NUMERO : mai-juin 2013 – BL 46

Les plantes, sources de médicaments

Les plantes constituent la plus grande pharmacie du monde et sont la référence universelle de la biochimie du monde vivant. En réalité, tous les êtres vivants de la planète ont recours aux vertus des plantes. Ensemble ou isolées, les plantes apportent les éléments de vie qui nous sont nécessaires pour prévenir nos maux, pour soigner nos faiblesses, pour guérir nos malaises… En réalité, toute maladie trouve son remède dans une plante et, comme disent les guérisseurs africains, si nous croyons qu’une plante ne sert à rien, c’est tout simplement parce que nous ne connaissons pas encore son rôle… Il y a les plantes qui nourrissent (le riz, le millet…), les plantes qui soignent (l’équinacée, la consoude…), les plantes cosmétiques (la rose musquée, le calendula…), les plantes vestimentaires (le lin, le coton…), les plantes qui aromatisent (le thym, la cannelle…), les plantes tinctoriales (la garance, les lichens…), etc : nous sommes donc véritablement liés et dépendants du monde végétal. Les plantes nous enseignent l’innie diversité des formes, des alliances, des couleurs et des possibilités de vie du monde végétal.

 

La phytothérapie au cours des temps

Les premières relations hommes/plantes datent sans doute d’il y a … 3 millions d’années ! L’homo sapiens a utilisé les plantes pour des usages très multiples : tuer le gibier et l’ennemi, se nourrir et soigner… L’usage des plantes pour leurs vertus bénéques fut peut-être une découverte progressive issue de l’organisation des rapports sociaux en particulier à partir du néolithique (8000 ans avant Jésus-Christ).

Dans les civilisations anciennes (chinoise, indienne, aztèque…),

on trouve des traces d’utilisations médicinales très anciennes. Le premier livre de matière médicale, le Shen Nung Ben Cao Jing (traité des plantes médicinales de l’Empereur Shen Nung) fut rédigé vers 2900 av. J.C… Il contient la liste de 365 remèdes (par analogie avec les jours de l’année) et se divise en 3 parties :

● 120 drogues inoensives, toniques, conservant la santé,

● 120 drogues thérapeutiques, à donner aux malades,

● 125 drogues vénéneuses à n’utiliser qu’avec grandes précautions…

Les civilisations sumérienne et égyptienne

4000 ans av. J.C., les populations babylonniennes et sumériennes utilisaient les plantes pour se soigner : 600 tablettes d’argile mentionnent un millier de plantes sélectionnées pour leurs vertus curatives. Le papyrus Ebers (1600 av. J.C.) relate la fabrication de remèdes pour toutes les parties du corps.

Les civilisations grecque et romaine

Les grands médecins grecs (dont le plus célèbre fut sans conteste Hippocrate) utilisaient les plantes : narcotiques, laxatives ou émétiques (vomitives). Théophraste classe les plantes dans son ouvrage Historia Plantarum. Il fut le premier savant à planter son propre jardin botanique.

La civilisation arabe

Le texte grec fut traduit en arabe et en persan et servit de base aux herbiers musulmans plus tard. A l’apogée de l’empire arabe, tous les documents écrits furent réunis à Bagdad dans la plus grande bibliothèque de l’époque. A Téhéran, Ibn Sina (ou Avicenne) écrivit une oeuvre monumentale : le Canon de la Médecine. Le plus grand d’entre tous (ces savants) fut peut-être Ibn al Baytar (1197-1248) qui rédigea le très complet «Somme des Simples» qui contenait 1400 préparations et plantes médicinales.

La civilisation européenne

Dans l’Europe du Moyen Âge, les grandes écoles médicales de Salerne et de Montpellier deviennent les principales sources d’information ayant trait à la pharmacie. A la Renaissance, Paracelse, médecin suisse, devient célèbre par sa «Théorie des signatures des plantes» (théorie que nous illustrerons dans un article du prochain numéro).

De nos jours

On estime qu’entre 20 000 et 25 000 plantes sont utilisées dans la pharmacopée humaine… 75 % des médicaments ont une origine végétale. Tandis que les Anciens se sont consacrés assez peu à la description des plantes, on remarque qu’à partir de la création des écoles de Salerne et de Montpellier, la botanique prend de l’importance et que surgissent des botanistes-médecins :

● l’un des premiers fut Charles de l’Écluse (dit Clusius, 1526- 1609) qui décrivit plusieurs milliers de végétaux pour lesquels il a présenté une description précise (racines, tiges, feuilles, eurs, graines…). Ses successeurs ont tenté de classer les végétaux :

– en genre, ce qui permet de regrouper les espèces qui se ressemblent avec Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708)

– en genre suivi d’un épithète, ce qui caractérise l’espèce : Carl von Linné (1707-1778),naturaliste suèdois, dénit une nomenclature générale des plantes classées en fonction de caractères anatomiques communs (terminologie désignée en latin, langue universelle des savants pour énoncer le nom du genre puis de l’espèce pour chaque plante. L’usage du latin est maintenu aujourd’hui et permet ainsi une identication universelle dans toutes les langues de tous les pays…

Le système binomial promu par Linné permet aujourd’hui de nommer et de classer près de 270 000 plantes à eurs…

● le père de la botanique systèmatique, Antoine Laurent de Jussieu (1748-1826) a proposé la première classication naturelle en regroupant les genres en familles, puis les familles en ordres et en classes.

 

Les grands premiers phytothérapeutes

Parmi les pionniers, je retiens parmi les précurseurs :

Henri Leclerc (1870-1955), que l’on peut considérer comme un grand technicien des plantes et un grand historien de la phytothérapie

Maurice Mességué (1921-), que l’on ne considèrera pas comme précurseur mais comme un «transmetteur de savoir», un maillon important de la chaîne des nombreux phytothérapeutes qui ont dédié leur existence à cet art, à cette science, dévouant leur vie à la santé naturelle de tous ceux qui les ont sollicités.

Hildegarde de Bingen, qui dès le XIIe siècle, étonne tous ceux qu’elle rencontre… Cette abbesse «pas comme les autres», bénédictine allemande, était considérée comme une prophétesse à son époque. Et pour cause, elle avait des visions depuis son adolescence : elle décrit ce qu’elle voit et ses messages «dérangent» les puissants du monde d’alors. Inspirée et voyante, Hildegarde porte avec elle la réputation de «guérisseuse» dans toute l’Europe. Son savoir exceptionnel concernant les plantes, mais aussi les minéraux, les aliments (la «nutrithérapie» avant la lettre), la musique, les causes d’ordre spirituel des maladies,… est d’une richesse incommensurable et inégalée à ce jour. Chez aucun «grand» de la médecine on ne retrouve un tel savoir de dimension universelle, une approche véritablement holistique.

François-Joseph Cazin, au XIXe siècle, débute sa carrière médicale en suivant les armées de Napoléon où il est témoin des horreurs de l’agonie des soldats sans soins sur les champs de bataille. Comme médecin de campagne, il collecte une énorme somme de renseignements et publie ses connaissances dans un ouvrage de 1200 pages (réédité de nos jours, tant il reste «actuel»).

Dioscoride, médecin grec (dit Pedanius) est souvent considéré comme le père spirituel de la pharmacognosie (étude des médicaments d’origine végétale ou animale). Il inventoria 520 espèces de plantes dans sa «Matière Médicale», donnant synonymes, origines, modes de récolte, de préparation et application médicale de chaque plante. Ce traité t autorité en Europe jusqu’au Moyen-Âge.

 

Les animaux se soignent par les plantes

Comme de véritables petits pharmaciens, les animaux semblent savoir où trouver les remèdes à leurs maux. Lorsqu’ils sont malades, ils se nourrissent de substances qui n’entrent pas habituellement dans leur régime alimentaire…

Quelques exemples :

● les chimpanzés de Tanzanie corrigent leurs problèmes intestinaux en consommant des feuilles amères de l’Aspilia (Vernonia amygdalina) qui nettoient leur système digestif, éliminant oeufs, larves et vers parasites. Pour compléter ce traitement, les chimpanzés mangent d’autres plantes dont la sève est toxique pour les vers intestinaux.

● le loup est sensible aux morsures de serpent venimeux. Mordu, il creuse aussitôt le sol à la recherche d’une plante, «l’herbe aux serpents», la renouée bistorte (Bistorta ocinalis) pour la consommer, se purger et évacuer les toxines.

● le chamois se fait parfois mordre par des serpents des montagnes. Il broute alors l’euphorbe (Euphorbia L.) qui provoque rapidement une purge bienfaitrice (d’ordinaire, il ne consomme pas cette plante).

● le cerf, lorsqu’il est blessé, se couche sur un tapis de mousse humide pour accélérer sa guérison.

● les chiens et les chats, devenus sédentaires dans leur vie citadine,

consomment fréquemment du chiendent lorsqu’ils bénécient de promenades campagnardes. Selon la dose de plante ingérée, la réaction est rapide : expectoration qui nettoie les bronches, vomissement qui purge l’estomac ou diarrhée qui vide l’intestin. Ces automédications animales reposent incontestablement sur l’instinct des animaux à se diriger vers la plante-remède dont ils ont besoin. À l’aide de son odorat et de son instinct, l’animal repère ce qui lui fait du bien. Les animaux semblent donc être les premiers phytothérapeutes, à l’état pur, à l’état primaire, par instinct,…

 

La médecine évolue

● 2000 av. J.C. : "Tu te sens mal ? Tiens, prends cette racine."

● 1000 : "Cette racine est païenne. Dis plutôt cette prière."

● 1850 : "Cette prière est de la superstition. Tiens, prends cette potion."

● 1940 : "Cette potion est du charlatanisme. Tiens, prends cette pilule."

● 1980 : "Cette pilule est inecace. Tiens, prends cet antibiotique."

● 2000 : "Cet antibiotique ne marche plus. Tiens, prends cette racine…"

 

Vertus médicinales des plantes aromatiques

Nos ancêtres utilisaient la puissance curative des plantes aromatiques et des nes herbes.

● Les produits nutritifs (les légumineuses, les fruits…) indispensables à l’organisme.

● Les produits d’agrément (aromates, nes herbes…) souvent dénués de valeur nutritive mais aux valeurs thérapeutiques certaines.

● Les plantes aromatiques indispensables pour cuisiner, pour modier l’arôme des mets ou des boissons et diversier une alimentation monotone. Ce livre contient plus d’une centaine d’aromates provenant de diérentes parties de plantes :

● feuilles : basilic, cerfeuil, estragon, marjolaine, menthe, persil ;

● eurs : capucine ;

● graines : aneth, anis, carvi, coriandre, moutarde ;

● fruits : genévrier, piment ;

● racines : raifort ;

● tiges : angélique, ciboulette…

Auteur : Jean-Claude RODET

Infos : 200 pages, 15 x 23 cm, 486g

Parution : février 2013

Editeur : MÉDICIS – ISBN : 978-2-85327-454-8

Renseignements : http://www.editions-tredaniel.com/vertus-medicinales-des-plantesaromatiques- p-5239.html