Après une année 2025 marquée par une restructuration du réseau, Les Comptoirs de la Bio abordent 2026 avec une stratégie recentrée sur l’accessibilité prix, la performance au mètre carré et la différenciation par le label BioED. Philippe Manzoni, président du groupement, revient pour Bio Linéaires sur les enseignements de l’exercice écoulé, les leviers activés pour soutenir la croissance, l’évolution du marché bio et les priorités stratégiques pour les années à venir.

Bio Linéaires : En ce début d’année 2026, pouvez-vous dresser un bilan du groupement pour l’année 2025 (évolution du chiffre d’affaires, fréquentation des magasins, panier moyen, etc.) ?
Philippe Manzoni : L’année 2025 a clairement été une année de restructuration pour le groupement. Nous avons rationalisé notre parc avec dix fermetures pour deux ouvertures, ce qui nous amène à 63 magasins fin 2025. Cette contraction explique le recul de notre chiffre d’affaires global, qui est passé de 121,2 M€ en 2024 à 107,7 M€ en 2025.
En revanche, à périmètre constant, la dynamique est très positive : notre chiffre d’affaires progresse de +7,2 % (cumul annuel), avec un mois de décembre particulièrement fort à +10,1 % et en ce qui concerne le chiffre d’affaires au mètre carré, celui-ci progresse de 5,3 % (lire aussi le Bilan 2025 de la distribution spécialisée de Bio Linéaires).
La croissance est essentiellement portée par la fréquentation, en hausse de +7,7 % sur l’année et de +13,4 % en décembre. Aujourd’hui, les deux tiers de nos adhérents sont en progression (en CA), dont plus d’un tiers à deux chiffres.
« Le label Bio Entreprise Durable est un levier majeur de différenciation. Nous souhaitons avoir un tiers du parc labellisé d’ici fin 2026, et engager également le siège dans cette démarche. »
BL : Quels ont été les rayons les plus dynamiques en 2025 et, selon vous, pour quelles raisons ?
P. M. : En 2025, les performances au sein des magasins du groupement ont été contrastées, reflétant une évolution des priorités des consommateurs. Sans surprise, le rayon fruits et légumes a été le plus dynamique. Il bénéficie à la fois d’un retour des consommateurs vers les produits essentiels et d’une politique de prix très offensive, avec nos « trois fruits et légumes à prix coûtant » chaque semaine, ce qui a fortement renforcé l’attractivité.
Plus globalement, l’alimentaire progresse, notamment grâce au travail sur l’image prix et à l’intérêt croissant pour certaines offres comme celles végétariennes et véganes.
À l’inverse, le non-alimentaire et les compléments alimentaires sont en légère baisse. Le vrac, bien qu’il montre des signes de reprise, ne parvient toujours pas à retrouver ses niveaux d’activité d’avant la période Covid.
« Aujourd’hui, les deux tiers de nos adhérents sont en progression (en CA), dont plus d’un tiers à deux chiffres. »
BL : En 2026, quels leviers de performance activez-vous auprès de vos magasins pour soutenir la croissance ?
P. M. : Notre priorité est claire : rendre la bio plus accessible. Cela passe par notre nouvelle signature, « Comptez sur nous », et par plusieurs dispositifs forts : des preuves de prix hebdomadaires avec l’offre « Vraiment pas cher », les prix coûtant en fruits et légumes, une sélection annuelle de 100 produits du quotidien à prix serrés (La bio en mode Eco) et des animations commerciales. Ces dernières, quasi permanentes (tous les quinze jours), comptent trois temps forts majeurs (Fête du printemps, été, anniversaire en octobre) et bénéficient d’un taux d’engagement des adhérents de 90 %.
Nous avons également rationalisé nos assortiments selon trois formats de magasins (Petit, Moyen, Grand) pour améliorer le rendement au mètre carré, et optimisé notre logistique entre livraisons directes pour le frais et entrepôt central pour le sec.
« Notre objectif reste de montrer que le végétal peut être accessible, gourmand et non dogmatique »
L’accompagnement et l’implication des adhérents sont aussi au cœur du dispositif. En effet, pour nous, le modèle de gouvernance est un levier de performance en soi, visant à supprimer la distance entre le siège et le terrain. C’est pourquoi nous avons mis en place depuis un an le système du « Tiers-temps » : une dizaine d’adhérents consacrent bénévolement une à deux journées par semaine aux fonctions centrales (achats, informatique, communication, RSE), permettant une prise de décision plus réactive et adaptée à la réalité des magasins.
Enfin, nous observons des services à valeur ajoutée, comme « La Végantine », une offre de restauration végétale intégrée au magasin, déployée localement par un de nos adhérents à Montpellier et Nîmes, sans constituer à ce stade un test d’enseigne.
L’ensemble de ces leviers vise un objectif commun : augmenter le rendement au mètre carré tout en affirmant une image prix compétitive face, notamment, à la distribution conventionnelle.
« Nous voulions aller au-delà des enquêtes de type « client mystère ». En trois mois, nous avons collecté plus de 77 000 avis clients, ce qui nous permet de piloter la satisfaction au jour le jour, voire heure par heure. »
BL : Un de vos magasins a obtenu le label BioED fin 2025. En quoi ce label constitue-t-il un levier différenciant d’un point de vue stratégique pour votre groupement et quels sont vos objectifs ?
P. M. : Le label Bio Entreprise Durable est un levier majeur de différenciation. Il nous permet d’affirmer clairement notre positionnement de spécialiste de la bio et d’inscrire nos magasins dans une démarche d’amélioration continue. Il nous impose de progresser chaque année. C’est un outil stratégique pour tirer l’ensemble du réseau vers le haut de manière permanente.
C’est aussi une « Garantie de confiance » : face aux doutes potentiels des consommateurs sur l’authenticité des produits bio, ce label sert de « gage » pour prévenir les crises de confiance et rassurer la clientèle sur la réalité des engagements de l’enseigne. Enfin, le processus de labellisation implique fortement les équipes, tant au niveau social que managérial, ce qui devient un levier de motivation pour le personnel en magasin.
Côté objectifs, nous souhaitons avoir un tiers du parc labellisé d’ici fin 2026, et engager également le siège dans cette démarche.
BL : Avec 63 points de vente fin 2025 et l’ouverture récente d’un magasin à Montpellier (lire encadré), quelle est votre stratégie de développement de votre parc ?
P. M. : Nous avons tourné la page des ouvertures à tout prix. En 2026, nous visons cinq à six ouvertures maximum, portées notamment par des adhérents déjà en place, comme à Montpellier, à Carrières-sur-Seine ou encore à Tarbes.
Nous développons aussi des contrats de ralliement plus souples, destinés à des indépendants déjà structurés. Notre croissance sera raisonnée, qualitative et durable.
« Nos priorités sont l’accessibilité prix, la différenciation par le label et un développement maîtrisé. Nous avons tourné la page des ouvertures à tout prix. »
BL : Pendant trois mois, vous avez recueilli plus de 77 000 avis clients grâce à la solution de collecteurs Qwesteo. Quelles étaient les motivations de cette démarche, quels enseignements en avez-vous tirés et comment allez-vous exploiter ces données ?
P. M. : Nous voulions aller bien au-delà des enquêtes ponctuelles de type « client mystère ». En trois mois, nous avons collecté plus de 77 000 avis clients, ce qui nous permet de piloter la satisfaction au jour le jour, voire heure par heure. L’outil permet une analyse fine, sur une douzaine de critères. Les enseignements sont très concrets : mesure de l’impact du conseil (par exemple : la présence d’une naturopathe), benchmarking entre magasins, analyse territoriale pondérée.
C’est devenu un outil de management en magasin, mais aussi un véritable outil stratégique pour le siège. Il va nous permettre d’ajuster nos décisions au plus près des attentes des clients.
BL : Du 7 au 18 janvier, Les Comptoirs de la Bio se sont associés à Veganuary 2026 en proposant une sélection végétale variée et à prix doux. Quel bilan en tirez-vous ?
P. M. : Il est encore un peu tôt pour un bilan chiffré, mais nous constatons une visibilité nationale un peu moindre cette année. En effet, l’édition 2025 (portée par L214 Food) semblait plus suivie par les enseignes. L’édition de janvier 2026, réalisée en partenariat avec l’AVF (Association végétarienne de France), a semblé moins partagée à l’échelle nationale.
En revanche, l’opération a très bien fonctionné sur les réseaux sociaux et confirme une tendance de fond vers une consommation moins carnée.
Toutefois, notre objectif reste de montrer que le végétal peut être accessible, gourmand et non dogmatique, ce que certains magasins incarnent aussi avec par exemple l’initiative locale la « végantine » de notre adhérent de Nîmes et Montpellier.

BL : Comment analysez-vous l’évolution du marché bio ?
P. M. : Je reste convaincu qu’il y a un avenir solide pour la bio, porté par les préoccupations de santé et d’environnement. Les opportunités résident dans les ralliements d’indépendants et notre modèle coopératif très agile. Les risques sont connus : une sensibilité accrue au prix, des politiques publiques instables et la nécessité de préserver la crédibilité des labels. Nos priorités sont donc l’accessibilité prix, la différenciation par le label et un développement maîtrisé.
Propos recueillis par Antoine Lemaire
Les Comptoirs de la Bio en chiffres
63 magasins fin 2025 (71 à fin 2024)
5 à 6 ouvertures prévues en 2026
107,7 M€ : CA TTC en 2025 (121,2 M€ en 2024)
+7,7 % de fréquentation en 2025
+13,4 % de fréquentation en décembre 2025.
Un nouveau magasin à Montpellier
Le nouveau magasin des Comptoirs de la Bio (gérant : Marc Pagés) a Montpellier (quartier Odysseum) ouvert depuis le 21 janvier 2026 est un exemple de ce qui constitue un supermarché bio actuel.
Sur une surface de vente de 400m², l’offre permet de couvrir l’ensemble des unités de besoin, accentuée sur l’offre vegan ainsi qu’une importante offre vrac.
L’espace « La Vegantine » (élément essentiel de la devanture) est composé d’un service de snacking et a l’étage un restaurant d’une trentaine de places assises.
Face au snacking un rayon chocolat d’une largeur rare en MSB, afin de solliciter l’achat d’impulsion.
Nous avons apprécié un service boulangerie équipé d’une trancheuses à pain, équipement encore rare en MSB, avec une offre snacking/pâtisserie large (deux photos ci-dessous).
Notons que la zone commerciale dispose du plus grand Declathon de France ce qui draine un potentiel de clientèle important.
Ce magasin a tout pour séduire une demande importante de produits bio sur la métropole montpelliéraine.
Reportage : Philippe Delran











