NUMERO : N°65 -Mai Juin 2016

Mise en avant dans le rayon cosmétique : les produits solaires

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Les produits solaires sont des produits qui touchent un grand nombre de consommateurs, bien au-delà des utilisateurs quotidiens de cosmétiques.

Avec cet article, Bio Linéaires inaugure une nouvelle série thématique, orientée vers le pratique, consacrée aux principales familles de produits cosmétiques. Dans chacun de ces articles, nous suivrons un plan identique, consistant à rappeler les notions de bases sur ladite famille, les différents types de produits correspondant au besoin concerné, les éventuels choix à faire en matière d’assortiment et d’outils pour dynamiser les ventes, etc. Saisonnalité obligeant, la première famille de produits abordée est celle des produits solaires.

Les solaires, c’est quand ?

C’est bien avant l’été, ainsi bien sûr qu’au moment des vacances de ski (février, Pâques), que la protection solaire doit être mise en avant. On a d’ailleurs constaté que les premiers coups de soleil apparaissent souvent à partir du week-end prolongé de Pâques, ou au mois de mai : dès que le soleil darde enfin ses rayons, on a tendance à s’exposer au soleil sans prendre de précautions, alors que sur la plage le réflexe est en général plus automatique. Certes les ventes sont directement liées à l’ensoleillement. Mais une France totalement privée de soleil, cela est rare, sans parler des séjours à l’étranger qui restent nombreux, les vacanciers ayant tendance à chercher le soleil là où il se trouve. À l’inverse, il suffit d’une période de canicule pour que les ventes de solaires explosent  : + 129 % à l’été 2015 par exemple (Institut Nielsen). Il est donc très important de préparer la saison suffisamment en amont, de faire des choix cohérents, de savoir réagir rapidement auprès des fournisseurs pour passer commande… et surtout de réviser son argumentation.

Pourquoi se protéger du soleil ?

Parmi les rayons du soleil, comme on le sait, ce sont les UV (ultra-violets) qui sont la cause des soucis, dont les UVA et UVB qui traversent l’atmosphère même par temps froid ou couvert (important à rappeler). Les UVB sont responsables du bronzage par la production de cette substance colorée appelée mélanine, ce qui est un mécanisme naturel de protection de la peau. Les UVA, plus puissants, pénètrent plus profondément que les UVB, jusqu’au tissu conjonctif. Quant aux UVC, encore plus énergétiques, très dangereux, ils ne parviennent pas jusqu’à nous, étant totalement absorbés par l’atmosphère. A noter que certaines marques font état d’une protection solaire anti-UVC, allégation déplacée montrant un manque de sérieux de leur part. Si les UVB ont à faible dose des effets bénéfiques (synthèse de vitamine D, action antidépressive, etc.), leur excès est néfaste : le mécanisme d’autodéfense est débordé, provoquant coups de soleil (brûlures), destruction des cellules et induction de cancers cutanés. Les surdoses en UVA quant à elles endommagent le collagène et les fibres d’élastine, constituants du tissu conjonctif. Les capacités de la peau à lier l’hydratation sont réduites, sa souplesse, sa fermeté et son élasticité diminuent. La peau vieillit plus vite et les rides apparaissent. Sans parler des dommages plus profonds. Le lien entre exposition au soleil et santé est de plus en plus connu  : entre 1990 et 2010, malgré les campagnes de prévention, les mélanomes, une des formes de cancer de la peau, ont augmenté de 45 % chez les hommes et de 19 % chez les femmes. Si l’excès de soleil abîme la peau et la fait vieillir prématurément (rides, taches brunes), conséquences visibles rapidement à l’œil nu, c’est surtout l’augmentation des risques de cancers qui doit être rappelée en permanence.

Comment se protéger ?

Éviter le soleil est la meilleure des protections, surtout lorsque le rayonnement est le plus intense (entre 12 et 16 heures). La protection naturelle du corps humain (épaississement de la peau et synthèse de mélanine) existe certes dans une certaine mesure, mais peut donc être rapidement débordée et surtout ne protège de toute façon pas contre les UVA. Elle est de plus inexistante ou faible chez les enfants ou en fonction du type de peau. Comme il n’est pas toujours facile d’éviter le soleil, la protection idéale est alors physique : vêtement (couleurs sombres et tissage serré bloquant mieux les UV), chapeau et lunettes de soleil de qualité. C’est ce qu’il faut préconiser pour toutes les personnes à la peau fine et sensible, dont les enfants. Dernière solution enfin, la protection cosmétique : sticks, laits, crèmes ou gels, à adapter impérativement à la sensibilité au soleil de chacun, la « photosensibilité », qui dépend de notre « phototype  », lié à la couleur de notre peau. Ce phototype implique une différence de temps moyen « d’autoprotection » pendant lequel notre peau peut se protéger naturellement contre le soleil sans effet néfaste.

Le choix de l’IP (Indice de Protection) alias SPF (en anglais « Sun Protection Factor ») des produits est ainsi dicté par le phototype. L’IP est le facteur par lequel il faut multiplier le temps d’autoprotection individuel pour connaître la durée pendant laquelle on est a priori protégé, calculé par rapport à l’effet des UVB (le seul mesurable sur le court terme, ce qui n’est pas le cas avec les UVA).

Par exemple, pour une personne avec un Phototype I, supportant le soleil 10 minutes sans protection, un produit avec IP 10 la protègera 10  x  10  = 100 minutes (1h40) et avec un IP 30, ce sera 10 x 30  =  300 minutes (5 heures) de protection. Sachant que par sécurité il ne faut pas utiliser 100 % du « capital temps » ainsi acquis mais plutôt 80 %, de nombreux facteurs pouvant intensifier localement la quantité d’UV reçue par la peau : réverbération par le sable, l’eau, la neige et même l’herbe verte.

Et le fait de remettre une deuxième fois la protection ne permet pas de « repartir » pour un temps égal : c’est sur une journée complète que cela se calcule. Mais il faut en remettre dès qu’on s’est baigné pour restaurer la protection sur le même temps.

La réglementation actuelle (depuis 2009), n’autorise que 4  catégories de produits, avec des IP précis : « Faible Protection » (IP 6 et 10), « Protection moyenne » (15, 20, 25), « Haute Protection  » (30, 50) et « Très haute Protection » (50 +). Ces produits doivent protéger en même temps des UVA, la protection contre ceux-ci devant être au moins égale à 1/3 de l’indice UVB, confirmée par la présence du logo avec les lettres UVA inscrites dans un cercle.

À noter que dès le phototype II, un IP 30 est déjà suffisant : 30  x  20  = 600 minutes, soit avec les 20 % de marge de sécurité, environ 8 heures de soleil (12 heures pour un phototype III). Même protégé, plus de 8 à 12 heures de soleil n’est de toute façon pas raisonnable pour la santé. Quant aux produits dits « écran total », ils ne sont plus admis dans la réglementation actuelle. Ce terme est donc à proscrire impérativement lors des conseils en magasin.

Quel assortiment de produits choisir ?

Crème, lait, spray, stick, baume… Chaque présentation correspond à un usage précis. Les crèmes, plus épaisses (émulsion eau dans huile en général, plus nourrissante), sont idéales pour le visage. Plus légers (émulsion huile dans eau en général, mais moins nourrissante) et plus faciles à étaler, les laits sont adaptés à une application sur le corps ou pour les enfants. Les sprays à la texture encore plus légère sont aussi parfaits pour le corps, surtout aux endroits peu faciles d’accès. Mais pour des raisons techniques (ils doivent pouvoir être « dispersibles ») ils sont encore moins hydratants que les laits et parfois moins protecteurs. Les sticks à la texture solide, avec un film protecteur plus dense, sont parfaits pour les lèvres, les cicatrices ou les extrémités (nez ou oreilles). Quant aux gels et fluides non gras, ils sont à recommander aux personnes souffrant d’allergie au soleil (acné de Majorque), chez qui la présence de lipides sur la peau au soleil provoque des réactions.

Comment construire son assortiment ? La difficulté est que les consommateurs veulent à la fois être « protégés » pour la plupart, mais quand même bronzer. Un IP 50 est déja impératif dans le rayon, pour les phototypes I ou II, qui de toute façon ne « peuvent » pas bronzer. Une personne au teint mat à l’inverse voudra juste de quoi éviter les coups de soleil et un IP 20 voire 15 suffit. Au minimum, il faut donc prévoir en rayon un IP protection « moyen » (20 par exemple), un IP « haut » (30 ou 50) voire un « très haut » (50+), la catégorie la plus vendue étant l’IP 50.

Un lait s’appliquant sans souci sur le visage (mais pas une crème sur le corps) on choisira  ces indices de base sous cette forme. Si la place, la saison et/ou la clientèle suffisante le permettent, on y ajoutera les versions crème pour le visage. De même, si un 50+ standard peut convenir à un enfant (sachant qu’on n’expose pas volontairement au soleil un enfant de moins de 18 mois : il s’agit ici de le protéger par exemple en promenade), on complétera idéalement l’assortiment avec un 50+ spécifique enfant, sans parfum.

Certaines marques vendent des « huiles solaires », par exemple à base de monoï ou à base de roucou. Mais si le monoï possède des propriétés hydratantes et réparatrices, et si le roucou donne un hâle coloré à la peau et, antioxydant, faciliterait la production naturelle de mélanine, ces ingrédients ne sont pas des filtres solaires (même le roucou qui apporte un léger IP). De tels produits ne peuvent donc pas remplacer une protection solaire et affirmer le contraire serait une erreur. Pour compléter la gamme, il faut conseiller impérativement au minimum un produit réhydratant (gel ou de lait)  : même avec une protection solaire, la peau se déshydrate et il faut alors la nourrir après l’exposition au soleil. Un offre d’autobronzant sera aussi la bienvenue : selon une étude réalisée en 2015, 48 % des utilisateurs de solaires se disent intéressés par des produits permettant un auto-bronzage progressif. Rappel  : loin d’être un «  produit chimique douteux » (le hâle est dû à la réaction des acides aminés de la peau avec un sucre contenu dans la formule), c’est un produit qui, psychologiquement, peut inciter à moins s’exposer au soleil. Mais ce hâle n’étant pas protecteur, il faudra utiliser une protection dès lors qu’il y aura réelle exposition au soleil.

Quels discours tenir pour promouvoir les solaires certifiés ?

Comme on le sait, il existe deux types de filtres solaires. Les filtres minéraux ou physiques agissent comme un miroir, reflétant la lumière qui arrive sur la peau. Ce sont des poudres minérales inertes, ne provoquant pas d’allergies, en l’occurrence de l’oxyde de zinc et du dioxyde de titane. Malheureusement, de par cet effet miroir, elles reflètent non seulement les UV mais aussi la lumière visible, d’où les traces blanches que l’on peut voir. On a donc résolu le problème en réduisant ces poudres à des tailles plus petites ne réfléchissant que les UV et pas la lumière visible… en allant parfois jusqu’à la nanoparticule (moins de 100 nm).

Aujourd’hui, les fabricants de cosmétique certifiée savent formuler des protections solaires dont les particules dans le produit fini ne sont pas des nanoparticules, tout en étant assez petites. On arrive donc à des IP élevés 50 et même 50+ sans avoir l’inconvénient d’un effet blanchissant.

Grand argument pour les solaires certifiés : l’absence de filtres chimiques. Ceux-ci sont des composés organiques qui absorbent les UV, en transformant l’énergie de ces derniers. Un des problèmes est qu’un filtre chimique ne protège que dans une gamme donnée de longueurs d’onde et que pour protéger contre tous les UV, il faut associer plusieurs filtres différents. Contrairement aux filtres minéraux, les filtres chimiques sont absorbés par l’épiderme, et certains peuvent provoquer des allergies, des irritations, seraient capables de se comporter avec des effets analogues aux hormones féminines ou ont d’autres effets néfastes.

Ainsi l’oxybenzone provoquerait des malformations génitales. Le 4-MBC et le 3-MBC (MBC = méthyl benzylidène camphre) ont montré des activités de perturbateurs endocriniens. Le benzophénone-3 est responsable de réactions allergiques et est soupçonné de toxicité systémique. Etc. etc. !

L’absence d’effet blanchissant est un
des premiers critères d’achat pour les
protections solaires.

De quoi convaincre n’importe qui, surtout lorsqu’on parle des enfants, pour lesquels certaines marques proposent pourtant des solaires « sans parfums, sans parabens… » mais avec ces filtres chimiques « douteux », de l’EDTA (un conservateur des plus agressifs), des silicones, etc. Car de toute façon, l’ensemble des avantages de la cosmétique certifiée reste évidemment valable avec les solaires certifiés : des formulations basées uniquement sur des huiles végétales (ce qui est idéal pour prendre soin de la peau déshydratée par le soleil), des parfums naturels, des conservateurs bien tolérés, etc. Plus une évidence mais qu’il n’est pas inutile de rappeler : les «  solaires bio » ne sont pas moins efficaces que les solaires conventionnels : dès lors qu’ils affichent un IP donné, c’est qu’ils ont subi avec succès les mêmes tests qu’un produit conventionnel.

Bien vendre et bien conseiller

Mettre en avant une famille donnée de produit, tout magasin sait le faire, comme mettre bien en évidence un présentoir ou réaliser une vitrine dédiée en pleine saison. Pour le solaire, quelques petits points sont néanmoins à préciser. Tout d’abord le fait de bien différencier les produits en fonction de leur usage, comme évoqué plus haut (lait, crème, stick… après-soleil), plutôt que par marque. Les mini-formats (le produit « nomade » est à la mode) que proposent certaines gammes sont des produits parfaits pour attirer l’attention avant que la saison ne batte complètement son plein, par exemple pendant les premiers week-ends ensoleillés. Et leur prix sera par définition attractif.

Comme souvent en cosmétique, il faut pouvoir faire découvrir les produits préalablement à l’achat. Mais contrairement à un produit anti-âge ou à un nettoyant, pour lequel c’est un échantillon à essayer à domicile qui est idéal, ici un testeur sera suffisant (nécessaire même) pour conclure un achat immédiat.

Le testeur permet en effet de faire découvrir bien entendu le parfum du produit (point toujours important) mais aussi de faire apprécier la texture de la formule et surtout, point critique pour les protections solaires, la faiblesse voire l’absence d’effet blanchissant.

Si en définitive le client a trouvé dans le rayon le produit convenant à son besoin personnel, rayon auquel il aura été rendu attentif via un présentoir, une vitrine ou une tête de gondole, si les conseils ont été à la hauteur, le rapide essai final avec le testeur sera le dernier élément pour conclure la vente.

Michel Knittel
Tél. + 33 (0)3 88 51 10 61
Mobile + 33 (0)6 07 40 75 03

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