
Auditionné par le Sénat, Thomas Breuzet, président du Synabio, a dénoncé un système de péréquation des marges qui pénalise l’accessibilité des produits biologiques en grandes surfaces. Le syndicat des entreprises bio appelle à un suivi transparent des taux de marges associé à un objectif minimal de 20 % d’offre bio en rayon d’ici 2030.
« Documenter précisément les marges par familles de produits est extrêmement difficile en particulier pour les produits bio », relève en introduction le président du Synabio – une problématique également abordée auprès des sénateurs par Stéphanie Pageot, secrétaire nationale en charge des liens avec les opérateurs économiques de la Fnab. « L’accès aux données des distributeurs restent trop partielles, les équilibres matières sont complexes et les mécanismes de péréquation entre catégories de familles de produits rendent l’analyse délicate », déplore Thomas Breuzet.
Des sur-marges qui rendent les produits bio plus chers
Ce dernier déplore également « le fonctionnement économique de la grande distribution » avec lesquelles « les négociations ne se construisent pas par rapport au coût réel de production » mais autour d’une guerre des prix avec les autres enseignes qui se révèle un piège pour les entreprises bio.
Au cœur du problème se trouve le mécanisme de péréquation des marges. Afin d’attirer les consommateurs, les distributeurs vendent certains produits d’appel avec une marge minimale mais compensent ce manque à gagner en appliquant des sur-marges sur les produits bio et de qualité. Ce système renchérit artificiellement des produits déjà plus coûteux à produire, pénalisant directement leur accessibilité auprès des consommateurs. Pour Thomas Breuzet, « agir sur les marge sans agir en parallèle sur les règles d’offre et de visibilité du bio comporte un risque réel, celui de rendre ces produits encore moins attractifs économiquement pour les enseignes et donc, à terme, de les rendre moins présents en rayon ». Le Synabio propose une approche couplée : un suivi transparent des taux de marges associé à un objectif minimal de 20 % d’offre bio en rayon d’ici 2030, en cohérence avec l’objectif de 12 % de consommation fixé par la SNANC (Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat).
Érosion de la rentabilité
Le Synabio regrette également que cette pression économique soit accentuée par un contournement de la loi Egalim, devenu « la norme ». Thomas Breuzet souligne que le principe de non négociabilité de la matière première agricole conduit les acheteurs à reporter leur agressivité sur la marge industrielle ou une multiplication de demandes de remises additionnelles qui entraînent « une érosion de la rentabilité pour de nombreuse ETI et PME, voire des ventes à pertes lors d’opérations commerciales ». En 2024, près d’un tiers des entreprises agroalimentaires bio étaient déficitaires, contre 27 % dans le secteur conventionnel.
À l’issue de la période des négociations commerciales 2026, le Synabio dresse un constat préoccupant pour les entreprises bio : sept sur dix déclarent avoir fait face, dès l’ouverture des négociations, à des demandes de baisses tarifaires ou un refus de toute revalorisation des prix. Dans le même temps, 80 % des entreprises bio constatent une hausse des coûts de matières premières agricoles et plus d’une sur deux fait état d’une augmentation globale de ses coûts de production. Si ces dernières sollicitaient des hausses tarifaires autour de 2 %, les accords conclus aboutissent à des revalorisations bien inférieures (0,86 % en grande distribution et 1,6 % en distribution spécialisée) traduisant un décalage entre l’évolution des coûts et leur prise en compte dans les négociations.
Selon le syndicat, une évolution des règles du jeu apparaît nécessaire pour mieux prendre en compte la situation des TPE, PME et ETI, particulièrement exposées dans les négociations commerciales. « Sans mécanismes de protection et de différenciation adaptés, le rapport de force continuera de déterminer mécaniquement l’issue des négociations », conclut le syndicat.






