
Après une période mouvementée pour le secteur, Benoît Soury (directeur Marché Bio chez Carrefour – à la tête de So.bio / Bio c’Bon – et directeur Proximité France) livre son analyse de l’évolution du marché bio. Selon lui, si la grande distribution a souffert plus durement, les magasins spécialisés ont consolidé leur position grâce à leur rôle de véritables experts et à une offre différenciante. Entre nouvelles stratégies commerciales, attentes des consommateurs et fragilités persistantes du non-alimentaire, il décrypte les dynamiques à l’œuvre et les perspectives du bio.
Bio Linéaires : Comment percevez-vous l’évolution du marché bio après les défis récents ?
Benoît Soury : De façon assez constante, j’ai toujours pensé et exprimé que nous traversions une petite crise de croissance. Cependant, cette crise a touché davantage la grande distribution que les magasins bio spécialisés. Ces derniers ont eu un avantage notable : leur nombre a diminué, ce qui a favorisé la concentration du chiffre d’affaires sur les magasins qui subsistent. Ce n’est pas le cas en grande distribution, où très peu de magasins disparaissent.
BL : Cela signifie-t-il que les acteurs les plus robustes se sont renforcés ?
B. S. : Tout à fait. Je pense que les acteurs les plus solides se sont plutôt affermis pendant cette crise. Biocoop en est un exemple, mais ce n’est pas le seul. D’autres acteurs, en revanche, ont disparu ou sont encore en phase de convalescence prolongée.
BL : Et concernant la perception des consommateurs et l’offre ?
B. S. : Vis-à-vis des consommateurs, qui sont notre principal intérêt, nous avons plutôt affermi notre rôle de spécialiste. Nous avons également renforcé l’offre que l’on ne trouve pas aussi bien en grande distribution. Je pense en particulier aux fruits et légumes, au vrac, et à une largeur d’assortiment qui ne varie pas au gré des négociations annuelles. Ce sont des points sur lesquels le consommateur nous renvoie des signaux positifs.
« Une stratégie de prix, de communication ou de promotion, qui était autrefois considérée comme un « gros mot », est devenue une réalité dans toutes les enseignes » Benoît Soury
BL : Y a-t-il eu aussi des évolutions dans les stratégies commerciales et marketing ?
B. S. : Oui, et c’est un point important. Une stratégie de prix, de communication ou de promotion, qui était autrefois considérée comme un « gros mot », est devenue une réalité dans toutes les enseignes. Cela montre que nous nous sommes mis à l’ère du commerce de façon renforcée.
BL : Le secteur du non-alimentaire rencontre des difficultés depuis quelques années. Comment le voyez-vous évoluer ?
B. S. : Effectivement, le non-alimentaire souffre beaucoup. Il faut d’abord noter que cette souffrance est généralisée, elle touche toutes les enseignes spécialisées et également la grande distribution proposant du bio. Plus largement, il est important de se rappeler que cette tendance n’est pas propre au bio ; cela souffre aussi bien dans le bio que dans le non-bio.
BL : Quelles sont les principales raisons de cette situation ?
B. S. : Il y a plusieurs facteurs. D’abord, la crise du pouvoir d’achat a eu un impact majeur. Elle a clairement marqué une distinction entre les produits qui ont progressé et ceux qui ont chuté. C’est le cas globalement de l’hygiène, de la cosmétique et des compléments alimentaires. Ensuite, la visibilité du « bio » dans les produits d’hygiène et de cosmétique reste un défi. Le cahier des charges « bio » est difficilement lisible ou compréhensible pour les consommateurs. Nous avons également des difficultés à communiquer efficacement sur les avantages de ces produits. Il est complexe de parler suffisamment d’une biodégradabilité évidente, d’argumenter facilement sur les avantages produits liés à la nature, et la taille des packagings ne facilite pas non plus cette communication. Tous ces éléments créent des difficultés pour réellement pousser ces gammes. Enfin, il y a la question des équipes. Lorsque les magasins bio spécialisés ont régressé en chiffre d’affaires, ou même quand ils reprennent une croissance qui est davantage axée sur les produits frais et moins sur l’épicerie et le reste, les économies sur la masse salariale ont tendance à se faire rapidement. Cela impacte en particulier les spécialistes des produits d’hygiène, et c’est un point qui peut faire une réelle différence.
Propos recueillis par Antoine Lemaire
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