NUMERO : Novembre-Decembre 2014

Protection des cultures bio : le bio-contrôle


L’agriculture conventionnelle protège les cultures contre leurs ennemis par des pesticides de synthèse, interdits en agriculture biologique en raison des risques qu’ils font courir à notre santé et à l’environnement. En AB, on dispose d’un petit nombre de produits – notamment sels de cuivre, soufre et insecticides végétaux – autorisés par le règlement européen. Mais de nombreux agriculteurs et jardiniers biologiques utilisent des préparations naturelles en dehors, jusqu’à présent, de toute réglementation.

Pour mettre fin à ce vide juridique une réglementation concernant le bio-contrôle vient d’être mise en place.

 

Le bio-contrôle concerne quatre familles de produits :

  • Les macro-organismes (qui en dépit de leur nom sont pour la plupart très petits, mais visibles à l’oeil nu). Ce sont des insectes, acariens ou nématodes qui s’attaquent aux bio-agresseurs.
  • Les micro-organismes, champignons, bactéries ou virus qui, de diverses manières, protègent les cultures contre les ravageurs et les maladies.
  • Les médiateurs chimiques, les plus connus étant les phéromones, utilisées dans des pièges, des distributeurs ou des capteurs.
  •  Les substances naturelles, substances présentes dans le milieu naturel et pouvant être d’origine végétale, animale ou minérale.

 

Une procédure longue et complexe

Ce sont surtout les substances naturelles dites substances de base qui sont concernées aujourd’hui par la nouvelle réglementation sans AMM.
Leur homologation est un véritable parcours du combattant.

Le demandeur, un organisme d’agriculture biologique (en France l’ITAB, Institut Technique de l’Agriculture Biologique) ou un fabricant constitue un dossier précisant notamment l’usage prévu et les données disponibles confirmant son efficacité pour les plantes et les ennemis des cultures concernées, puis le soumet à la DG Sanco (Direction Générale Santé Consommation de l’Union Européenne) qui vérifie son admissibilité et l’envoie à tous les Etats membres et à l’AESA (Autorité européenne de sécurité des aliments) pour évaluation.

Après 2 à 3 mois le demandeur reçoit une série de commentaires et d’éventuelles demandes complémentaires, après quoi l’AESA émet un avis. Six mois après la publication de l’avis, la Commission Européenne peut voter l’approbation, et le règlement d’exécution est publié. Dernière étape : cette substance doit être ajoutée à la liste de celles autorisées par le règlement européen de l’agriculture biologique.

La prêle enfin évaluée et autorisée, d’autres

Les premiers dossiers ayant abouti sont ceux de la prêle et du chitosan (à base de chitine) et plus récemment le sucre/ saccharose. La prêle est approuvée pour la lutte contre le mildiou de la vigne et la tavelure des arbres fruitiers. Des dossiers sont en cours d’évaluation pour l’absinthe, l’armoise, la tanaisie, la lécithine, la bardane, le fructose, le vinaigre, le saule, la rhubarbe officinale, le talc, le quassia et l’hydroxyde de calcium. Les dossiers de plusieurs de ces produits ont d’ores et déjà été évalués par les États Membres et l’AESA et devraient être prochainement autorisés. La constitution et le suivi des dossiers sont assurés à l’ITAB par Patrice Marchand, qu’il faut remercier d’effectuer ce travail particulièrement ingrat.

Pourquoi une procédure aussi complexe pour des substances pour lesquelles, à notre connaissance, aucun effet négatif n’a jamais été observé ? Parce que – on peut le regretter – c’est ainsi que fonctionne l’Union Européenne ! En dépit de sa lourdeur, cette procédure a un incontestable aspect positif : les dossiers déposés doivent reposer sur un certain nombre d’observations et d’expérimentations précisant dans quelle conditions et dans quelles limites la substance concernée peut être efficace, ce qui évite notamment que des fabricants peu scrupuleux mettent sur le marché des produits sans en avoir étudié l’efficacité.

Quant au purin d’ortie et autres infusions et décoctions de plantes, elles sont – enfin – en cours d’autorisation par le gouvernement français et ne sont pas à ce jour concernées par la règlementation européenne décrite ci-dessus, car elles sont considérées non pas comme des biocides (capables de tuer des organismes indésirables) mais comme des biostimulants abiotiques.

Claude Aubert

Pour en savoir plus, on trouvera sur le site de l’ITAB le document « Protection des cultures en AB, Evolutions réglementaires »