NUMERO : Jan-Fev 2012

Le sol, source de toute vie

 

Lorsque, avec quelques amis, nous avons créé « Terre Vivante », en 1980, ce n’est pas par hasard que nous avons choisi ce nom. Car en parlant de terre, nous pensions certes à la planète, mais encore plus à ce que les jardiniers et les agriculteurs appellent aussi le sol, c’est-à-dire cette fine peau qui en recouvre les parties émergées et dont dépend notre nourriture. Lorsqu’on prend dans la main une poignée de terre, on n’aperçoit guère de vie, à part peut-être un ver de terre. Et pourtant un sol fertile recèle une activité biologique intense.
Remarquons d’abord que les pionniers de l’agriculture biologique – Albert Howard et, pour la biodynamie, Ehrenfried Pfeiffer – n’avaient qu’une seule préoccupation : la fertilité du sol. Ils ne parlaient ni d’impact de l’agriculture sur la santé, ni de pollution de l’environnement, des problèmes qui ne se posaient pas encore à l’époque – avant la seconde guerre mondiale – où ils ont fait leurs recherches et mis au point les techniques de compostage, véritable pierre angulaire de l’agriculture biologique et biodynamique.

 

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simples, produits de la minéralisation, et de l’humus, produit de l’humification. La minéralisation est la transformation des matières organiques en substances minérales simples, utilisables par les plantes. Ces dernières sont en effet incapables d’absorber l’azote organique, qui se trouve essentiellement sous forme de protéines, présentes dans les résidus de culture et les déjections animales. Les plantes absorbent l’azote – principal élément nutritif qu’elles puisent dans le sol – sous forme de nitrates, les artisans des dernières phases de la minéralisation étant des bactéries. Rappelons au passage que les nitrates sont des composés totalement naturels et indispensables à la croissance des plantes. Ils ne posent problème que lorsqu’ils sont en excès, comme en Bretagne, du fait des élevages industriels de porcs, et dans les régions de grande culture, en raison d’apports excessifs d’engrais azotés. Le second produit final de la décomposition des matières organiques est l’humus, la partie stable de ces dernières. La teneur du sol en humus est un élément essentiel de la fertilité d’un sol.

L’agriculture industrielle, destructrice des sols
L’agriculture industrielle, à base d’engrais chimiques, a remplacé le fumier et le compost par des engrais qui évidemment n’apportent aucune nourriture aux êtres vivants du sol, qui doivent se contenter des résidus de récolte et dont la multiplication est perturbée par les désherbants et autres pesticides. D’où une baisse progressive de la teneur du sol en humus et de sa fertilité. Le cas extrême est la culture hors sol dans laquelle ce dernier est remplacé par un support inerte, les plantes se trouvant en quelque sorte sous perfusion, alimentées par une solution nutritive purement chimique. Maintenir et augmenter la fertilité du sol – par des apports organiques mais aussi par des rotations variées et la culture de légumineuses – reste donc un des objectifs majeurs de l’agriculture biologique et est le seul moyen de produire assez de nourriture de qualité pour nourrir les 9 milliards d’humains attendus en 2050.

Une activité biologique intense
Le sol, qui peut paraître à première vue essentiellement un support physique à l’enracinement des plantes, est en réalité une « usine » biochimique d’une extraordinaire complexité dont dépend toute vie sur notre planète. On y trouve des centaines d’espèces vivantes, certes des campagnols, des vers de terre et de nombreux insectes, mais aussi des algues, des protozoaires, des champignons microscopiques et des bactéries. Ces dernières sont de loin les plus nombreuses puisqu’on en trouve plus de 10 milliards dans une poignée de terre fertile. Mais que font donc tous ces êtres vivants, de quoi vivent-ils et sont-ils vraiment indispensables ?

Nourrir les plantes et enrichir le sol en humus
Après la récolte d’une céréale ou d’un légume, il reste beaucoup de matières végétales sur et dans le sol : les racines, la paille des céréales, les tiges et souvent les feuilles des légumes. On apporte aussi en bio du fumier ou du compost, éventuellement d’autres fertilisants organiques. Toutes ces matières organiques vont servir de nourriture aux êtres vivants du sol. Insectes, vers de terre, champignons, bactéries se nourrissent de ces résidus végétaux et animaux jusqu’à ce que, quelques mois plus tard, on n’en trouve plus de trace. Que sont-ils devenus ? Source d‘énergie et de nutriments pour ceux qui s’en sont nourris, ils aboutissent, à l’issue de processus complexes, à deux types de produits finaux : des substances minérales

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Ingénieur agronome de formation, Claude Aubert a été un des premiers agronomes français à prôner l’agriculture biologique, dès le milieu des années 60. Il a été un des piliers de Nature et Progrès et a écrit, au début des années 1970, des livres parmi les premiers en français sur l’agriculture et le jardinage biologique. Il a été pendant de nombreuses années conseiller en agriculture biologique. Il a également écrit plusieurs livres sur les relations entre agriculture, alimentation et santé et sur la pratique d’une alimentation saine. Cofondateur de Terre Vivante, il en a assuré la direction jusqu’en 2004. Il travaille aujourd’hui comme auteur, conférencier et consultant, notamment sur l’impact de l’agriculture biologique et de l’alimentation sur la santé.