 appliquer le nouveau RCE 710/2009. Le nouveau logo européen est obligatoire et le logo AB facultatif.
Cas 2 :
pour les transformateurs, qu’ils se soient mis en bio ou reconvertis avant ou après le 08/08/2009, ils doivent respecter depuis le 1er juillet 2010, le nouveau RCE 710/2009.

… Les grands principes d’élevage du nouveau règlement européen…

Prise en compte environnementale

Selon le volume de production, un « plan de gestion durable pour l’aquaculture biologique » est exigé pour toute conversion vers l’agriculture biologique. Il est mis en place pour éviter toute pollution liée à cet élevage. Ce plan, actualisé annuellement, présente l’impact de la structure sur son milieu et les mesures mises en place pour évaluer cet impact et le limiter au minimum. Pour les installations qui dépassent les 20 tonnes annuelles, ce plan de gestion durable est remplacé par une étude environnementale (réalisée généralement par un bureau d’étude) pour «vérifier les conditions de son implantation, son incidence directe sur l’environnement et les effets probables de son fonctionnement».
Conversion
La durée de transition entre l’agriculture conventionnelle et l’appellation « agriculture biologique » diffère selon le type d’installation.

Mixité bio et conventionnel

Interdite dans le CCF, la mixité qui est l’élevage de la même espèce en bio et en non-bio dans une même exploitation est autorisée en écloserie et nurserie. Toutefois, les unités doivent clairement être séparées et les systèmes de distribution d’eau être distincts. Elle peut également être possible dans le cas du grossissement, sous réserve que les phases de production et les périodes de manipulation ne soient pas les mêmes pour les animaux bio et non bio. Enfin, cette mixité est possible uniquement si la distance entre la production bio et la production non-bio garantit l’absence d’échange d’eau entre les deux unités, et avec accord préalable de l’INAO (l’Institut National des Appellations d’Origine).

Indication en rayon du prix au kilo pour les conserves de poisson Rappel : le calcul du prix au kilo pour les denrées alimentaires ayant un liquide (eau uniquement) de couverture (exemple thon au naturel en boite) doit être calculé sur la base du poids net égoutté et non pas sur l’ensemble.

 

Constitution du cheptel

Pour la reproduction : en l’absence de disponibilité d’animaux biologiques, des animaux capturés à l’état sauvage ou des animaux non biologiques peuvent être introduits.
Ces animaux seront utilisables aux fins de reproduction après avoir été conduits 3 mois en bio.
Pour le grossissement : en l’absence de disponibilité de juvéniles biologiques, il est possible d’introduire des juvéniles non-biologiques dans les limites de temps :
● 100 % jusqu’au 31/12/2011
● 80 % du 01/01/2012 au 31/12/2013
● 50 % 01/01/2014 au 31/12/2015
● 0 % après le 31/12/2015 Toutefois, ils doivent passer les 2/3 de leur vie (en temps effectif passé sur l’exploitation) en bio avant de pouvoir être valorisés en bio.

Alimentation

L’alimentation est un facteur déterminant pour obtenir un produit fini de qualité. C’est pourquoi, la conception des régimes alimentaires doit obéir à la fois à la santé animale, à une qualité optimale des produits (y compris en matière de composition nutritionnelle, qui conditionne le haut niveau de qualité du produit final comestible) et enfin avoir une faible incidence sur l’environnement. En matière d’alimentation, la réglementation distingue différents pratiques selon le type d’animaux.
Pour les animaux carnivores
Les aliments proviennent prioritairement des catégories suivantes :
● aliments issus de l’aquaculture biologique
● farines et huiles de poisson provenant de chutes de parage de produits issus de l’aquaculture bio
● farines, huiles de poisson et ingrédients issus de poissons dérivés de chutes de parage de poissons déjà capturés dans des pêcheries durables aux fins de l’alimentation humaine
● matières premières alimentaires biologiques d’origine végétale et animale répertoriées à l’annexe V (sous réserve des restrictions qui y sont prévues). En cas d’indisponibilité des aliments précités, des farines et huiles de poisson issues de chutes de parage de produits aquacoles non bio, ou de chutes de parage de poissons capturés pour la consommation humaine peuvent être utilisées à titre temporaire jusqu’au 31 décembre 2014. Les aliments de ce type ne peuvent excéder 30 % de la ration quotidienne. De plus, la ration peut comprendre au maximum 60 % de produits végétaux biologiques.
Cas particuliers pour les saumons et les truites
Dans la limite des besoins physiologiques de ces espèces, les rations peuvent comprendre de l’astaxanthine. Elle est utilisée comme complément alimentaire dans l’élevage des salmonidés et permet de donner une couleur rose à la chair. Toutefois, elle doit être issue principalement de sources biologiques, telles que des carapaces de crustacés élevés en bio. En l’absence, il est autorisé d’utiliser de l’astaxanthine d’origine naturelle comme la levure Phaffia.
Autres espèces : (cyprinidés, perche, brochet, loup, corégone, esturgeon, crevettes pénéidées, chevrettes, poissons tropicaux),
les aliments doivent logiquement être disponibles naturellement dans les étangs et les lacs. Si ces ressources sont insuffisantes, il y a la possibilité de compléter avec des aliments biologiques d’origine végétale ou des algues marines.

Pratiques d’élevage

Le milieu d’élevage des animaux d’aquaculture en bio doit être conçu de telle sorte qu’ils soient conforme aux besoins propres à leur espèce. C’est-à-dire, qu’ils disposent d’un espace suffisant pour leur bien-être, qu’ils soient placés dans une eau de bonne qualité suffisamment oxygénée et qu’ils soient placés dans des conditions de température et de lumière conformes aux exigences de l’espèce en tenant compte de la situation géographique des installations. Dans le cas des poissons d’eau douce, les fonds doivent être aussi proches que possible des milieux naturels.

Quelques exemples de pratiques à respecter

● La circulation de l’eau : les systèmes de recirculation en circuit fermé sont interdits (sauf écloseries et nurseries)
● La lumière artificielle est limitée à un plafond de 16 heures par jour, sauf aux fins de reproduction. Une limitation de toute modification brutale de l’intensité lumineuse (transition) est à observer.
● Tout apport d’oxygène est limité aux cas suivants (avec justificatifs et enregistrement) :
– cas exceptionnels de montée en température, chute de pression ou pollution accidentelle
– procédures occasionnelles de gestion des stocks (triage, échantillonnage)
– assurer la survie des animaux.
● Le chauffage et refroidissement artificiel de l’eau est interdit (sauf écloseries et nurseries). Possibilité de chauffer ou refroidir avec de l’eau de forage.
● La manutention des animaux est limitée au minimum et dans le respect du bien-être animal.
● Pour la mise à mort, les techniques utilisées doivent rendre les poissons inconscients et insensibles à la douleur et ce immédiatement.
Les interdictions
Toute utilisation d’hormones ou de dérivés hormonaux est interdite et l’épédonculation des crevettes est interdite.

Prophylaxie

Pour éviter tous problèmes de maladies, la prévention est de mise. C’est pourquoi, les structures d’hébergement des animaux, les équipements et les outils font l’objet d’un nettoyage et d’une désinfection appropriés et des périodes de vides sanitaires sont recommandées. Pour éviter tout abus, par exemple, l’utilisation de lumière ultraviolette et d’ozone n’est autorisée que dans les écloseries et les nurseries. De plus, aux fins de la lutte biologique contre les ectoparasites, la préférence est accordée à l’emploi de poissons nettoyeurs.

Traitements vétérinaires

Si un problème sanitaire se déclare en dépit des mesures de prophylaxie mises en oeuvre pour préserver la santé, il est autorisé de recourir à des traitements vétérinaires. Dans ce cas, on emploie, par ordre de préférence :
● des substances d’origine végétale, animale ou minérale en dilution homéopathique
● des plantes et extraits de plantes dépourvus d’effets anesthésiants
● des substances telles que des oligoéléments, des métaux, des immunostimulants naturels ou des probiotiques autorisés.
Traitements allopathiques
Leur utilisation est autorisée mais limitée à 2 traitements. Toutefois, dans le cas des animaux dont le cycle de production est inférieur à un an, un seul traitement allopathique est admis. En cas de dépassement des limites citées, les animaux d’aquaculture concernés ne pourront pas être vendus en bio. Les vaccinations et les programmes d’éradication obligatoires ne sont pas comptabilisés comme traitement.
Antiparasitaires
Leur utilisation, hors programmes obligatoires de lutte antiparasitaire organisés par les États membres, est limitée à 2 traitements par an ou à un seul (cas des animaux dont le cycle de production est inférieur à 18 mois). Le délai d’attente consécutif à l’administration, des traitements vétérinaires allopathiques ou antiparasitaires, y compris dans le cadre d’un programme obligatoire de lutte et d’éradication, est doublé par rapport au délai d’attente légal. En l’absence de délai légal, il est fixé à 48 heures. Enfin, toute utilisation de médicaments vétérinaires est déclarée à l’organisme de contrôle avant la commercialisation des animaux et les stocks traités sont clairement signalés.

Les + à la transformation

Les pratiques de préparation sont généralement proches du conventionnel. Toutefois, en bio, les process utilisés doivent tenir compte des qualités nutritionnelles et gustatives du produit fini. C’est pourquoi, même si cela n’est pas toujours obligatoire, de nombreuses opérations se font manuellement et de façon artisanale. Par exemple :
● le fumage doit être effectué uniquement avec du bois sans traitement et excluant les résineux. Effectué de manière traditionnelle par le brassage de la fumée, la température ne devra excéder 28°. Ce fumage peut durer, (suivant les tailles) de 3 à 6 heures. Les autres techniques, beaucoup plus rapides et économiques comme le fumage liquide (pulvérisation de fumées liquides : durée 20 mn) sont interdites.
● le tranchage est effectué à la main car il est doux et ne provoque aucun éclat de cellules. D’autres modes de tranchage comme celui fait après congélation à -8° et effectué à l’aide de couteaux électriques ne sont pas utilisés en bio. En effet, le premier au moment de la décongélation provoque un éclatement des chairs et le second échauffe la chair du poisson.