NUMERO : N°63 -janvier-février 2016

Les produits d’hygiène intime

« Hygiène intime » est une expression qui parle à la plupart des femmes… Pour le soin de la peau et des cheveux déjà, celles-ci sont de plus en plus conscientes qu’il ne faut employer que des produits sûrs, contenant le moins possible voire aucun ingrédient douteux. Or, s’il est une famille de produits qui appelle à une prudence encore accrue, ce sont bien les produits destinés à cette hygiène intime.

De quoi parle-t-on ?

Une fois encore, il est d’abord nécessaire d’être précis sur ce dont il est question ici. Notre thématique étant la cosmétique stricto sensu, nous excluons les tampons et serviettes périodiques, ainsi que les gels lubrifiants. Bizarrement, les premiers ne sont encadrés par aucune réglementation précise, ce qui n’est pas sans susciter des interrogations, très légitimes, sur leur composition. Quant aux gels lubrifiants, qui sont destinés à être en contact avec l’intérieur des parties intimes (ils sont utilisés en cas de sécheresse vaginale ou pour des raisons ludiques), ce sont des « dispositifs médicaux ». C’est-à-dire que ce sont des produits de santé réglementés et qu’ils doivent porter un marquage « CE » attestant que le fabricant respecte les préconisations les concernant spécifiquement.

Par hygiène intime, on entend donc les produits destinés à la toilette et à l’hygiène de la zone génitale de la femme (jusqu’à l’anus) et plus particulièrement de la vulve. Ce dernier mot désigne les organes génitaux externes de la femme qui comprennent les grandes et les petites lèvres, ainsi que le vestibule (entrée) du vagin. Si les grandes lèvres sont des replis de la peau qui cachent normalement les organes génitaux internes, les petites lèvres sont des muqueuses, de même que la paroi du vagin.

Une zone fragile et sensible

Les muqueuses de notre corps, comme celles de l’appareil digestif (dont la bouche),  présentent la spécificité d’être en permanence humide ou humidifiée. Ce sont des tissus très minces et donc très fragiles, sensibles à l’irritation et à la sécheresse. La présence de replis de peau, celle de l’appareil urinaire ainsi que la proximité avec la zone anale, font de plus que les risques d’infection sont bien réels. En outre, le vagin possède sa propre flore naturelle (lactobacilles) qui a un rôle de défense, mais est elle même susceptible de créer certains désagréments en cas d’agression bactérienne. Enfin, cette zone vulvaire est également concernée par de nombreuses sécrétions naturelles : règles, pertes blanches, sébum, sueur, etc. Si pour un grand nombre de femmes, une simple toilette à l’eau et au savon peut suffire, chez d’autres, un soin plus spécifique s’impose.

Un marché en croissance

Selon une étude réalisée par IPSOS en 2012 auprès de 800 femmes pour un des leaders du secteur de l’hygiène féminine, près de la moitié des femmes considèrent leur zone intime de « normale ». Mais 30 % avouent avoir des problèmes du type mycose, démangeaisons ou irritations. 85 % déclaraient prendre soin de leur zone intime (dont 1 sur 2 tous les jours ou presque), 45 % dans un objectif d’hygiène, et 44 % dans un but « médical », pour apaiser les gênes, protéger contre les infections, éviter la sécheresse, etc. Au cours des 12 derniers mois précédents, 96 % déclaraient avoir utilisé des produits dans ces buts : 56 % un gel-douche ou un savon identique à celui utilisé pour le corps et 57 % un produit spécifique (le total pouvant être supérieur à 100 %) : gel lavant, lingettes nettoyantes, crème hydratante, etc. Selon Le Moniteur des Pharmacies (2013) 3 Françaises sur 10 âgées de 35 à 55 en moyenne utilisent un produit d’hygiène intime au quotidien, contre 7 Italiennes sur 10 par exemple. Pour beaucoup, ce marché recèle donc un potentiel important.

Au départ fort confidentiel, il est néanmoins en forte croissance depuis quinze ans environ (+ 15 à 20 % par an certaines années), poussé par une communication importante des marques, qui a modifié les habitudes d’hygiène des femmes. Les messages sur le « respect de la flore bactérienne » ou la nécessité d’avoir une « hygiène intime parfaite » et d’éviter les « odeurs corporelles fortes » ont fait leur effet. Sont ainsi apparus des produits très différents, allant des lotions, gels et savons aux crèmes et mousses, en passant par les lingettes, le tout pour nettoyer, apaiser, hydrater ou rafraîchir. Le tout bien entendu avec des formules sensées être moins agressives que celles des autres références pour le corps, et adaptées à la physiologie particulière de cette zone. Mais c’est aussi un marché très concurrentiel, avec de nombreux acteurs tant en GMS qu’en pharmacie/parapharmacie, circuit « historique » de ces produits. Alors qu’en 2003 ce marché avait représenté 33 millions d’euros, en 2013 il était passé à environ 130 millions : 80 millions en pharmacie, 33 millions en GMS et 17 millions en parapharmacie.

Au-delà de l’influence du marketing des marques, il est certain que certaines conditions de vie peuvent entraîner le besoin d’une hygiène intime plus poussée, devenant même parfois impératif : règles mensuelles bien sûr, grossesse, puis accouchement, allaitement, prise de pilule contraceptive, ménopause, traitements médicamenteux, tabac, stress, etc. Mais le sauna, la natation en piscine ou la pratique du sport (avec sudation importante) sont aussi des facteurs pouvant nécessiter une hygiène accrue.

Des produits conventionnels aux formules à regarder de près

Pour répondre à ce marché en croissance, beaucoup de gammes est apparues en conventionnel, proposées par des marques de dermocosmétique ou de soins pour le corps, mais aussi par des sociétés auparavant spécialisées dans les tampons et serviettes périodiques. Leurs messages promettent tous bien entendu une action nettoyante, apaisante, rafraîchissante, protectrice, respectueuse de la sensibilité et de la vulnérabilité particulière de cette zone. Des composants naturels sont souvent mis en avant, quand ce n’est pas directement une « formule naturelle », « ultra-douce », sans oublier, bien sûr, le très fréquent « sans parabens ». Dans l’étude IPSOS susmentionnée, plus de la moitié (52 %) des femmes interrogées avaient reconnu attacher de l’importance à la présence d’ingrédients naturels comme le cranberry ou la camomille, les utilisatrices étant en toute logique conscientes que de tels produits de soin doivent être particulièrement sûrs.

L’étude des formulations INCI de beaucoup de ces produits d’hygiène intime de marques conventionnelles, révèle cependant la présence très fréquente d’ingrédients qui devraient amener à réfléchir plus sérieusement. On trouve ainsi du Sodium Laureth Sulfate (un tensio-actif connu pour son pouvoir irritant, molécule qui plus est éthoxylée), des PEG de toutes sortes, d’autres ingrédients éthoxylés (ex. Ceteareth-60 Myristyl Glycol), de l’EDTA (un puissant conservateur à la toxicité connue), du BHT (anti-oxydant loin d’être inoffensif), du Triclosan (conservateur connu entre autres pour être un perturbateur endocrinien, également toxique pour l’environnement), du Cocamide MEA ou Cocamide DEA (tensio-actifs susceptibles de former des former des nitrosamines cancérigènes), du TEA-Lauryl Sulfate (idem), des parfums dont on ne sait pas grand chose, etc. et souvent encore des parabens…

Une offre certifiée attrayante

Comme on le voit, les INCI de ces produits sensés être particulièrement doux et respectueux ont de quoi susciter des interrogations. Et ce d’autant plus que, les muqueuses, dépourvues de couche cornée, sont particulièrement perméables à toutes les substances que l’on peut y appliquer. Comme pour beaucoup de familles de cosmétiques, passer aux produits bio est ainsi des plus conseillé, et connaître les points susmentionnés est essentiel. C’est aussi une raison suffisante en soi pour mettre en avant au magasin les produits d’hygiène intime certifiés.

A l’instar de la multiplication des acteurs de la cosmétique conventionnelle, on trouve aujourd’hui de nombreuses marques certifiées qui proposent des produits d’hygiène intime sous différentes formes et appellation : Gel nettoyant intime, Gel hygiène intime, Gel douche intime, Gel de toilette intime, Onguent intime, et même du savon en pain et des lingettes. On trouve sur le marché hexagonal au moins une vingtaine de marques. Point particulier : la plupart de celles-ci sont françaises, labellisées Cosmebio et/ou certifiées Ecocert, ou Nature & Progrès, connues pour leurs soins du visage et/ou du corps. Les sociétés allemandes sont visiblement absentes de ce créneau, à l’exception d’une marque de dermocosmétique, certifiée BDIH, relativement peu implantée. Les prix pratiqués sont des plus raisonnables voire modérés, et donc susceptibles de constituer un argument de plus, si besoin était, pour convaincre les femmes de passer à ces produits certifiés.

Plusieurs paramètres comptent pour les utilisatrices, outre la bonne tolérance de ces produits bien sûr : un parfum agréable mais discret, la sensation de fraîcheur, de nettoyage efficace (une mousse relativement abondante est appréciée… même si, répétons-le, ce n’est pas la mousse qui nettoie), un rinçage facile. La praticité des contenants est aussi un critère important : flacon-pompe, mais aussi présence d’un bouchon doseur, et absence d’une texture trop liquide. Les lingettes sont considérées également comme très pratiques, mais il ne faut pas conseiller leur usage permanent : il s’agit avant tout d’un produit nomade, lorsqu’on est à l’extérieur.

Des conseils supplémentaires à prodiguer

Même si elle est devenue plus courante, l’hygiène intime reste un sujet délicat pour beaucoup de femmes. Il faut donc savoir créer les conditions d’un conseil discret et personnalisé, sans oublier une bonne présentation du rayon, avec une offre claire et un choix de quelques marques au minimum. Pour conforter le professionnalisme du magasin en la matière, il ne faut pas hésiter à se documenter sur le pourquoi des indispensables conseils supplémentaires à prodiguer : bannir les douches vaginales (qui fragilisent la flore bactérienne naturelle), ne pas utiliser de déodorant sur les parties intimes (c’est irritant), bien se sécher après la douche (l’humidité favorise la prolifération des bactéries) avec une serviette réservée à cet usage (fréquemment changée), préférer le lavage à main nue (bien propre) plutôt qu’au gant de toilette (qui est un nid à microbes), la bonne fréquence de la toilette intime (1 fois par jour, au maximum 2 fois si besoin réel), éviter les produits antiseptiques (qui détruisent la flore vaginale), etc. On préconisera aussi, bien sûr, des tampons et serviettes périodiques bio, la composition des marques conventionnelles étant de plus en plus critiquée. Enfin, il va de soi que ces produits ne peuvent se substituer à un éventuel traitement médical : en cas d’irritations ou de démangeaisons récurrentes ou persistantes, il faut impérativement renvoyer à l’expertise d’un médecin.

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