
Quels sont les axes à déployer pour rendre le bio plus désirable ? Réponses avec Émily Mayer, directrice Business Insights chez Circana, qui a détaillé les leviers à activer à l’aune des grandes tendances de consommation en GMS, lors de l’assemblée générale du Synabio.
Leviers Prix et Accessibilité
- Réduire l’écart de prix (levier crucial) : bien que l’indice prix du bio par rapport au non-bio se soit amélioré, le bio reste en moyenne 46 % plus cher que le non-bio. Cette différence impacte directement les ventes, comme observé notamment pour l’huile d’olive. L’objectif est de rendre le bio plus accessible même si des efforts ont été faits ces dernières années, puisque 21 % des catégories de produits ont des écarts inférieurs à 20 % entre bio et non-bio contre 14 % en 2022. Cependant, comme l’explique Émily Mayer, « quand la promesse résonne avec les attentes du moment alors le prix ne semble plus être un sujet », prenant l’exemple du « skyr 18 % plus cher qu’un yaourt végétal » mais dont « les rotations à la référence sont 71% supérieures » d’où « l’importance d’entrer le bio dans les tendances de consommation pour développer sa désirabilité ».
- Capitaliser sur la Marque de Distributeur : les MDD sont très dominantes dans le bio, représentant 44 % du chiffre d’affaires du bio (contre 29 % pour le non-bio), elles sont aussi « stables en volumes ». La MDD bio est souvent proche du prix de la marque nationale conventionnelle (10 % en moyenne de « sur-prix »), ce qui en fait une clé d’entrée pour les consommateurs souhaitant passer au bio.
- Jouer sur la promotion : le bio est actuellement sous-exposé en promotion par rapport au conventionnel, que ce soit en termes de part des ventes sous promo ou de mise en avant. Pour Émily Mayer, ne pas utiliser les codes promotionnels du marché pénalise le bio.
- Communication sur le prix : il est suggéré de communiquer sur les produits ayant un prix attractif.
« Il est important d’entrer le bio dans les tendances de consommation pour développer sa désirabilité », Émily Mayer
Leviers Distribution, Territoires et Canaux numériques
Bien que le bio ait progressé partout en termes de poids dans tous les circuits de distribution, il reste sous-représenté dans certains canaux :
◦ Hypermarchés : le bio ne représente que 3,6 % du chiffre d’affaires total en hypermarché, indiquant un potentiel de développement.
◦ Restauration : idem pour la restauration collective où le bio est encore sous-représenté.
◦ Canaux numériques et spécialisés : pour Émily Mayer, il est crucial de faire entrer les produits bio dans l’alimentation digitale (livraison de paniers comme HelloFresh, algorithmes de recettes comme Jow) et chez les acteurs spécialisés dynamiques comme Grand Frais, Uber Eats ou Deliveroo.
La consommation de produits bio est aussi très inégale en France. Il y a par exemple une forte disparité territoriale entre les zones hyper-urbaines et cosmopolites (indice de consommation de 200, soit deux fois la moyenne nationale) et les zones plus rurales ou périurbaines (indice 84-88, indiquant des produits sous-consommés).
Leviers Innovation et Désirabilité produit
Pour que le prix cesse d’être un obstacle, le bio doit développer la désirabilité de ses produits et s’ancrer dans les tendances de consommation actuelles (praticité, santé, plaisir, nouveauté). Le bio est particulièrement sous-consommé en grandes surfaces parmi les moments de consommation les plus porteurs en volume aujourd’hui :
◦ Snacking et praticité : le bio représente seulement 0,6 % du snacking repas et 1,4 % des plats préparés, des segments en forte croissance.
◦ Plaisirs et convivialité : le bio pèse 3,5 % des plaisirs sucrés et 2,7 % de l’apéritif.
◦ Nutrition sportive/énergie : ce marché est en très forte progression (presque x3 en cinq ans) mais le bio n’y pèse que 1,1 %.
Le bio est également sous-consommé à deux moments clés de l’année :
• En été où le bio pèse en moyenne 4,1 % (contre 4,6 % toute l’année) ; plus spécifiquement, sur les catégories très saisonnières estivales, le bio ne représente que 1,6 % des ventes.
• À Noël / Fêtes de fin d’année où la performance du bio est la plus faible, pesant globalement 3,8 % des ventes (et seulement 1,7 % des produits festifs).
Le potentiel de croissance réside donc dans la conquête de nouveaux moments de consommation, l’exploitation de circuits sous-pondérés et le ciblage territorial.
En résumé
En conclusion, Émily Mayer a formulé plusieurs conseils à la filière bio :
- Le prix reste central : réduire l’écart avec le conventionnel et renforcer les promotions permet de lever le principal frein des consommateurs.
- Valoriser le goût et le plaisir : deux items qui restent en tête des attentes des consommateurs en matière de produits alimentaires et donc des axes à mettre en avant dans ses stratégies de vente. Les lancements d’innovations qui réussissent sont ceux dont l’achat est déclenché par la recette, le parfum ou le goût. Il est essentiel de mettre en avant le goût supérieur des produits bio.
- Ouvrir le bio à des secteurs porteurs comme les cuisines du monde, l’apéritif et les plaisirs sucrés.
- Viralité et communication : l’importance des réseaux sociaux dans les ventes est croissante. Les marques bio pourraient davantage utiliser ces canaux pour faire connaître leurs produits.
- Mieux couvrir les circuits et les territoires où le bio est sous-représenté (hypermarchés, restauration collective, canaux numériques et zones rurales).
- Simplifier le message : reconnecter le message du bio à la « nature », un terme rassurant et positif pour les consommateurs, qui leur parle davantage que « bio » ou « environnement ». Des messages simples, comme l’absence de pesticides, sont aussi efficaces.





